

Il y a trente ans, le 14 octobre 1980, c'est une page importante qui se tourne pour l'histoire industrielle de la ville de Turin, mais également pour les relations entre le patronat et les syndicats italiens. Retour sur les événements
(Photo lepetitjournal)
L'automne turinois n'est pas comme les autres, en cette année 1980 : le contexte socio-économique est en effet particulièrement difficile. D'un côté, un sentiment étouffant de peur et d'incertitude parcourt la ville. Ce sentiment, qui a tétanisé le pays pendant la terrible période des années de plomb, est constamment alimenté par la menace de nouveaux attentats (le 2 août, une bombe placée dans la gare de Bologne a fait 85 victimes et de nombreux blessés). De l'autre, la crise économique tourmente le pays. Fiat, notamment, traverse une période particulièrement sombre de son histoire : à une stratégie industrielle inefficace vient s'ajouter la concurrence des modèles japonais qui envahissent le marché italien avec un succès grandissant. Avant l'été, le groupe décide donc d'annoncer un plan de redressement prévoyant chômage technique et licenciements collectifs. Les grèves se succèdent jusqu'en septembre, puis la situation précipite : pendant plus d'un mois, des piquets de grève interdisent l'entrée dans l'usine turinoise.
La marcia dei quarantamila
Un événement inattendu se produit tout à coup. Alors même qu'à Rome Cesare Romiti (administrateur délégué de Fiat) est en train de conclure un accord avec les organisations nationales des syndicats, à Turin celle que l'on appellera par la suite la maggioranza silenziosa (la majorité silencieuse) décide de faire entendre sa voix. Un cortège formé de cols-blancs défile dans les rues de la ville en revendiquant son droit au travail. Ce cortège qui se déroule dans le calme et le silence sera rebaptisé la marcia dei quarantamila. La fracture au sein des salariés du groupe Fiat est alors évidente, les syndicats doivent reconnaître leur défaite, une page de l'histoire du syndicalisme italien vient de se tourner. Qu'en est-il aujourd'hui de cette dialectique entre les partenaires sociaux qui a tant marqué les années 70 à Turin ? La question semble plus que jamais d'actualité à l'heure où Sergio Marchionne parle de la nécessité d'introduire de nouvelles règles de négociation avec les syndicats en Italie.
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 14 octobre 2010
Pour en savoir plus :
* Le programme télévisé "La Storia siamo noi" a consacré une belle émission à La marcia dei quarantamila
* Signorina Effe, un film de Wilma Labate avec Filippo Timi et Valeria Solarino (2007)






