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LEGISLATIVES PARTIELLES – Ghislain Allon : "La France ne s’occupe pas assez de ses ressortissants"

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 mai 2013

A une semaine de la fin de la campagne pour les élections législatives partielles de la 8e circonscription des Français de l'étranger, LePetitJournal.com Italie poursuit son tour d'horizon des candidatures. Ils sont 20 à se présenter aux électeurs qui ont jusqu'au 21 mai pour voter par internet. Le vote aux urnes aura lieu dimanche 26 mai pour le premier tour. Aujourd'hui, lumière sur Ghislain Allon, candidat indépendant et journaliste de profession. Il souhaite apporter son soutien aux Français d'Europe du sud qu'il juge délaissés.

LePetitJournal.com : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Ghislain Allon : De formation philosophique, j'ai d'abord été enseignant. J'ai ensuite travaillé dans le domaine filmique pour la télévision. J'ai réalisé une cinquantaine de documentaires pour des grandes chaînes françaises mais aussi étrangères. En 1998, j'ai créé la chaîne de télévision TFJ (Télévision Française Juive), diffusée dans 70 pays. Je suis avant tout documentaliste et journaliste politique. Je suis marié à une Allemande et vis dans la 8e circonscription puisque je suis résident maltais et que je suis régulièrement en Israël pour mon travail.

Pourquoi vous présentez-vous à ces élections législatives ?
Tout d'abord, c'est au travers de ma connaissance du terrain, puisque je connais tous les pays de la circonscription. J'ai travaillé dans bon nombre d'entre eux et je me suis rendu compte de l'état lamentable de leur situation à l'égard de la France. Mon constat est simple : la France ne s'occupe pas assez de ses ressortissants, a fortiori de ses ressortissants de l'Europe du sud. L'attitude de la France vis-à-vis d'eux n'est pas correcte. La France ne fait pas son travail et il faut la secouer ! Il y a une sorte de supériorité supposée de la France qui se permet de donner des leçons aux pays de l'Europe du sud et cela ne m'indiffère pas, au contraire. L'Italie et la Grèce sont traitées de pays voyous sur le plan économique, Israël est abordée uniquement sur un plan politique et la Turquie est placée à la marge de l'Europe. Non pas que je veuille me mêler de politique étrangère mais tous ces pays, malgré leurs différences, sont traités de la même façon par la France. C'est une absurdité que commet notre pays. La France devrait se servir de ses expatriés pour rayonner dans ces territoires extraordinaires par leur histoire. Nous parlons tout de même d'Athènes, de Rome, de Jérusalem, d'Istanbul. Ce n'est pas rien ! Là où la France commet une grave erreur c'est qu'elle oublie que ces territoires sont à l'origine de notre civilisation. Lorsque l'on vit dans cette région, on ne sait plus ce qui nous relie à la France. Notre pays doit se rendre compte qu'il y a une population expatriée qui attend beaucoup de lui. Ceci explique probablement le taux d'abstention hallucinant du scrutin de juin 2012 alors qu'être représenté à l'Assemblée est une chance.

Que représente l'Italie pour vous ? Quel est votre rapport avec elle ?
L'Italie est un pays que je connais très bien, je parle d'ailleurs l'italien. Une partie de ma famille y a même vécu. Je tiens aussi à préciser que mon suppléant, André Darmon qui vit aujourd'hui en Israël est originaire de Livourne. Cela prouve que nous ne formons qu'un tout dans cet espace où les populations ont voyagé de tout temps. J'ai envie de dire que nous sommes un seul et même peuple et le découpage géographique de la 8e circonscription est idéal. Il regroupe les trois grandes religions et les trois grands empires qui ont régné et qui ont façonné notre civilisation.
Pour revenir à l'Italie, nous lui devons notre gloire et notre grandeur par la Renaissance qui s'est diffusée en France. Mais l'Italie souffre d'une désinformation de la part de la France comme la Grèce ou Israël. Le problème aujourd'hui, c'est la politique allemande qui fragmente l'Europe et place l'Europe du sud dans une sorte de sous-catégorie. L'Italie, comme la Grèce, ce sont les mauvais élèves et c'est intolérable. Tout ne passe pas par l'économie. Les problématiques sociales et les valeurs communes sont primordiales. Sans la population, il n'y a pas d'économie. Et si la France ne s'occupe pas des problèmes de chômage que rencontrent beaucoup de Français en Italie, c'est grave.

Que pensez-vous du rapprochement franco-italien opéré par François Hollande et Enrico Letta ?
Après la position de conciliation qu'a pris François Hollande au début de son mandat pour ne pas froisser Angela Merkel, je me réjouis de ce nouvel axe franco-italien. Malheureusement, je suis un peu sceptique. La France n'est qu'au début de sa crise économique et je me demande si M. Hollande sera en mesure de conserver ses alliances ou s'il préfèrera se réfugier dans le giron allemand. Je demande à voir ! Mais pour le moment, ce rapprochement va dans le bon sens sur le plan des intentions et du message que le gouvernement veut faire passer.

Concernant la campagne, quelles idées souhaitez-vous défendre ? Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?
Dans un premier temps, je souhaite lister tous les problèmes qui existent entre les Français vivant dans cette circonscription et la France. D'après ce que je vois et ce que me disent les Français, rien ou peu a été fait pour eux. Nous devons donc reprendre les choses à zéro. Les Français de l'étranger doivent avoir les mêmes droits que les autres. C'est élémentaire, c'est même écrit dans nos manuels scolaires et on nous le rabâche depuis l'enfance. Il faut faire en sorte que cela devienne une réalité. Nous devons nous battre pour que les expatriés puissent bénéficier des mêmes droits en matière d'allocations.
L'accès à la culture est aussi primordial. L'accès aux livres en français, aux journaux est limité. Il est difficile de s'en procurer et quand il y a une offre, elle est hors de prix.
L'éducation est aussi un problème majeur pour les Français vivant à l'étranger. L'accès aux bourses n'est pas le même qu'en métropole et les droits d'inscription dans les universités, souvent plus chers à l'étranger ne sont pas pris en compte. Il n'y a pas d'universités françaises alors qu'il existe des universités américaines partout.
D'un point de vue économique, nous devons construire des ponts entre les pays de la circonscription et la France. Les binationaux doivent servir de passerelles économiques mais aussi politiques. La France retire ses avoirs à l'étranger et c'est une erreur politique. Nous devons aider les expatriés à investir. Pour ce faire, les représentants politiques doivent les aider à passer les embuches administratives qu'ils peuvent rencontrer dans chacun des pays.

Si vous êtes élu, quelle proposition de loi aimeriez-vous faire passer à l'Assemblé nationale ?
C'est une proposition un peu osée mais je souhaiterais proposer une loi qui octroie les mêmes droits aux Français de l'étranger. Que ce soit en matière d'allocation, comme je l'ai déjà dit mais surtout en matière d'emploi. Je voudrais installer des plateformes économiques entre la France et les pays concernés. Pour ce faire, il faut utiliser la langue française comme vecteur. Une main d'?uvre intellectuelle qui parle français pourrait être le terreau d'un développement économique. Il faut donner la possibilité à des entreprises de distribuer des produits français dans les pays de la circonscription. Les entrepreneurs français ont les jambes coupées. Ils n'ont aucun relais politique pour les aider à se développer à l'étranger. Du coup, ils sont plus frileux et n'investissent plus. En tant qu'expatrié, je sens que la situation actuelle est catastrophique. Je souhaite donc redonner confiance aux Français installés en Italie, en Grèce ou en Turquie en les épaulant.

François Hollande vient de fêter sa première année de mandat. Que pensez-vous de la politique qu'il a mis en place, que ce soit au niveau économique ou social ?
François Hollande a été pour moi un espoir lorsqu'il parlait d'un axe France-Europe du sud. J'ai cru à un réel changement dans la politique européenne mais lorsqu'il a rencontré Angela Merkel pour la première fois, j'ai compris qu'il ne mettrait pas en ?uvre cette idée. Par ailleurs, sa politique économique est illisible. Les Français ne veulent plus de cette Europe axée sur l'Allemagne et le tout austérité. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles il est tombé si bas dans les sondages. Mais s'il met en ?uvre une politique moins pro-allemande, il remontra dans les sondages selon moi. En se rapprochant de l'Europe du sud qui subit les cures d'austérité, l'Europe ne pourra qu'en sortir grandie.
Au niveau de la loi sur le mariage pour tous, j'ai l'impression que le gouvernement s'en est servi pour créer un écran de fumée et masquer tous les autres problèmes. Mais les débats ont duré trop longtemps et ont fait émerger une scission de la société. Concernant la loi en elle-même, c'était dans son programme donc on ne peut pas lui reprocher de l'avoir fait voter. Mais était-ce nécessaire qu'il mette toute son énergie dans ce projet en pleine crise économique et financière ? J'en doute fort.

Propos recueillis par Aurélien Bureau (www.lepetitjournal.com de Milan) vendredi 24 mai 2013

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Publié le 23 mai 2013, mis à jour le 20 mai 2013
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