Édition internationale

G8 DE GENES – Le délit de torture sera introduit dans le code pénal italien

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 avril 2015

Le jugement de la Cour européenne des droits de l'homme qui vient de tomber sur les violences commises par les forces de l'ordre lors du G8 de Gênes en 2001 a mis en évidence une absence dans le code pénal italien qui ne prévoit pas le délit de torture. En revivant une page sombre de l'histoire récente de l'Italie, les polémiques montent, notamment en ce qui concerne Gianni De Gennaro, chef de la police à l'époque des faits.

Les affrontements du G8 entre la police et les manifestants (photo Wikipedia)

L'Italie prend des mesures d'urgence et accélère les débats autour du projet de loi visant à introduire le délit de torture dans son code pénal : approuvé par le Sénat en mars 2014 au terme de huit mois de débat, le texte est retourné en deuxième lecture à la Chambre des Députés. Hier il a obtenu le feu vert avec 244 voix, mais il devra retourner encore une fois au Sénat avant d'être adopté. C'est la réponse que le Premier Ministre Matteo Renzi a choisi de donner à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui a relevé un "problème structurel" dans la législation italienne dans le cadre de son jugement concernant les violences policières commises en marge du sommet du G8 à Gênes en 2001 lors d'un assaut nocturne dans l'école Diaz qui servait de dortoir à quelques centaines de militants altermondialistes. Des violences "infligées de manière totalement gratuite" et assimilables à des "actes de torture", a-t-elle tenu à préciser. Voilà une page particulièrement douloureuse et controversée de la récente histoire italienne qui vient de se rouvrir. Et qui, bien évidemment, n'a pas manqué d'enflammer immédiatement les esprits.

Le G8 et l'assaut à l'école Diaz
Les faits remontent à l'année 2001, il y a 14 ans déjà, lors du Sommet des huit pays les plus industrialisés de la planète qui s'est tenu cette année-là du 20 au 22 juillet. Des journées chaotiques, marquées par les cortèges de militants altermondialistes mais également par les affrontements violents entre les manifestants les plus radicaux, surnommés les Black Blocks, et les forces de police dans les rues de Gênes. Ce n'est qu'après coup que la discussion s'ouvrira sur le choix d'une ville absolument inadaptée à gérer sans incidents une telle manifestation en raison de sa configuration. Mais il était trop tard, le drame s'était déjà produit : Carlo Giuliani, un jeune militant âgé de 23 ans, avait été tué d'une balle dans la tête par un Carabinier.

C'est dans ce contexte tendu que, la nuit du 22 au 23 juillet, la police a fait irruption dans l'école Diaz, frappant avec brutalité les militants ainsi que quelques journalistes étrangers qui y dormaient. Une attaque d'une violence injustifiée, a estimé la Cour européenne des droits de l'homme, qui a demandé aux autorités italiennes de verser 45.000 euros pour dommage moral à Arnaldo Cestaro, âgé de 62 ans à l'époque : le requérant souffre en effet encore des séquelles des fractures subies lors de l'assaut. Mais ce n'est pas tout, puisque la CEDH a également mis en cause la réaction des autorités italiennes, en regrettant que "la police italienne ait pu refuser impunément d'apporter la collaboration nécessaire" afin de pouvoir identifier tous les auteurs des violences.

L'affaire De Gennaro
Les réactions au jugement de la CEDH ne se sont pas fait attendre. Dans la ligne de mire, notamment, Gianni De Gennaro qui était à l'époque chef de la police italienne. Car si des peines allant jusqu'à cinq ans de prison ont été prononcées à l'encontre d'un certain nombre de membres des forces de l'ordre pour les violences à l'école Diaz mais également pour les traitements vexatoires et les sévices au poste de police de Bolzaneto, Gianni De Gennaro a été acquitté en Cassation en 2011. "Je trouve honteux que De Gennaro soit le président de Finmeccanica (Finmeccanica, l'un des premiers groupes industriels italiens est aussi l'un des principaux groupes mondiaux dans le secteur de la défense, NDR)", un poste de première importance donc, a déclaré le président du Parti démocrate Matteo Orfini. S'agirait-il d'une stratégie politique pour couper l'herbe sous le pied du Mouvement 5 Stelle et du parti de gauche Sel (Sinistra e Libertà), prêts à monter au créneau ? Quoi qu'il en soit, dans la journée d'hier, De Gennaro a reçu le soutien de Matteo Renzi et de Raffaele Cantone, président de l'autorité anti-corruption, qui ont ainsi essayé de couper court à la discussion.
A quelques semaines de l'ouverture de l'Expo de Milan qui pourrait devenir le théâtre de nouveaux affrontements, deux questions restent toujours sur le tapis, et pas des moindres : les forces de l'ordre italiennes ont-elles réellement tiré la triste leçon du G8 de Gênes, au delà de l'esprit de corps dont elles ont fait preuve au moment de l'enquête qui a suivi ? Et de leur côté les alteromondialistes ont-ils trouvé la forme qu'ils souhaitent donner à leur combat pour ne pas devenir co-responsables des saccages et des destructions qui bien souvent accompagnent ces grandes manifestations ?

Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 10 avril 2015

Publié le 9 avril 2015, mis à jour le 10 avril 2015
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