Édition internationale

LES TRIBULATIONS D'UNE ERASMUS EN POLOGNE – Chap 2 : L'auberge polonaise

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018


Le programme Erasmus fête ses 25 ans. Grâce à lui 250.000 jeunes vont goûter cette année aux joies et folies d'une expérience estudiantine multiculturelle. Parmi eux, Aliénor. Notre envoyée spéciale fraîchement arrivée à Varsovie explore pour nous leurs étranges us et coutumes et, au passage, nous permet de voir la Pologne autrement.... [archive 2012]

 

Relisez le Chapitre 1 des TRIBULATIONS D'UNE ERASMUS EN POLOGNE - Un ticket pour l'Europe, poprosz?

Pensée émue pour ma vie précédente, appréhension devant cette parenthèse d'un an qui commence... C'est apeurée et complètement perdue que l'aéroport Chopin m'a réceptionnée le 6 septembre 2011. Mais pas le temps de s'y attarder. L'urgence ? Résoudre cette question pratique : où vais-je dormir ce soir ?... et le reste de l'année... ?

Jeune fille bien sous tous rapports recherche appartement désespérément...
Août 2011. La sacro-sainte "acceptance letter" de l'Université de Varsovie vient de mettre un terme officiel à toutes mes angoisses administratives. Dans un élan d'optimisme, je m'imagine alors trouver un logement à distance... Comme mes 249.999 collègues, je me lance dans une recherche en ligne effrénée... Devenant de véritables geeks, on se crée des comptes sur tous les sites de collocation imaginables et peaufine nos profils facebook, easy expat, à partager ou gumtree pour avoir l'air un maximum sympa et ouvert...

Devant le peu de succès de l'opération, on se surprend par désespoir à envisager les collocations les plus douteuses (avec un autochtone quinquagénaire et barbu ou dans une maison pour 8 personnes à 20 km à l'est de la Vistule). Et puis on se dit qu'il est sans doute plus raisonnable d'attendre d'être sur place...

Sur place...
C'est donc dans des conditions de logement assez précaires que la plupart des Erasmus font leur entrée en Pologne. Une minorité d'enfants indignes et sans scrupules sont parvenus à entrainer leurs malheureux parents ou un bon copain dans ces premiers jours de galère. Mais c'est le plus souvent seuls avec leurs 3 gros sacs à dos qu'ils toquent à la porte des auberges de jeunesse.

Une première phase d'adaptation s'amorce alors. Sourire ou vodka aidant, notre quête de lien social va heureusement trouver satisfaction grâce à la rencontre d'autres erasmus, de voyageurs peuplant les auberges ou encore de copains de comptoir dont on ne se souviendra plus le lendemain. Une nouvelle vie qui commence très fort...

Le microcosme a ses héros
Les ascenseurs émotionnels à répétitions semblent cependant faire partie du "package Erasmus". Et il faudra essuyer quelques lendemains solitaires et difficiles... Par bonheur, les étudiants étrangers ne sont pas laissés à l'abandon. L'université de Varsovie propose un système de mentor. A chaque erasmus son étudiant local, disposé à accompagner nos premiers pas sur la terre promise, parfois dès la sortie de l'avion.

Et on ne peut parler de mentor sans citer le nom de Wojciech Leon Durlik. Par son implication sans limites, ce varsovien ex-erasmus en Espagne est devenu le leader (voire même le gourou) de la communauté Erasmus locale. Les 3/4 des nombreux hispanophones lui doivent largement leur intégration. Interview express : Wojciech qu'est-ce qui a fait de toi le mentor le plus célèbre de Varsovie ?
"Haha vraiment ? Etre mentor, ça permet de rencontrer des étudiants étrangers, de pratiquer d'autres langues, et aussi, c'est un peu revivre un genre d'Erasmus par procuration, une ambiance qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. J'ai commencé à être un mentor parce que de ma propre expérience je sais qu'un peu d'aide au début signifie beaucoup !"

Première déception : les prix de l'immobilier
Oui, surtout quand les désillusions s'accumulent. On s'imaginait par exemple déjà en roi du pétrole, c'est raté ! Le marché du locatif est peu développé dans le pays. En France, 16% des quelque 34 millions de logements sont à louer. Contre seulement 4% en Pologne (mais déjà plus si on compte tous les contrats officieux, sans bail).

Comparés au pouvoir d'achat local, les loyers sont donc relativement élevés en Pologne. Cumulez ces versements pendant 20 ans, et en moyenne vous pourriez vous offrir l'appartement que vous louez (alors qu'il vous faudrait 26 ans de loyer en France, 40 en Grèce, 67 à Monaco... mais 17 en Belgique et 12 ans en Hongrie).

Les tarifs dans le centre ville sont aussi à la hausse. Plus 15% entre 2010 et 2011 pour un 4 pièces à Mokotów ou ?ródmie?cie. Certains étudiants trouvent par contre refuge à Praga Pó?noc, Bia?o??ka et Targówek où les prix sont plutôt à la baisse.

La solution ? La colocation !
La collocation est devenue une spécialité polonaise. Et pas seulement chez les étudiants. Un quart des locataires vivent avec leurs propriétaires ! On partage donc son appartement avec Mamie et ses 2 chiens, ou avec de "parfaits" inconnus. Quitte à se serrer drastiquement...

Tandis qu'un logement français offre en moyenne 1,8 pièce par habitant (2,5 au Canada !), le Polonais lambda ne dispose lui que d'une unique pièce.

Et quand il est écrit 3 chambres dans l'annonce, il faut généralement comprendre 3 pièces. Beaucoup de Polonais vivent sans salon... C'est d'ailleurs souvent cette solution que choisissent les erasmus pour rester dans le centre et payer moins de 250 euros par personne : mettre l'Espagnole dans le salon !

Les étudiants les plus courageux cherchent même à se greffer à un appartement habité par des Polonais. Parfait pour apprendre la langue ou pour plus d'authenticité. Seul problème : l'erasmus fêtard risque de ne croiser son colocataire qu'au petit matin... en allant se coucher.

Enfin les moins aventureux n'ont qu'à poser leurs valises dans l'une des 6 résidences (rustiques) que propose l'Université de Varsovie. Les prix sont très attractifs: de 450 PLN par mois pour une chambre simple, jusqu'à 290 PLN pour une chambre triple. Il existe aussi dans certaines résidences des appartements pour 2 ou 3 personnes. Elles sont cependant souvent un peu excentrées : Ochota, Ursynów... et en tout cas loin des gratte-ciel de l'hyper-centre.

Le choc architectural
Ce quartier regroupe 11 des plus hauts immeubles de Pologne : l'Intercontinental Warsaw (164m), l'hôtel Mariott (170m), le Rondo I (192m), le Warsaw Trade center (208m), bientôt le Z?ota 44 (192m) et le Warsaw Spire (220m). Aucun n'a encore réussi à voler la vedette à l'imposant Pa?ac Kultury i Nauki (231m). Entre deux visites d'appartements ou avant notre premier cours, on en profite aussi pour s'imprégner de l'esprit des lieux...

Les touristes s'attardent souvent sur la vielle ville et son Varsovie de carte postale. Mais vivre dans la capitale polonaise c'est d'abord fréquenter cette pièce montée stalinienne, un centre commercial en forme d'océan atlantique, des barres d'immeubles communistes, un grand building avec un trou juste à côté d'un autre qui a l'air penché... Mon père, qui avait trouvé l'architecture de Prague "confuse", aurait sûrement fait un infarctus en découvrant Varsovie...

Parfois il est plus prudent de laisser ses parents à la maison...

Texte et photos Aliénor Patoux (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mardi 27 mars 2012


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Publié le 22 août 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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