

A Varsovie, une farandole d'églises parsème la Voie Royale, axe de communication majeur de la capitale depuis des siècles. Ce vendredi, Varsovie Accueil nous propose un tour d'horizon du style baroque de certains édifices religieux de la capitale.
Au XVIIème et surtout au XVIIIème siècle, le courant baroque, originaire d'Italie, connaît un grand succès en Pologne. La propagation de ce mouvement artistique en Europe centrale s'explique notamment par la toute puissance de l'Eglise catholique. Cette dernière décèle dans le style théâtralisé du baroque un nouveau moyen efficace de promouvoir la religion, par le biais de l'implication émotionnelle et utilise cet art comme le vecteur d'une nouvelle esthétique religieuse de la Contre-réforme. Alors que l'Eglise catholique est affaiblie dans certains pays par la Réforme protestante ? c'est le cas en Angleterre et en France où le baroque n'aura pas de succès - de nombreuses églises dans le reste de l'Europe sont transformées de l'extérieur comme de l'intérieur selon ce courant. Même l'aristocratie, séduite par cette imposante architecture, s'approprie le mouvement artistique et construit des édifices tels que le Palais de Wilanów à Varsovie.
Église des s?urs de la Visitation (Ko?ció? Wizytek)
En 1654, afin d'accueillir des religieuses de l'ordre des s?urs de la Visitation venues de France, la reine Louise-Marie de Gonzage, cette française mariée au roi de Pologne Jean II Casimir Vasa, a ordonné la construction d'un premier édifice au 34 ulica Krakowskie Przedmie?cie. Puis, au XVIIIème siècle, une église rattachée au couvent voit le jour. Aujourd'hui, ce sont des s?urs dites « contemplatives », qui y vivent recluses du monde, ne sortant qu'une fois par an.
Si la façade de cette église est typiquement baroque, la construction dans son ensemble n'est cependant pas aussi ostentatoire que la plupart des monuments du même style. Le décor intérieur, qui n'a pas été détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, présente quelques éléments qui retiennent notre attention. Par exemple, la chaire* est en forme de bateau, ce qui symbolise une Pologne libre et forte.
Enfin, le guide nous interpelle sur deux personnages importants pour cet édifice, commémorés tous deux par des plaques à leur effigie. Quand Frédéric Chopin était jeune, l'église accueillait les messes universitaires, l'occasion pour lui de jouer de l'orgue. Nous avons d'ailleurs la chance de pouvoir apercevoir l'instrument original sur lequel Chopin a agité ses doigts d'enfant prodige. Dans le parc à la sortie de l'église, se dresse une statue : celle du prêtre Jan Twardowski, doyen de l'église depuis 1960, très connu des Varsoviens pour ses sermons mais aussi ses poèmes.

Eglise Sainte-Anne (Ko?ció? ?w. Anny)
« Ne pas se fier aux apparences » nous avertit le guide une fois arrivés devant l'Eglise Saint-Anne. En effet, derrière cette façade de style classique érigée sous le règne de Stanis?aw August Poniatowski, cette église cache un riche intérieur baroque. L'autel principal date du XVIIIème siècle.

D'abord construite en bois au milieu du XVème pour les Bernadins, cette église revêt aujourd'hui des briques d'argile de la Vistule. Si la Seconde Guerre mondiale n'a pas endommagé que le toit du bâtiment, en revanche, la construction du tunnel sous l'escarpe entre 1948 et 1949 a failli provoquer l'écroulement des fondations. Malgré les 200 hommes employés à renforcer la terre, on peut observer des fissures sur le flanc de l'église Saint-Anne. Aujourd'hui, elle est d'une véritable utilité pour les Varsoviens puisqu'elle tient le rôle de temple universitaire auprès des établissements de proximité tels que l'Académie des Beaux-arts, l'Université de Musique du nom de Fryderyk Chopin et l'Académie de Théâtre. De plus, celle-ci est particulièrement fréquentée par les Polonais depuis que s'y trouve la croix en hommage au drame de Smolensk.
Eglise de la Sainte Croix (Ko?ció? ?wi?tego Krzy?a)
A l'heure où nous visitons l'église de la Sainte Croix, celle-ci vient d'inaugurer il y a seulement quelques mois un autel monumental entièrement doré dit « autel de la patrie », construit à la demande. Cette église qui a donné son nom à la rue ainsi qu'à la station de métro avoisinante, ?wi?tokrzyska, est un édifice très important dans l'Histoire polonaise du siècle dernier. Lors de l'insurrection de Varsovie en 1944, les deux mois de combats entre les insurgés et les nazis ont lieu dans l'enceinte de l'édifice. Puis, les Allemands détruiront davantage l'église en utilisant des chars commandés à distance nommés « Goliath ». Le guide nous montre une photographie historique du monument en 1945 : devant l'église réduite en ruines, une immense sculpture de Jésus est allongée sur le dos et pointe du doigt le ciel. En véritable symbole d'espoir, cette statue a été de nouveau érigée près de son entrée.

C'est également dans cette église que se sont déroulées des messes importantes dans l'Histoire du pays. Celle de 1945, parmi les ruines, lors de la « libération » de Varsovie par l'armée rouge puis en 1980 à l'occasion de la signature des accords de Gdansk entre le syndicat Solidarno?? et le gouvernement communiste polonais. Cet événement donna lieu à la retransmission exceptionnelle de la messe à la radio dans tout le pays, une première sous l'ère communiste.
La visite se termine sur cet exemple historique, qui nous prouve une fois de plus à quel point les pouvoirs temporel et spirituel s'entremêlent dans la culture polonaise contemporaine.
* tribune du prédicateur dans l'église
© Jeanne Sirot
Jeanne Sirot (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 2 février 2016
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez-nous sur Facebook











