

A l'occasion de la sortie de son autobiographie, Marc Augé est venu au Cercle des lecteurs de Turin. A 76 ans, ce célèbre ethnologue français nous décrit malicieusement sa passion pour son métier, l'écriture et le voyage. Une personnalité et une vie hors du commun à découvrir dans son livre La vie en double
Lepetitjournal.com/Turin : Comment êtes-vous devenu ethnologue ?
Marc Augé : J'ai commencé à faire de l'ethnologie en 1959 grâce au conseil d'un ami. Je finissais mes études de lettres. Ce qui m'a fasciné dans cette voie, c'était de pouvoir allier l'écriture et la pensée spéculative, car j'ai longtemps hésité entre la littérature et la philosophie. J'avais aussi envie de voyager. J'ai le sentiment, par le hasard de l'âge, d'être arrivé entre la génération prestigieuse de Claude Lévi-Strauss et les nouvelles expériences à venir. Je suis également arrivé à un moment clef de l'Histoire: entre la fin de la colonisation et le début de la mondialisation.
Marc Augé est l'un des ethnologues français les plus connus dans le monde. Il est particulièrement célèbre en Italie où de nombreux lecteurs sont venus le rencontrer au Cercle des lecteurs de Turin (photo Valentine Patry)
Comment sont les voyages d'un ethnologue ?
La vie en double est le dernier ouvrage de Marc Augé. Cette autobiographie vient de paraître en France et en Italie.
Vous êtes célèbre aussi pour vos travaux sur le monde occidental contemporain. L'ethnologue peut donc travailler chez lui ?
Oui mais c'est plus compliqué car on a moins de distance dans tous les sens du terme ! Dans un de mes précédents livres Un ethnologue dans le métro, je montre que le métro est un agrandisseur de ce qui se passe à la surface. On y voit la diversité de la ville. Je suis passionné par ces non-lieux [selon Marc Augé, ce sont des lieux anonymes, où se côtoient des personnes qui n'ont pas de relations entre elles, comme le métro, les aéroports ou les supermarchés, NDLR]. Aujourd'hui, il est fascinant de s'intéresser à ces espaces de circulation et de consommation. Les relations sociales changent. D'ailleurs, sur Internet, face à quels types de relations sommes-nous ? Les sociétés virtuelles ou les groupes humanitaires sont des objets d'études passionnants ! C'est pourquoi, même si je suis plutôt pessimiste sur le futur de nos sociétés, je suis très optimiste pour l'avenir de l'ethnologie.
Propos recueillis par Valentine Patry (www.lepetitjournal.com/Turin) lundi 6 juin 2011
L'autobiographie de Marc Augé La vie en double. Ethnologie, voyage, écriture est parue en français en mars aux éditions Payot (18.50 ? - 272 pages). La version italienne vient de sortir aux éditions Bollati Boringhieri : Straniero a me stesso. Tutte le mie vite di etnologo. (16 ? - 176 pages)






