

La date fatidique approche, dimanche 12 mai c'est la festa della mamma en Italie puisqu'il s'agit du deuxième dimanche du mois. C'est un bon prétexte pour revenir sur cette fête célébrée dans le monde entier, bien qu'à des dates différentes, en l'honneur de cette créature imprévisible, râleuse, aimante, souvent omniprésente, parfois encombrante que nous appelons maman.
Di mamma ce n'è una sola (il n'y a qu'une maman), répètent avec conviction les Italiens. Ce n'est pas un axiome basé sur une certitude scientifique, bien entendu, car aujourd'hui la distinction entre mères biologiques, mères adoptives et mères porteuses ouvre de nouvelles perspectives. Ce n'est pas non plus une certaine forme de snobisme linguistique vis-à-vis de leurs voisins transalpins. Une petite vengeance ? un peu mesquine, reconnaissons-le - pour toutes les fois où ils ont douté de l'orthographe des homonymes qui foisonnent en français, véritable écueil contre lequel se heurtent tous ceux qui apprennent la langue de Molière. Quel soulagement si l'on ne devait pas pester contre cette fameuse mère du Maire qui se baigne dans la mer ! Non, ce n'est pas cela. Si les Italiens disent que di mamma ce n'è una sola c'est parce qu'elle est considérée unique, irremplaçable, une véritable institution si l'on peut s'exprimer ainsi. Car le rôle qu'une mamma est appelée à jouer au sein de la société italienne est fondamental, puisqu'ici plus qu'ailleurs le bon fonctionnement de la vie familiale repose sur ses épaules. Très peu de crèches (et souvent très chères dès que l'on s'adresse au secteur privé), des horaires scolaires qui ne facilitent pas l'organisation des mères qui travaillent, une surcharge de travail à la maison due à une mentalité "machiste" qui est heureusement en train d'évoluer : l'effort qui est demandé à une maman italienne est important. Mais il faut dire qu'il est reconnu?
Mamma, maman? "Ma" est le premier son syllabique dans les babillages des bébés, nous le retrouvons d'ailleurs dans de nombreuses langues pour désigner celle qui prend soin du nouveau-né, celle qu'il reconnaît comme son premier objet d'amour, sa première fenêtre sur le monde, celle qui lui a donné la vie et qui lui donnera des ailes. Et peu importe si par la suite, aux yeux de l'enfant devenu adolescent, cette créature merveilleuse se transformera en un disque rayé, répétant à longueur de journées le même refrain. « Ne bois pas à la bouteille, j'en ai marre de répéter cent fois la même chose, ça suffit maintenant avec cet ordinateur, ici ce n'est pas un hôtel? » Des phrases cultes qui non seulement font désormais partie des hits des foyers de la société occidentale, mais qui traversent aussi sans complexes et depuis des années les frontières comme le font aujourd'hui les étudiants Erasmus. Une fois devenus adultes, ces mêmes ados se métamorphoseront très probablement en mammoni, les Tanguy du film réalisé par Etienne Chatiliez en 2001. Et le jour où ils se décideront enfin à sortir du nid, ils resteront néanmoins très attachés à leur maman chérie toute leur vie. Attention toutefois : si l'italien a inventé un mot spécifique pour indiquer ces "gros poupons" et plus en général les enfants qui sont trop liés à leur mère, que dire du français où il est tout a fait normal de déclarer "J'ai un enfant de 40 ans" alors que dans la langue de Dante on parlerait plutôt de figlio ? Un enfant, d'après l'étymologie latine du mot, ne sait pas parler (infans, infantis, le préfixe privatif "in" est suivi du verbe fari), mais il est évident que dans l'Hexagone la relation entre les parents et leur progéniture reste la même en dépit du temps qui passe. Vous comprenez mieux alors pourquoi votre mère ne peut toujours pas s'empêcher de vous lancer la phrase Tu vas attraper froid ou Tiens-toi à la balustrade malgré vos cheveux qui commencent à grisonner?
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 10 mai 2013






