Édition internationale

PARK SKARYSZEWSKI & SASKA KEPA - Joyaux des artistes d’avant-guerre

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 2 novembre 2015

Loin du tumulte varsovien, sur la rive droite de la Vistule, artistes et diplomates se mêlent à Saska K?pa. Epargné de l'Insurrection de Varsovie et des plans d'industrialisations communistes, ce quartier regorge de curiosités architecturales. Ses paisibles résidences et ses allées boisées lui donnent des allures de village. Aujourd'hui, Varsovie Accueil nous invite à déambuler dans les artères de ce bijou varsovien pour y découvrir son Histoire.

Pour cette visite, Varsovie Accueil nous éloigne des sentiers battus en nous donnant rendez-vous de l'autre côté du pont Poniatowski (Most Poniatowskiego), au Rondo Waszyngtona. Surplombé par l'imposant Stade national de Varsovie, ce carrefour constitue la porte d'entrée de Saska K?pa. Mais avant de s'aventurer au milieu des maisons d'avant-guerre, commençons par un bol d'air frais au Park Skaryszewski.

PARK SKARYSZEWSKI
Conçu dans les années 20 d'après le projet de jardins à l'anglaise de Franciszek Szanior, ce parc de 58 hectares au Nord de Saska K?pa est riche de 280 espèces d'arbres. Auparavant, cet espace de nature verdoyante n'était qu'un marécage et subissait les caprices de la Vistule. Exceptionnellement, en 1868, le magistrat de Varsovie a autorisé en ce lieu une chasse aux lièvres, après une invasion sans précédent de ces petits mammifères.

En 1929, le parc porte le nom d'Ignacy Paderewski. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce pianiste et compositeur polonais occupe la fonction de Premier ministre et travaille pour l'indépendance de la Pologne. Retiré sous l'URSS pour des raisons politiques, le nom Paderewski n'est réattribué qu'en 1980. Erigé en 1988, le buste d'Ignacy Paderewski (1) garde l'entrée du parc. Une seconde statue à son effigie se trouve au Park Ujazdowski, près de l'Ambassade de France.


Une fois engagés dans la première allée du parc, un mémorial aux couleurs sombres se tient sur notre gauche. Cette plaque

de marbre noir rend hommage aux Polonais décédés lors des attentats du World Trade Center (2) le 11 septembre 2001.
Au premier embranchement de notre chemin, un monument de calcaire nous fait face. Composé d'un bas-relief d'un côté, et d'un poème de l'autre, il commémore la mort de six soldats de l'Armée rouge (3) tués par les Nazis en Septembre 1944. Depuis son inauguration en 1946, cet édifice a été victime de nombreux actes de vandalisme tant l'Armée Rouge est impopulaire auprès des Polonais.

Nous reprenons notre route en direction de la statue d'Edward Mandell House (4), fidèle conseiller du président américain Wilson. Sa présence n'est pas un hasard. Au début du XXème siècle, lui aussi défend la cause de l'indépendance polonaise. Ce monument est construit en 1932, à la demande de son ami polonais Ignacy Paderewski. Bien qu'il ait résisté à la Seconde guerre mondiale, en 1961 les autorités communistes ne supportent pas qu'un américain soit représenté et retirent la statue du parc. Celle que nous pouvons contempler aujourd'hui est donc une reproduction de l'originale datant des années 90.

 

 

Entre 1920 et 1930, de nombreux artistes polonais contemporains ont vu leurs sculptures être

exposées aux quatre coins du parc. N'ayant pas été détruites malgré les batailles, elles sont les vestiges de l'époque d'avant guerre. C'est le cas de « La baigneuse » (5)
d'Olga Nieniewska, artiste autrefois célèbre. De sa petite colline, elle domine depuis 1929 un lac nommé le ?'lac des cygnes''. Très convoitée des Varsoviens, cette jeune femme de bronze s'est fait sectionner la jambe par quelqu'un qui voulait s'en emparer. Un peu plus loin, « La danseuse » (6) de Stanis?aw Jackowski orne le ?'Jardin des roses''. Inaugurée en 1926, cette statue représente une femme emportée par sa danse, dans un moment d'extase. Ces deux sculptures ont été exposées à Paris, où elles ont toutes deux gagné un prix.
A l'est de l'étang se trouve l'emblématique sculpture d'Henryk Kuna « Le rythme » (7). Ce grand nu porte en réalité le nom de son école d'art informelle fréquentée par de nombreux artistes de son époque. Sculptée en 1925, cette statue est placée dans le parc en 1929. Il en existe trois autres de la sorte dont une en ébène au Musée national de Varsovie, et une en marbre à l'Ambassade de Pologne à Paris.

 

Puis, à l'opposée de cette ?uvre d'art, on trouve une chapelle (8) en béton blanc de 1937. La croix en son sommet n'est pas d'origine. A l'intérieur se tient une statue de la Vierge Marie. Ce lieu saint tient une place importante dans l'Histoire polonaise. Pendant l'Insurrection de Varsovie, il servait de relais pour le courrier des insurgés. C'est sur cette anecdote historique que se termine notre promenade au Park Skaryszewski entre les statues et les points d'eau.

 

 

 

 

SASKA KEPA
De retour au Rondo Waszyngtona, nous entrons maintenant dans l'Histoire du quartier de Saska K?pa. Le mot « k?pa » signifiait jadis une île sur la Vistule. En ces temps, le terrain Saska K?pa était rattaché à la terre ferme. Pendant longtemps, la Vistule n'a cessé de changer sa trajectoire, modifiant constamment la géographie du quartier. Au XVIII siècle, le roi August III de Pologne, électeur de Saxe, y organisait des picnics, réceptions et jeux en plein air. Depuis cette époque, on ajoute « saska », c'est-à-dire de Saxe, au nom du quartier.
D'abord bois puis village, Saska K?pa ne fait partie intégrante de Varsovie qu'à partir de 1916. Historiquement, le quartier a accueilli de nombreuses ambassades et consulats. Cette tradition se reflète dans les noms des rues faisant référence à des pays ou des villes du monde. Il reste d'ailleurs encore 17 ambassades dans le quartier. Dès le début XXème, des personnes de renom sont venues vivre dans les rues de Saska K?pa. Les villas d'avant-garde aux allures de maquette y ont poussé par dizaines dans les années 30. Le quartier a été relativement épargné par la guerre, et il a également échappé aux plans d'industrialisation envisagés par les autorités communistes dans les années 50 et 60. Ainsi, il est possible d'observer un style architectural d'avant-guerre, chose rare à Varsovie.

Nous pénétrons dans l'artère principale, ulica Francuska. Cette rue commerçante est le point de départ de toutes les rues résidentielles de Saska K?pa, un quadrillage unique parmi les quartiers de Varsovie. Dans cette avenue, se trouvait autrefois un café qui était le lieu de prédilection de la grande poétesse Agniezska Osiecka. Aujourd'hui, il est remplacé par le restaurant Baobab (1). Auteure de plus de deux mille chansons, écrivaine, et metteur en scène, cette polonaise de talent est une artiste emblématique du quartier. Elle termine sa vie dans sa maison au 25 rue D?browiecka (4). Les mots de sa chanson « Ma?go?ka » interprétée par Maryla Rodowicz figurent sur la façade de ce bâtiment : « C'était mai, Saska K?pa sentait bon... ». Mais d'autres grands artistes aussi résidaient dans les rues du quartier. Le grand peintre Jan Cybis, par exemple, habitait entre 1947 et 1957 au 28 rue Walecznych (2). De nos jours, se trouve une plaque commémorative sur le mur de sa maison.

Les habitants du quartier au début du XXème siècle comptent parmi eux de grands architectes. En s'aventurant dans les rues, un style particulier retient notre attention, le style moderniste des années 30 inspiré par Le Corbusier. Dans un ouvrage de 1927 titré Les cinq points d'une nouvelle architecture, ce dernier explique que les pilotis, le toit-terrasse et les fenêtres en bandeau sont les éléments reconnaissables de son style. Nous avançons donc à travers le décor minimaliste et les lignes géométriques de ces maisons.

Au 12 rue Walecznych (3), se tient l'?uvre du couple d'architectes Helen et Szymon Syrkus, de grands adeptes de l'avant-garde architecturale européenne des années 30. Une seconde maison admirable et très représentative du style moderniste est la Willa Brzezi?ski du 10 rue Obro?cow (6). Aux apparences austères, cet édifice est le travail de Piotr Kwiek et Lucjan Korngold et combine tous les éléments modernes de l'époque précités. A Saska K?pa, même le duo d'architecte le plus connu de la Pologne d'avant-guerre, Bohdan Lachert et Józef Szanajc, est venu construire. Entre le 7 et 9 rue Katowicka (7), on repère leur travail principalement par sa cage d'escalier composée de
béton brut et de verre. Le numéro 7 était occupé par le père de Bohdan Lachert, tandis que lui vivra au numéro 9 jusqu'à sa mort en 1987. De l'autre côté de la rue Francuska, se trouve aussi quelques bijoux architecturaux des années 30. Au 2 rue Francuska (9) précisément, la famille ?epkowski a fait construire entre 1934 et 1935 une villa par Lucjan Korngold et Piotr Lubi?ski. On remarque l'impressionnante terrasse mais surtout l'escalier en spirale. Enfin, dans le style
moderne, la maison « au thermomètre » du 26 rue Obro?ców (10) est incontournable.
Cependant, on ne peut pas réduire l'architecture des résidences de Saska K?pa au mouvement moderniste. Les maisons mitoyennes entre les rues Katowicka, Obro?ców et D?browiecka (5) ont été conçues entre 1926 et 1929 par W?odzimierz Gall selon un style baroque et classique. Ces bâtiments appartenaient autrefois à la famille du grand entrepreneur Jan ?aski.

Au cours de notre exploration architecturale, nous apercevons le célèbre bas relief du 11 rue

Zwyci?zców (8) . Intitulée « Récolte », cette sculpture est l'?uvre de Jerzy Jarnuszkiewicz, également créateur du Petit Insurgé de la Vieille ville. Ce bas relief a longtemps fait l'objet de critiques de la part des architectes. Il a été plutôt malmené jusqu'à ce que quelques habitants fassent des dons pour le rénover.

Nous nous rendons enfin à l'Eglise néo-gothique de St. Andrew Bobola (11), église principale de Saska K?pa construite entre 1938 et 1956. L'intérieur de l'église est particulièrement impressionnant et contient des lignes de piliers en béton armé qui soutiennent la voûte croisée. Les murs sont ornés de peintures de Henryk Musialowicz et Mariaand Jerzy Ostrowski, imitant les fresques médiévales.

La visite se termine face au 37 rue Walecznych (12) où se tient la plus vieille maison de Saska K?pa. Edifiée en 1880, cette maison en bois est le seul vestige de l'ancien village. Elle a été rénovée dans les années 70. Son positionnement de biais à la rue témoigne de son ancienneté ; elle a été construite avant le parcellement actuel du quartier.

Véritable pot-pourri architectural, Saska K?pa est un quartier qui regorge d'Histoire. Relativement préservé, il nous plonge dans la Varsovie d'avant-guerre et est le témoin de grands personnages de la culture polonaise. Lepetitjournal.com vous invite vivement à déambuler dans son parc et ses rues !

Remerciements à Varsovie Accueil et à notre guide ! 

© Jeanne Sirot

Jeanne Sirot (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 3 novembre 2015

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !

Suivez-nous sur Facebook

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 2 novembre 2015, mis à jour le 2 novembre 2015
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.