

Hommage sera rendu samedi au réalisateur de Nous nous sommes tant aimés ! : il recevra le Grand Prix du festival de Turin, au cinéma Reposi. Retour express sur une longue carrière, avec trois phrases cultes issues de ses films
"Ça te suffit pas, que j't'ai mis au monde ? J'dois aussi te faire une situation ?" (Affreux, sales et méchants)
Affreux, sales et méchants, un subversif tableau de famille sorti en 1976, (© Carlotta Films)
Ettore Scola fut enfanté par la comédie italienne, avant d'y asseoir sa position. Après des études de droit et une parenthèse journalistique, il se forma en tant que scénariste avec les films de Totò ou Dino Risi (Le Fanfaron) - belle école ! On découvrit son sens visuel inné lorsqu'il débuta à la réalisation en 1964, pour Parlons femme. S'ensuivit une ?uvre vaste d'une quarantaine de films, explorant la comédie, le drame, le docu-fiction, le muet, l'historique... Au fil du temps, il se créa une solide réputation de figure de proue du cinéma italien, avant le début dans les années 1980 de la fameuse crise. Il continua à tourner malgré la houle (Concurrence déloyale, Le dîner ou, en France, La Nuit de Varennes), jusqu'à Gente di Roma en 2003. À son tableau de chasse d'acteurs sont épinglés Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Alberto Sordi, Sofia Loren, Jean-Louis Barrault, Gérard Depardieu, Fanny Ardant?
Rencontre entre deux marginaux dans Une journée particulière en 1977 (photo DR)
Femmes au foyer, habitants de bidonvilles, homosexuels, intellectuels dépassés? Le cinéaste s'est intéressé à chaque membre de la société, afin de la dépeindre en pleine mutation. Engagé politiquement à gauche, il défend les causes qui lui tiennent à c?ur. Et bouscule les idées convenues. Rien ne se passe comme prévu, dans l'univers du virtuose Scola. Ses images, libres de lieux communs, témoignent de son amour de l'humain, dans son imperfection. Point d'orgue de son parcours, il fut couronné d'une Palme d'or de la mise en scène en 1976 pour Affreux, sales et méchants, où il invente une esthétique du laid très personnelle. Tout comme il réinterpréta les codes de la comédie musicale dans les différents tableaux du Bal.
Nous nous sommes tant aimés !, en 1974, unit à l'écran Stefania Sandrelli et Vittorio Gassman (photo DR)
La peur d'être piégé au sein de cette même société parcourt l'?uvre d'Ettore Scola. D'abord défenseur de la culture des pauvres, mise à mal par l'avènement de la télévision berlusconienne, il décida de se retirer du cinéma en accusant le marché audiovisuel. Il n'a rien tourné depuis dix ans, mais on croise régulièrement cet octogénaire dans les festivals, les expositions ou dans la presse. Samedi, pour la clôture du 30e Torino Film Festival, il sera honoré pour l'ensemble de sa carrière en recevant le Grand Prix. Contrairement à Ken Loach, qui a décliné la même récompense à l'appel des employés licenciés du Musée du cinéma. Ettore Scola, lui, affirme son soutien à ces travailleurs, mais ne croit pas changer le monde.
Clémentine Delignières (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 29 novembre 2012
Programme du Torino Film Festival (jusqu'au 2 décembre) sur le site internet www.torinofilmfest.org.
Cérémonie de clôture avec remise du Grand Prix à Ettore Scola samedi 1er décembre à 20 heures au cinéma Reposi, entrée uniquement sur invitation.






