Édition internationale

SERIE CINEMA - Sélection de films d’Andrzej Wajda à voir ou à revoir

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Cette semaine, LePetitJournal.com/Varsovie vous invite à découvrir l'?uvre d'Andrzej Wajda, un des plus grands cinéastes polonais. Voici une sélection, non exhaustive bien sûr, de films à ne pas manquer. 

Wajda devient s'improvise poète dans Le Bois de bouleaux (1970)

Andrzej Wajda fait partie de ces cinéastes pour qui un film n'est pas seulement une histoire. C'est aussi une image, une musique. Le Bois de bouleaux reprend les codes artistiques propres à Wajda. Ce long-métrage est une adaptation du roman de Jaroslaw Iwaszkiewicz, auteur très apprécié du XXème siècle. Ses textes sont souvent empreints d'une nostalgie tout à fait particulière, que Wajda parvient à adapter brillamment. Au c?ur de la forêt polonaise, Stanislaw (Olgierd Lukaszewicz) souffrant d'une maladie incurable, retourne chez son frère Boleslaw (Daniel Olbrychski), pour y passer ses derniers jours. Ce dernier, encore traumatisé par le décès de sa femme vit seul avec sa fille Ola. La cohabitation entre les deux frères se fait difficilement au début. Stanislaw cherche à profiter du temps qu'il lui reste et s'adonne à ses derniers plaisirs, en investissant notamment dans un piano, ce qui a le don d'exaspérer son frère. Boleslaw ne parvient pas à faire le deuil de sa défunte épouse, et sombre peu à peu dans la dépression. La mort semble s'emparer de ces bois. Mais c'est sans compter l'apparition de Malwina (Emilia Krakowska), jeune femme du village, qui redonne un peu de vie à ces personnages si mélancoliques. Le regard poétique de Wajda reste fidèle à la plume d'Iwaszkiewicz, et permet d'observer cette tension permanente entre la vie et la mort. Ce film prend aussi la forme d'un tableau de la campagne polonaise. Wajda s'est en effet beaucoup inspiré de l'?uvre du peintre Jacek Malczewski. Teintées de bleu, de gris et de blanc, les images donnent à ce film cet air mélancolique. Certains remarqueront d'ailleurs son clin d'?il au peintre, en reconnaissant la toile dans le salon de Boleslaw. La beauté de ce film réside dans l'atmosphère mystérieuse et touchante qui s'en dégage. 

Titre original : Brzezina. Réalisation : Andrzej Wajda. Genre : drame. Avec Olgierd Lukaszewicz, Daniel Olbrychski, Emilia Krakowska. Durée : 99 minutes

Katyn (2007), le défi d'un réalisateur patriote

Si Wajda s'inscrit dans la lignée des grands réalisateurs polonais, c'est aussi parce qu'il explore des sujets jamais étudiés auparavant. Dans Katyn, Wajda souhaite rétablir les faits réels d'un des massacres les plus traumatisants de l'histoire polonaise.  Un petit rappel historique est nécessaire. En septembre 1939, l'Armée rouge envahit l'est de la Pologne. Au printemps 1940, Staline ordonne l'exécution de 20 000 soldats et résistants polonais dans les forêts de Tver, Kharkov et Katyn. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS et la Pologne accusent les nazis pour ce crime de guerre. Ce n'est qu'en 1990 que la vérité est officiellement rétablie par Mikhaïl Gorbatchev. Le film se concentre sur les proches des victimes ? épouses, mères et enfants. Les histoires poignantes s'entremêlent. Anna (Maja Ostaszewska) attend avec sa fille Weronika (Wiktoria G?siewska) le retour de son mari Andrzej (Artur ?mijewski) parti à la guerre en 1939. Alors qu'il est deporté en URSS, Anna rejoint sa famille à Cracovie. C'est alors qu'elle apprend la nouvelle du massacre de Katyn. Elle demande à voir si son mari fait partie des victimes, mais ne voit pas son nom sur la liste des hommes tués. Pleine d'espoir, elle cherche à comprendre ce qui est arrivé à Andrzej. Comment ces personnes ont-elles pu vivre sans connaître la vérité au sujet de leur funeste destin? Voilà une question que Wajda s'est posé toute sa vie. Car son père Jakub fut une des victimes de ce massacre. Comme investi d'une véritable mission, Wajda prend le risque de plonger au c?ur de ce sujet tabou. Plus qu'une histoire personnelle, Wajda tient à défendre l'histoire des Polonais. Patriote dans l'âme, il se fait le porte-parole de cette génération marquée par le mensonge. Ce long-métrage apparait en fait comme un hommage rendu à la mémoire collective polonaise. 

Réalisation : Andrzej Wajda. Genre : film historique. Avec Andrzej Chyra, Artur ?mijewski, Maja Ostaszewska. Durée : 118 minutes.

Wajda joue avec les codes du cinéma dans Tatarak (2009)

A 84 ans, Wajda ose encore les expériences cinématographiques. Pourtant, sur le papier, Tatarak possède les aspects classiques du cinéma de Wajda. Il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de Jaroslaw Iwaszkiewicz, comme ce fut le cas pour le Bois de bouleaux (1970) et les Demoiselles de Wilko (1979). C'est l'histoire d'une femme Marta , interprétée par Krystyna Janda, qui a perdu ses deux fils lors de l'insurrection de Varsovie. Atteinte d'un cancer du poumon, elle parvient malgré tout à retrouver un semblant de vitalité grâce à Bogus (Pawel Szajda), beau jeune homme qui la charme. On pourrait croire que le scénario s'arrête là. Seulement, Wajda ne s'en satisfait pas. Il décide alors de mêler au film l'histoire de l'actrice Krystyna Janda. Cette dernière venait de perdre son mari, le réalisateur Edward Klosinski, quand elle a accepté le rôle proposé par Wajda. Le long-métrage devient une mise en abyme : Krystyna Janda bascule d'un plan à l'autre entre le rôle qu'elle doit interpréter et sa propre histoire. Le film prend alors tout son sens. Si l'on retrouve la mélancolie déjà vue dans le bois de bouleaux, le film propose ici une réflexion sur la mort et la perte de l'être aimé tout à fait différente. Filmés avec une touchante simplicité, les monologues saisissants de Krystyna Janda à propos de la perte de son mari tiennent finalement le premier rôle du film. Cette mise à nue de Krystyna Janda nous ferait presque oublier l'histoire initiale. Mais Wajda parvient à entrelacer les destins de ces personnages sans fausse note. En dévoilant le tournage du film à l'écran, Wajda invite vraiment le spectateur au c?ur de son travail. Le film fait alors preuve d'une sincérité déconcertante. L'esprit créatif et novateur de Wajda fut remarqué par le jury du Festival International du Film à Berlin en 1999 qui lui décerna le prix Alfred Bauer. Avec Tatarak, Wajda a encore une fois repoussé les frontières du septième art.

Réalisation : Andrzej Wajda. Genre : drame. Avec Krystyna Janda, Pawel Szajda. Durée : 85 minutes.

Clémence Bragard (www.lepetitjournal.com/varsovie) - vendredi 13 décembre 2013

 

 

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 12 décembre 2013, mis à jour le 6 janvier 2018
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.