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ART & PROVOC – Rétrospective Maurizio Cattelan à Varsovie

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 février 2013

 

Le célèbre artiste italien revient sur la scène artistique après un an d'absence avec "Amen", exposition rétrospective. Le Centre for Contemporary Art de Varsovie a choisis les ?uvres les plus significatives de l'artiste pour faire réfléchir le spectateur sur la mort,  le sacrifice, la genèse du mal dans l'humanité, ou encore la mémoire historique. 

Maurizio Cattelan, du macabre au burlesque
Vivant de petits boulots, Cattelan commence à travailler au début des années 1980 à Milan dans le domaine du design. Avant d'être reconnu véritablement comme artiste, cet enfant du monde populaire vivait de petits boulots en petits boulots et a été particulièrement marqué par son travail à la morgue. Voilà probablement ce qui explique l'origine de son goût pour le macabre qu'il parvient toujours à mettre en avant de manière comique ou tragique et bien souvent provocatrice. 

On retrouve trois axes dans son travail : l'utilisation d'animaux empaillés, l'utilisation de "doubles" symboliques et l'utilisation d'enfant mécanique. Cattelan définit lui-même son style de création comme "flemmard" ce qui est bien en accord avec le caractère subversif de son ?uvre. 

Il prend un véritable plaisir à exploiter son côté blagueur et n'hésite d'ailleurs pas à impliquer son entourage dans ses ?uvres en demandant par exemple à son galeriste parisien E. Perrotin en 1995 de se déguiser en lapin rose phallique pendant les cinq semaines de son exposition "Errotin le vrai lapin". 

On se souvient également de L.O.V.E, l'?uvre qui avait divisé l'opinion italienne en 2010. Cattelan avait taillé un doigt d'honneur d'une hauteur de 4 mètres dans du marbre et l'avait installée en face de la Bourse de Milan. "Un acte d'amour", selon l'artiste qui avait pour but de critiquer la politique italienne. 

Des ?uvres controversées
Après avoir montré le pape Jean Paul II (La Nona Hora, 1999) frappé par une météorite, l'artiste installe cette fois-ci une statue d'Hitler priant à genoux en plein milieu de ce qui fût il y a quelques décennies le ghetto juif. En déambulant rue Prozna, le visiteur peut y apercevoir entre deux planches de bois la statue du dictateur avec une apparence d'écolier. Cette représentation en cire est accompagnée de l'inscription "Tout criminel était une fois un enfant doux, innocent et sans défense". Créée en 2001 à Stockholm, l'?uvre pouvait alors être contournée et approchée. A Varsovie on ne la verra que de dos et au loin? S'agirait-il pour une fois d'une manifestation de pudeur de la part de Cattelan ?

Ses ?uvres sont bien souvent jugées comme provocantes ou même insultantes alors que l'artiste lui-même ne se revendique pas comme tel : "J'aimerais bien être assez bon pour penser à faire quelque chose de provocateur et pouvoir le faire. J'aimerais avoir une télécommande sur laquelle appuyer pour réaliser des ?uvres de ce genre sur commande. Mais ça ne marche pas comme ça". Il cherche avant tout à faire réfléchir et éduquer le spectateur comme l'explique Fabio Cavalluci, le directeur du Centre for Contemporary Art de Varsovie. En effet, cette installation a avant tout pour but d'évoquer le mal qui est dissimulé partout. 

"Hitler incarne l'image de la peur. En le mettant en scène, je ne fais que m'emparer d'une icône de notre siècle. Ma mère disait toujours qu'il est impossible de bien nettoyer un carreau si on ne voit pas où se trouve la saleté?", explique Maurizio Cattelan. 

Pour Michael Schuldrich, grand rabbin de Pologne, même si l'?uvre peut être perçue comme provocante pour le spectateur et insultante pour la mémoire juive, comme l'a déclaré le centre Wiesenthal - organisation qui ?uvre pour la mémoire de la Shoah-, elle soulève des questions d'ordre morale et c'est ce qui la rend intéressante.

A voir?.!
Pour apprécier l'exposition il faudra donc essayer d'aller au-delà du caractère subversif et tragique des ?uvres de Cattelan pour réfléchir aux messages sociaux et sociétaux qu'il nous donne à méditer et profiter de cette rétrospective pour appréhender l'?uvre de l'artiste de manière globale. 

Vous avez jusqu'au 24 février pour aller voir les ?uvres de Cattelan au Centre d'art contemporain situé dans le château Ujazdowski  (ulica jazdow 2) mais aussi ulica Prozna 14.

Ouvert tous les jours sauf le lundi - 12 zlotys /6 zlotys en tarif réduit et gratuit le jeudi

 Charlotte Guibert (www.lepetitjournal.com/varsovie) Jeudi 10 janvier 2013

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 10 janvier 2013, mis à jour le 5 février 2013
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