

La Squadra Azzurra est rentrée hier du Brésil, et l'heure est aux bilans. Après la démission de l'entraîneur Cesare Prandelli, la tension est palpable au sein de l'équipe. Un malaise qui est allé en s'amplifiant après les dernières déclarations de Mario Balotelli sur le racisme dont il serait victime. Après l'exclusion de l'Italie au premier tour, Supermario serait-il donc un bouc émissaire idéal aux yeux des tifosi ou le principal responsable du mauvais résultat des Azzurri ?
Une capture d'écran du site internet du Corriere della Sera qui a publié les notes du match contre l'Uruguay
Interviewé à chaud, à l'issue d'un match sans mordant -exception faite, bien entendu, de l'exploit de Suarez qui a laissé l'empreinte de ses dents sur l'épaule du défenseur Chiellini-, Gigi Buffon n'a pas mâché ses mots. Si sa déception pour l'élimination de l'Italie au premier tour de la Coupe du Monde était bien manifeste, le capitaine des Azzurri a laissé comprendre que les relations au sein de l'équipe étaient tendues. Et il a tenu à souligner la différence qu'il y a entre les "anciens", plus expérimentés et sur qui on peut compter en toute circonstance, et les "jeunes"? "Il faut recommencer avec de vrais hommes, pas avec des starlettes", a renchéri Daniele De Rossi dans une autre interview. Dans la ligne de mire, leur coéquipier Mario Balottelli, 23 ans, connu pour ses coups de tête et son indiscipline, mais aussi pour quelques buts mémorables au point d'avoir été surnommé Supermario.
Que quelque chose n'ait pas tourné rond dans les vestiaires lors de la mi-temps contre l'Uruguay était évident, puisque c'est sur le banc de touche que Balotelli a dû suivre d'un air contrarié la fin du match des Azzurri. Et que dire de son absence voulue ? seul joueur de la Nazionale- pendant le discours d'Andrea Pirlo à ses coéquipiers le soir même de la défaite ? Voilà de quoi en faire le joueur le plus décrié du groupe, le parfait bouc émissaire aux yeux des tifosi, très déçus par l'exclusion.

La parole à Mario Balotelli
La démission de l'entraîneur Cesare Prandelli et celle du président de la fédération italienne Figc Giancarlo Abete qui ont suivi de près l'exclusion de la Coupe du Monde n'ont pas réussi à faire oublier la prestation plus que décevante de la Squadra azzurra et surtout à faire cesser la polémique. Au contraire, d'heure en heure, cette dernière n'a fait qu'augmenter. Et si l'arbitrage du match a été pointé du doigt par plus d'un commentateur, l'avis est unanime : mis à part quelques rares moments, l'équipe a été peu convaincante dans son ensemble. Et Mario Balotelli, sur qui reposaient tous les espoirs de la Nazionale, a été décrit par la presse comme un "fantôme" qui traînait sur le terrain. La réponse de Supermario ne s'est pas fait attendre : attaqué par un internaute qui lui reprochait de ne pas être un "vrai Italien" (Balotelli a été adopté en bas âge), il a évoqué sur Instagram le racisme dont il serait victime en ajoutant : "Je suis fier d'avoir tout donné pour mon pays. Mais peut-être, comme vous le dites, ne suis-je pas italien. Les Africains ne laisseraient jamais tomber un de leurs frères. JAMAIS. Nous les Noirs, comme vous nous appelez, nous avons des années-lumière d'avance.?
L'avenir du calcio
Les propos de Balotelli ont bien évidemment mis le feu aux poudres, puisqu'il a été accusé de se servir d'un problème malheureusement bien réel, celui du racisme qui prospère dans le milieu des supporters les plus "chauds", ceux qui font souvent parler d'eux pour les épisodes de violence à l'intérieur et à l'extérieur des stades, pour dissimuler sa prestation médiocre. D'ailleurs on le sait très bien, l'univers doré du calcio, avec ses contrats millionnaires et ses excès d'adulation et de notoriété, a aussi le revers de la médaille. Les supporters sont volubiles, l'insulte et la critique féroce sont à l'ordre du jour : cela fait partie du jeu et il faut apprendre à l'accepter.
Alors que la Coupe du monde entre dans le vif et que le niveau de la compétition est destiné à augmenter, l'Italie s'interroge sur l'avenir de son calcio. Si dans le passé la Squadra Azzurra a remporté quatre fois le trophée le plus convoité, le présent est bien sombre. Aujourd'hui auront lieu les obsèques de Ciro Esposito, le jeune supporter de l'équipe de Naples qui a été grièvement blessé le 3 mai dernier lors d'un affrontement avec des tifosi de la Roma avant le match de Coppa Italia. C'est peut-être à partir de là qu'il faut repartir.
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 27 juin 2014
Retrouvez nos articles de la rubrique Actualité Italie
Recevez gratuitement tous les matins l'actu des Français et francophones de Turin






