

Haut-lieu de la vie nocturne de Turin, depuis le mois d'octobre les Murazzi ont fait l'objet de décisions judiciaires et sont au centre d'un vif débat. Plusieurs acteurs sont concernés. Entre saisies et appels sur Facebook, débats enflammés et enquêtes judiciaires, leur avenir semble incertain. Quel sera le nouveau visage de ces arcades le long du Pô, où palpite le c?ur de la musique et du divertissement nocturne que les Turinois affectionnent tant ? Faisons le point
(Photos lepetitjournal Turin)
Depuis hier, huit responsables de la Mairie de Turin font l'objet d'une enquête concernant la gestion des concessions relatives aux établissements des Murazzi, où il est question entre autres de loyers dus à la ville de Turin et qui n'auraient pas été versés. C'est le dernier épisode en date d'une saga qui a commencé en octobre dernier, quand des agents de la police municipale ont apposé les scellés à un certain nombre d'établissements pour construction abusive et tapage excessif. L'opération a été répétée au mois de novembre, et depuis l'inquiétude monte. Quel sera l'avenir de ce haut lieu de la vie nocturne turinoise ? Comment préserver son identité propre, si caractéristique, tout en respectant les exigences des riverains et la loi ? Car les problèmes soulevés par les riverains existent, difficile de le nier.
Piazza Vittorio Veneto et les Murazzi de nuit
Du silence des pêcheurs au tapage de la vie nocturne
Le mot Murazzi révèle l'origine du nom : muri, murs. Il s'agit des remparts bâtis au XIXe siècle à la hauteur de Piazza Vittorio pour protéger le centre ville des inondations du Pô. Les arcades qui accueillent aujourd'hui les endroits à la mode permettaient à l'origine aux pêcheurs de remiser leurs barques. Une époque révolue, suivie d'une longue période d'abandon jusqu'aux années soixante-dix, quand les Murazzi ont connu un renouveau important grâce à un certain nombre de concessions octroyées pour l'ouverture d'établissements de nuit, devenus rapidement des points de rencontre pour les jeunes et les musiciens. Comment oublier le rôle des Murazzi dans la formation musicale de groupes comme les Subsonica dans les années quantre-vingt-dix? Et aujourd'hui ? La movida, comme on appelle couramment la vie nocturne à Turin, est devenue un vrai problème pour les riverains qui se plaignent du bruit, de la saleté, mais aussi de la consommation excessive d'alcool et de drogues aux environs de piazza Vittorio.
L'opération judiciaire qui a commencé au mois d'octobre dans le quartier des Murazzi ne pouvait pas laisser les Turinois indifférents. Très vite, de nombreuses voix se sont élevées pour essayer de sauver cet endroit caractéristique. Signalons notamment la page Facebook Salviamo i Murazzi qui compte plus de 13.000 fans et la création de l'association Sviluppo Murazzi. Si le débat fait rage, les idées ne manquent pas. Le projet présenté par Ilda Curti, maire adjoint à l'urbanisme, entend diversifier la vocation du lieu, en favorisant notamment les activités diurnes, de manière à ce qu'une partie des arcades accueille également des associations culturelles ou sportives. La Soprintendenza, quant à elle, a donné des indications précises concernant les terrasses afin de valoriser la zone et de proposer une certaine uniformité. Si ce plan a obtenu l'adhésion d'un bon nombre d'acteurs concernés, le problème principal, soulevé par certains artistes profondément liés aux Murazzi, comme Max Casacci des Subsonica et par le directeur artistique de Club to Club, Sergio Ricciardone, est loin d'être résolu : il concerne la procédure d'adjudication des établissements des Murazzi. "Nous souhaitons que les organismes sélectionnés aient une expérience dans le domaine de la culture" explique Francesco Astore de l'association Sviluppo Murazzi "nous ne voulons pas que les Murazzi se retrouvent aux mains de ceux qui sont économiquement puissants mais qui en réalité ne sont rien d'autre que des distributeurs d'alcool."
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 14 mars 2013






