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1er MAI – Italie : le travail n’est plus à la fête

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 mai 2014

Les manifestations du 1er mai se sont déroulées en Italie sous le signe de l'inquiétude face à la montée du chômage. Une inquiétude dont le président de la République Giorgio Napolitano s'est fait l'interprète et qui était tangible dans deux villes italiennes, Pordenone et Taranto, durement touchées par la crise.


Le cri d'alarme de Giorgio Napolitano

(photo Presidenza della Repubblica)

"S'il fallait baptiser les célébrations de ce 1er mai, nous devrions sans doute utiliser les mots "alarme" et "emploi." C'est en ces termes que le Président de la République italienne a commencé son traditionnel discours du 1er mai prononcé au Quirinal lors de la cérémonie de la Fête du travail. Giorgio Napolitano a ensuite commenté les chiffres les plus récents concernant le chômage, soulignant au passage quelques données particulièrement alarmantes, notamment en ce qui concerne la hausse du chômage des jeunes (21% dans le Nord, 27% dans le Centre et 42,9 % dans le Sud du pays). Face à un taux de chômage de 13% (plus de trois millions de demandeurs d'emploi), le président de la République invite chacun à jouer son rôle en faisant preuve de "courage et d'innovation".
Avant de conclure que "pour éviter la régression de l'Italie et de l'Europe, pour relancer leur rôle et leurs valeurs, des réformes permettant de rationaliser tout un ensemble de choses, du marché du travail au système fiscal, et des politiques visant à un emploi transparent et productif de l'argent public en combattant le gaspillage, la corruption, les privilèges et le parasitisme." Un discours qui rend bien compte de l'air du temps et qui rappelle les grandes promesses faites par le président du Conseil Matteo Renzi à son arrivée au pouvoir. Ce dernier a d'ailleurs annoncé son intention de s'atteler à la difficile tâche de la réforme de l'administration publique, se heurtant immédiatement à de nombreuses levées de boucliers.

Pordenone, ville-symbole
Et en effet, plus que la Fête du travail, en ce 1er mai 2014 en Italie c'est le problème de l'emploi qui est au centre des manifestations. Car les données commentées par Giorgio Napolitano sont tristement réelles. Alors que généralement l'attention de tous se porte vers Rome où se déroulent la manifestation et le concert les plus importants de la Péninsule, cette année la Ville éternelle a laissé la place à deux villes diamétralement opposées. Tout d'abord, c'est à Pordenone que s'est déroulée la manifestation officielle des principaux syndicats italiens. Le choix de cette ville de 51.000 habitants située dans le nord-est du pays, au c?ur du Frioul-Vénétie julienne, est symbolique : frappée de plein fouet par la crise, cette région qui s'est longtemps vantée d'avoir un taux de chômage pratiquement nul a vu le démantèlement de l'industrie manufacturière qui a longtemps été le fer de lance de sa croissance. Durement touchée par la disparition de centaines de petites entreprises, la ville et sa région doivent également affronter deux multinationales, le géant suédois des appareils électroménagers Electrolux et la multinationale belge de plomberie Ideal Standard, qui ont annoncé leur intention de fermer leurs établissements dans la région ou d'adopter un plan social. Les employés et ouvriers de ces deux entreprises ont d'ailleurs ouvert le cortège.

Tarante, ville blessée
A des centaines de kilomètre plus au sud, dans les Pouilles, Tarante est la deuxième ville symbole de cette Fête du travail pas comme les autres : Tarante, c'est la ville de l'aciérie Ilva, la "grande pollueuse" (mais l'Ilva est aussi le principal employeur de la région) menacée de fermeture complète (la mort toute récente d'Emilio Riva, accusé d'être responsable de la catastrophe environnementale qui touche la ville, rend l'avenir encore un peu plus incertain). Ces quelques mots prononcés par l'acteur Michele Rondino au début du concert du 1er mai de Tarante qui a attiré cette année un certain nombre de chanteurs participant généralement à celui de Rome, comme le rapeur Caparezza, donnent une idée de l'atmosphère tendue qui se respire dans la ville : "Monsieur le président du Conseil, messieurs les Ministres, monsieur le Maire et messieurs les responsables de syndicats, n'oubliez pas que nous continuerons à vous maudire chaque jour pour tout ce que vous pourriez faire et que vous ne faites pas, ainsi que pour ce que vous auriez pu faire et que vous n'avez pas fait. Le jour viendra où notre silence sera plus fort que les voix que vous avez étouffées." Hier, en Italie, la Fête du travail s'est transformée en fête de la colère.
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 2 mai 2014

Publié le 1 mai 2014, mis à jour le 1 mai 2014
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