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TURIN ET MOI – Les coups de cœur d’une Bretonne à Turin

Par Lepetitjournal Turin | Publié le 27/03/2013 à 00:02 | Mis à jour le 26/03/2013 à 22:41

Son regard n'est pas celui d'une simple touriste qui visite la ville, car elle habite à Turin depuis de nombreuses années. Elle n'a pas non plus la vision toute faite de quelqu'un qui connaît la ville depuis toujours, car elle arrive de l'étranger. Témoignage d'une Turinoise d'adoption, ambassadrice  enthousiaste de ce coin d'Italie, qui n'oublie jamais de faire le lien avec la France et sa Bretagne natale

Nathalie Coué est bretonne, elle arrive d'une petite ville située à côté de la forêt de Merlin l'enchanteur, rien de moins. "C'est un pays de sorciers" nous dit-elle en souriant, avant d'évoquer les charmes de sa région, la Bretagne, que beaucoup d'entre nous portent dans leur c?ur : son côté sauvage, ses parfums, sa gastronomie, le spectacle unique des marées qui transforment le paysage? Pourtant, malgré ces bouffées de nostalgie qui refont surface dès qu'elle parle de la France ou qu'elle évoque l'océan, Nathalie est une vraie Turinoise d'adoption tant elle aime cette ville où elle habite depuis de nombreuses années. 

"Je suis arrivée en Italie par amour.  Au début, j'ai vécu à Novara,  à mi-chemin entre Turin et Milan, pour des raisons professionnelles. Avant la naissance de mon premier enfant, j'ai décidé de déménager à Turin, où habitait la famille de mon mari. Au début, quand les enfants étaient petits et avec mon poste en télétravail, je n'ai pas pu profiter pleinement de la ville. Je dois avouer que je n'ai pas eu immédiatement le coup de foudre, je suis tombée amoureuse de Turin au fur et à mesure en découvrant la ville. Mon exploration a été rythmée par les grands événements de ces dernières décennies. Et j'ai été surprise de constater que les Turinois eux-mêmes ont découvert leur propre ville - dont ils sont si fiers aujourd'hui ? au même moment. Nous avons assisté tous ensemble à la renaissance de la ville".

La transformation de Turin

Afin de mesurer le chemin parcouru jusqu'à aujourd'hui par cette ville souvent associée à une image industrielle, grise et sans attraits, Nathalie Coué nous montre le guide du Routard 1992-1993 qu'elle avait acheté quand elle avait su qu'elle déménagerait à Turin. 

"L'arrivée dans cette ville de 1.200.000 habitants donne toujours une impression de gravité, voire de froideur. A notre avis, y faire plus qu'une simple halte serait certainement une erreur."

La résidence royale de Venaria (photo lepetitjournal Turin)

"Pas une ligne de plus, c'est incroyable" s'indigne-t-elle "Pourtant tout était déjà là, les monuments, les places, le Pô, les parcs? mais personne ne les voyait, ils n'étaient pas valorisés ! Je sais de quoi je parle, car j'ai été une touriste autodidacte. Je me souviens bien du jour où j'ai voulu montrer à mes amis parisiens la Reggia di Venaria. C'était encore un énorme chantier, j'étais déçue, et puis nous sommes arrivés au seul endroit déjà complètement restauré, la Galleria di Diana, belle à couper le souffle."

Remettons donc les aiguilles de notre montre en arrière. Nous sommes en 1998, un premier grand événement vient réveiller Turin de son sommeil de Belle au Bois dormant : l'Ostension du Saint-Suaire. "A cette occasion, j'ai découvert la Place Castello. Les organisateurs avaient installé une pelouse artificielle et interdit la circulation aux voitures. C'était magnifique !" Voilà le premier pas d'une métamorphose très réussie : aujourd'hui non seulement la place est devenue piétonne, bientôt elle sera plus que jamais au c?ur de l'offre culturelle de la ville avec la création d'un pôle de musées autour du Palais Royal. 

Puis vinrent les Jeux Olympiques d'Hiver de 2006, un véritable tournant pour la ville. Comment oublier l'animation dans les rues, l'effervescence dans l'air, l'atmosphère de tour de Babel due à la multiplicité des langues, la fierté des Turinois ? "Depuis, beaucoup de choses ont changé, la machine s'est mise en route, les événements se succèdent. Je pense aux célébrations pour les 150 ans de l'Unité italienne, mais aussi à d'autres événements internationaux comme Europa Cantat".

Les coups de c?ur d'une Bretonne à Turin

Mais quels sont les coups de c?ur d'une Bretonne à Turin ? "Les places et? les glaces ! Quand je fais visiter la ville, je m'amuse toujours à associer un lieu à une "gelateria", et mes amis et ma famille sont vite conquis ! En plus du centre ville, je fais toujours visiter le Lingotto (le "Scrigno" de Renzo Piano, qui accueille un petit musée qui est un vrai bijou, mais aussi la piste pour les voitures perchée sur le toit permettant de se rapprocher du côté industriel de la ville), et s'il y a des enfants je propose de monter à Superga en crémaillère.  Mon coup de c?ur à Turin, c'est aussi le fleuve, notamment le côté encore sauvage de ses berges, si particulier pour une grande ville? (photo lepetitjournal Turin) Les Turinois « vivent » leur fleuve à différents niveaux : comme un décor, comme une ligne de séparation entre les différents quartiers, comme une tradition qui se perpétue d'une génération à l'autre car ici les clubs d'aviron sont nombreux. Cela me fascine énormément. Un autre coup de c?ur qui fait désormais partie de mon quotidien turinois sont les marchés. On y trouve de tout, pas seulement l'alimentaire  mais aussi des vêtements dégriffés, de petites robes sympas et bon marché, la vie de quartier est conviviale. Et si jamais je veux me faire plaisir, un petit saut au Balôn s'impose, et pas que pour les brocantes : un petit verre sur une terrasse au soleil entre amis et c'est le bonheur !"

Nathalie Coué lors d'une conférence sur le tourisme à Turin organisée par l'Association IdeeXTorino qui invite les Turinois à participer activement à la vie et au développement de la ville (photo lepetitjournal Turin) 

Turin je t'aime, mais?

"Mais il faudrait que les Turinois apprennent à mettre en valeur leurs trésors, qu'ils oublient de temps en temps leur côté réservé. Turin n'est pas très connu même parmi ceux qui habitent de l'autre côté de la frontière, et c'est vraiment dommage. Le Piémont est situé dans le nord-ouest de l'Italie, tout comme la Bretagne se trouve dans le nord-ouest de la France. La Bretagne a travaillé dur pour arriver à transmettre une image identitaire forte, elle est aujourd'hui la troisième région touristique de France, et ce malgré une météo capricieuse ! Il faudrait que le Piémont fasse de même, que sa situation géographique, un peu excentrée par rapport aux circuits touristiques classiques, devienne une opportunité. En se tournant aussi vers l'ouest, vers la France de l'autre côté des Alpes, qui n'attend qu'à le découvrir !"

Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) mercredi 27 mars 2013

 

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