

Le prix Strega est à la littérature italienne ce que le Goncourt est à la littérature française. Demain, mercredi 12 juin, cinq candidats seront sélectionnés : c'est la dernière ligne droite avant la proclamation du vainqueur qui est prévue le 4 juillet prochain. Retour sur un prix littéraire au nom bien curieux...
Quel est le rapport entre le prix Strega, l'un des plus prestigieux prix littéraires de la Péninsule et le monde de la sorcellerie ? En italien, en effet, "strega" veut dire "sorcière" : ce nom dériverait du grec "stryx" qui désignait alors un oiseau nocturne aux vertus maléfiques mais qui a pris, dans la tradition latine où on emploie le mot striga, le sens "d'experte en magie" et de "jeteuse de sorts". De striga à strega, il n'y a qu'un pas? qui n'explique toujours pas le nom du prix Strega. Comme bien souvent en Italie, l'explication est logique mais elle prend des chemins détournés : ce prix littéraire a été fondé en 1947 par Maria et Goffredo Bellonci et par Guido Alberti, un industriel du sud de l'Italie propriétaire de la liqueur Strega. Cette liqueur entièrement naturelle, à laquelle plus de 75 herbes et épices confèrent un arôme inimitable, existe depuis 1860 : elle doit son nom au fait qu'elle est produite dans la ville de Bénévent (en Campanie), également connue sous le nom de "ville aux sorcières" en raison de vieilles légendes qui remontent au VIIe siècle, quand l'imagination des habitants a été marquée par les m?urs païennes des envahisseurs lombards...
Chaque année donc, depuis 1947, un jury composé "d'amis du dimanche" se réunit plusieurs fois pour attribuer le prix littéraire de l'année. Le petit groupe d'amis des premiers temps s'est vite étoffé, ils sont aujourd'hui plus de 400, choisis dans le monde de la culture et des lettres. Chaque membre est libre de proposer un titre à condition qu'une autre personne approuve son choix. Des sélections ont lieu tout au long de l'année avant la désignation finale du vainqueur qui est effectuée à Rome au mois de juillet. Depuis sa création, le prix a récompensé des ouvrages qui sont devenus de grands classiques de la littérature italienne et des auteurs qui ont marqué leur époque comme Cesare Pavese, Alberto Moravia, Elsa Morante, Dino Buzzati, Natalia Ginzburg, Primo Levi, Margaret Mazzantini, Niccolò Ammaniti ou Paolo Giordano, pour n'en citer que quelques-uns. Et comment ne pas mentionner Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa en 1959 ou Le Nom de la rose, d'Umberto Eco, en 1981 ?
La sélection 2013
Cette année, il ne reste plus que 12 titres en compétition sélectionnés parmi les 26 ouvrages issus de la sélection précédente : la liste a été publiée officiellement le 10 mai 2013 au théâtre San Marco de Bénévent. Dès demain, mercredi 12 juin, il n'en restera plus que cinq après le dépouillement des voix des 400 "amis du dimanche". A ces 400 voix s'ajoutent celles de 60 lecteurs particuliers signalés par une association de libraires indépendants ainsi que celles des 10 Instituts culturels italiens qui coordonnent plusieurs groupes de lecture dans le monde entier. La proclamation du vainqueur sera effectuée à l'issue du vote final, le 4 juillet prochain. Qui sera l'heureux élu ? Le choix est ardu? Le coup de c?ur de la rédaction ? Le colpe dei padri, du Turinois Alessandro Perissinotto, un roman centré sur Turin au cours des trente dernières années, "une histoire sur le passé et sur les leçons que nous n'avons pas retenues".
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) mardi 11 juin 2013
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Liste des ouvrages sélectionnés Apnea (Fandango) de Lorenzo Amurri |






