

L'entrée de Lactalis au capital de Parmalat n'a pas manqué de susciter quelques remous en Italie. De nombreuses voix s'élèvent pour défendre l'entreprise au nom de "l'italianità" et une cordée serait en train de se constituer autour du groupe bancaire Intesa San Paolo pour contrecarrer l'offensive française
Depuis jeudi dernier, Lactalis possède 11,4 % du capital de Parmalat, mais cette participation n'a cessé d'augmenter au cours du week-end, montrant clairement que le groupe français a l'intention de consolider sa position dans la Péninsule où il est déjà présent avec des marques très connues comme Galbani, Locatelli, Cademartori, Vallelata et Invernizzi. L'intérêt de Lactalis pour Parmalat a cependant éveillé de vives réactions en Italie, des réactions qui se sont manifestées aussi bien au niveau du gouvernement que dans le monde économique et bancaire. Il faut dire que l'opération lancée par Lactalis arrive à un moment particulièrement délicat : se sentant menacées par ce que la presse italienne n'hésite pas à qualifier d' "assaut" français contre l'économie du pays, les entreprises italiennes sont sur la défensive.
La contre-offensive italienne
Il est vrai que depuis quelque temps les dossiers se multiplient : il y a quelques semaines le rachat de Bulgari par LVMH, mais aussi les dossiers franco-italiens Edison-Edf, BNL- BNP Paribas, Premafin-Groupama? sans oublier le cas Alitalia-Air France, fer de lance des premiers mois du gouvernement Berlusconi qui avait alors revendiqué le concept d'?italianità? des entreprises de la Péninsule. Un concept repris par le ministre de l'Economie Giulio Tremonti qui a convoqué samedi dernier l'ambassadeur de France en Italie, M. Jean-Marc de la Sablière, en présence du sous-secrétaire à la présidence du Conseil Gianni Letta, pour aborder ce sujet sensible : une initiative singulière, puisque le gouvernement français peut difficilement intervenir dans des problèmes qui concernent des entreprises privées. Une mesure s'inspirant d'ailleurs de la législation française et permettant de protéger les secteurs stratégiques italiens contre les investissements étrangers serait aussi à l'étude : en l'occurrence, c'est l'avenir de la filière laitière italienne qui est au c?ur des préoccupations du gouvernement. Dans ce contexte, l'intérêt manifesté par le groupe Ferrero (qui l'année dernière avait finalement renoncé à la conquête du groupe britannique Cadbury) pour participer à la cordée pour le contrôle de Parmalat a été salué de manière très positive.
Patriotisme économique ou marché global ?
Plusieurs scénarios sont donc possibles et il faudra attendre plusieurs semaines pour connaître le résultat de l'opération. L'analyse de ce cas précis permet d'aller plus loin, pour affronter deux grands thèmes sous-jacents. D'un côté, le débat entre libéralisme et protectionnisme, un sujet particulièrement épineux qui s'inscrit dans un contexte économique difficile et demande un rôle de vigilance et d'impartialité de la part de l'Union européenne. De l'autre, l'importance de la réciprocité qui devrait être à la base de telles opérations, comme l'a souligné le président de Confindustria Emma Marcegaglia. Selon elle, si la capacité d'attirer les capitaux et les investissements étrangers est un point positif, il faut que les entreprises italiennes trouvent une solution pour éviter d' "être toujours des proies". Un message haut et clair qui s'adresse aux hommes politiques, aux banquiers et aux entrepreneurs italiens afin qu'ils travaillent de façon efficace à la création d'un tissu économique plus fort et compétitif.
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) mardi 22 mars 2011






