

L'Italie est au centre de l'actualité de la lutte face aux immigrés clandestins venus du Maghreb. A quelques encablures de la Tunisie et de la Libye, elle est la porte d'entrée vers l'Union européenne. Retour sur la politique pratiquée par Rome en matière d'immigration depuis qu'elle connaît ce phénomène
Embarcation au large de Lampedusa (Photo : wikimedia)
L'Italie est historiquement un grand pays d'émigration et la question de l'immigration ne s'est posée que tardivement. En Europe, aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud (Brésil et Argentine), des milliers d'Italiens ont quitté leur pays pour trouver du travail dès le début du XXème siècle. Ces populations devaient se résigner à quitter leur terre natale pour espérer offrir à leur famille de meilleures conditions de vie. Ce n'est qu'à partir des années 1960 qu'apparaissent les premiers signes d'une inversion de tendance. Le pays vit alors une forte période d'expansion économique à l'image des Trente Glorieuses en France et en Allemagne. Or les vagues de départ du début du siècle ont fortement affaibli les ressources humaines du pays ce qui handicape les industries qui veulent augmenter leur production. Comme la main-d'?uvre manque, les autorités vont la chercher à l'étranger. Il s'agit dans un premier temps de faire appel à des travailleurs issus des anciennes colonies italiennes. Des milliers de Libyens, d'Ethiopiens, d'Erythréens et de Somaliens débarquent donc sur les côtes italiennes pour soutenir la production du pays. Ces jeunes immigrés légaux espèrent aussi se sortir d'un quotidien chaotique. En voyant la certaine prospérité que le pays offrait alors, une multitude d'anciens émigrés italiens d'Amérique du Sud entreprend le chemin inverse. Il faut ajouter que ces régions connaissent de multiples révolutions et guerres qui font fuir les populations et les ressources économiques. De nombreux Brésiliens et Argentins de parents italiens retournent donc au pays de leurs ancêtres, parfois en ne parlant que quelques mots du dialecte d'origine avec un fort accent espagnol ou portugais. Cette main-d'?uvre se révèle très bon marché et permet le développement du tourisme dans le centre de l'Italie. Le Latium, la Campanie et la Toscane sont les principales terres d'accueil de ces immigrés.
La chute de l'URSS comme révélateur des défaillances italiennes
C'est dans les années 1980 que le pays commence à s'intéresser au contrôle de ses frontières. Entre cette date et 1960, l'immigration est ignorée mais les premières conséquences se font alors ressentir. Dans un premier temps, ce n'est pas tant le nombre d'immigrés clandestins qui dérange, mais plutôt leurs conditions de vie. Leur irrégularité ne leur permet pas de réclamer un salaire décent et la réalité est souvent moins reluisante que les promesses des
Roberto Maroni, ministre de l'intérieur italien (Photo : Wikimedia)
La politique actuelle dictée par la Ligue du Nord
Les évènements de Lampedusa ont subitement rappelé aux Italiens et à l'Europe que l'Italie n'était peut-être pas à la hauteur de ce combat. Très proche des côtes des pays des Balkans et de l'Afrique du Nord, elle est au carrefour de la Méditerranée. Pourtant, depuis les années 2000, sous l'impulsion de Berlusconi allié à la Ligue du Nord, l'Italie a essayé de se doter d'un arsenal de qualité pour endiguer le problème. Outre les accords avec les pays voisins (comme avec la Tunisie de Ben Ali qui prévoyait une somme d'argent contre l'aide du gouvernement tunisien), l'Italie s'est aussi lancée dans un travail législatif. En 2002, la loi Bossi-Fini fixe des quotas et oblige tout immigré à fournir ses empreintes génétiques s'il veut demander un visa. Dans ce cadre, le pays régularise 170.000 travailleurs sans papier mais en expulse aussi un grand nombre. En 2006, quand Prodi revient au pouvoir, il essaye d'enrayer cette politique mais sa chute en 2008 ne lui permet pas d'aller au bout de ses idées. Le gouvernement Berlusconi continue donc sa marche en avant après sa réélection. L'immigration clandestine est désormais considérée comme un délit selon le droit italien et les mesures favorisant leur évacuation ont été facilitées. Le cas des populations roumaines montre très clairement les positions italiennes du moment. Depuis l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne en 2007, de nombreux citoyens des Carpates sont arrivés en Italie. La Ligue du Nord qui voit ces mouvements d'un très mauvais ?il, n'avait pas manqué d'approuver les actions françaises de l'été 2010 quand cette dernière démontait les clans de Roms et renvoyait les populations dans leur pays d'origine. Le député Claudio d'Amico de la Ligue du Nord déclarait d'ailleurs "c'est la ligne juste à suivre, il faut tout faire pour éviter qu'ils ne viennent aussi en Italie".
Avec les révolutions arabes, le problème est plus grave. L'Italie est la porte d'entrée de ces immigrés clandestins vers l'Europe mais les pays visés sont surtout l'Allemagne et la France, plus prospères et plus attractifs. L'Italie joue alors un double jeu. Submergée par les embarcations d'immigrés (plus de 22.000 actuellement), elle cherche à se débarrasser du problème en leur offrant un droit de séjour valable dans toute la zone européenne. La France et l'Allemagne sont donc furieuses puisque cela consiste à leur offrir un passeport pour leurs frontières. Selon certains politiques français, cela fait aussi le jeu de la Ligue du Nord qui flatte ainsi son électorat. Elle peut stigmatiser encore plus les populations du Sud du pays dont elle veut se séparer. Elle réclame aussi une participation de l'Union européenne car elle ne veut pas dépenser de l'argent pour un problème qui finalement ne concerne que le Sud du pays (les centres de détentions sont principalement situés en Sicile, en Calabre, en Pouilles et en Campanie). Elle s'attire les foudres de Bruxelles mais aussi des populations du Sud qui se sentent abandonnées par l'Etat. Ces immigrés clandestins arrivent sans argent, sans logement et la population locale doit faire face à une crise humanitaire voire sanitaire. Berlusconi a bien essayé de se déplacer en Tunisie pour négocier avec le nouveau gouvernement mais cela n'a convaincu personne. Entre Rome et Paris, on cherche surtout à s'échanger la "patate chaude".
Jean-Marie Cornuaille (www.lepetitjournal.com /Rome) jeudi 12 mai 2011






