Édition internationale

PRESIDENTIELLES – Giorgio Napolitano est réélu président de la République italienne

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 avril 2013

A l'issue de trois journée difficiles, le douzième président de la République italienne a été élu par les deux Chambres du parlement réunies et par les délégués régionaux. Trois jours riches en rebondissement qui ont fait craindre le pire et qui se concluent par un deuxième mandat pour Giorgio Napolitano. Stratégies électorales, tensions, règlements de compte : retour sur les événements marquant de ces derniers jours

Il aura fallu 6 tours et trois jours pour arriver à un résultat mais finalement, depuis hier, l'Italie a un nouveau chef de l'Etat, le président sortant Giorgio Napolitano qui s'était jusque-là farouchement opposé à un deuxième mandat. Hier, aux alentours de 18h, quand le nombre de bulletins dépouillés approchait des 500 voix, la plupart des grands électeurs se sont levés comme un seul homme et ont applaudi à tout rompre dans l'Hémicycle. Une demi-heure plus tard, la proclamation officielle des résultats donne la mesure de la victoire. Avec 738 voix, Giorgio Napolitano a dépassé la majorité des deux-tiers et a obtenu beaucoup plus que la majorité simple de 504 voix qui était demandée. Stefano Rodotà, quant à lui, totalise 217 voix qui correspondent à peu de choses près au total des voix des électeurs du Movimento 5 Stelle et de ceux du parti Sinistra e Libertà de Nicki Vendola. Les francs-tireurs ont été quantité négligeable. Le futur de l'Italie repose donc entre les mains d'un homme de 87 ans (88 ans en juin). Comment en est-on arrivé là ?

(photo Presidenza della Repubblica)

Jeudi 18 avril : tensions au parti Démocrate
Quand la session réunie du Parlement commence, jeudi 18 avril, c'est le parti Démocrate qui mène la danse. C'est en effet celui qui possède le plus grand nombre d'électeurs, il approche sans l'atteindre la majorité simple. Pour obtenir la majorité des deux-tiers exigée lors des trois premiers tours, Pier Luigi Bersani a deux possibilités : choisir le candidat du Movimento 5 Stelle, Stefano Rodotà, un homme de gauche qui réunit bon nombre de qualités susceptibles de plaire aux membres de son parti. Mais lors des pourparlers qui ont eu lieu au cours des semaines précédentes dans le but de former un gouvernement, Beppe Grillo a toujours fermé la porte à Pier Luigi Bersani, allant même jusqu'à l'humilier publiquement. Ou bien trouver un accord avec le PDL de Silvio Berlusconi et les élus de Scelta Civica de Mario Monti. Pier Luigi Bersani s'engage résolument sur cette voie malgré les critiques qui surgissent au sein de sa coalition et même de son parti et le matin du premier tour une candidature commune est annoncée : celle de Franco Marini. Théoriquement, il devrait pouvoir l'emporter au premier tour. Peine perdue : il n'obtient que 521 voix. La dissidence ne provient pas des partis alliés qui ont été fidèles au pacte conclu, elle est interne au PD. Le deuxième tour n'est alors qu'une simple formalité, la plupart des bulletins sont blancs.

Vendredi 19 avril : requiem pour un parti
La nuit a-t-elle porté conseil ? A l'aube du deuxième jour, Pier Luigi Bersani change complètement de cap et de méthode. Il se concentre sur son parti et propose à ses grands électeurs le nom de l'ex-président du Conseil Romano Prodi, l'adversaire juré de Silvio Berlusconi. La proposition est acceptée avec enthousiasme et soulagement. Le PDL exprime son mécontentement, Scelta Civica son désappointement. Le Movimento 5 Stelle mise toujours sur Sergio Rodotà  ; une partie de la coalition de centre-gauche réclame avec insistance un report des voix du PD sur Stefano Rodotà. Il est évident que la majorité des deux-tiers ne pourra être atteinte, le troisième tour est donc un tour pour rien. Le quatrième tour débute vendredi 19 avril à 15h. Le parti Démocrate est confiant. La présidente du parti, Rosy Bindi, assure que Romano Prodi sera président dans quelques heures. Des propos démentis par les résultats : Romano Prodi n'obtient que 395 voix. Les problèmes internes du PD deviennent alors de plus en plus évidents ; dans les rues, des militants du PD brûlent symboliquement leur carte du parti. Dans la soirée, coup de théâtre : Rosy Bindi démissionne et le secrétaire Pier Luigi Bersani annonce qu'il donnera également sa démission après l'élection du nouveau président. L'élection présidentielle s'est transformée en règlement de comptes. Pier Luigi Bersani a été poignardé dans le dos.

Déclaration officielle de Giorgio Napolitano après la proclamation des résultats (photo Presidenza della Repubblica)

Samedi 20 avril : l'élection du "roi Georges"
Samedi matin, la crise est palpable. Le cinquième tour se déroule dans l'incertitude, les bulletins blancs se multiplient. C'est alors que certains grands électeurs commencent à se rendre en procession auprès de Giorgio Napolitano pour lui demander d'accepter un second mandat. Quand ce dernier annonce qu'il accepte, le soulagement est perceptible et l'élection n'est qu'une formalité. Victoire ou défaite ? Certes, l'Italie est momentanément sortie de l'impasse. Giorgio Napolitano remporte un indéniable succès personnel, qui est le fruit de sept ans en tant que ?rempart des institutions?. Lors de sa déclaration officielle après l'annonce des résultats, il a indiqué la marche à suivre : ?Je souhaite fortement qu'au cours des semaines à venir toutes les personnes concernées sachent accomplir leur devoir en participant au renforcement des institutions républicaines. Nous devons tous considérer l'image et le rôle international de notre pays.? Il ?uvrera pour un gouvernement d'unité nationale qu'il devrait réussir à former sans trop de peine puisque Pier Luigi Bersani ne sera plus là pour s'y opposer. Mais il y a aussi le revers de la médaille : encore une fois, les élus n'ont pas été capables de trouver une solution à la crise et le fossé entre la politique et la société ne cesse de s'élargir. Dans le pays, l'exaspération est à son comble et la réaction à chaud de Beppe Grillo a fait craindre le pire : parlant de coup d'état, il a lancé un appel à la population, lui demandant de manifester le soir même à Rome. Avant de revenir sur sa déclaration pour donner rendez-vous à ses sympathisants aujourd'hui dans la capitale. Samedi 20 avril, une page s'est tournée en Italie sans que l'exigence de renouveau n'ait été prise en compte. Pour survivre, la classe politique italienne ne pourra pas l'ignorer plus longtemps.
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) dimanche 21 avril 2013

Publié le 20 avril 2013, mis à jour le 21 avril 2013
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