

Les lignes stylisées, les visages étirés, les yeux en amande et le cou allongé. C'est le style Modigliani, un style unique qui a fait de cet artiste inquiet, usé par les excès, l'une des grandes figures de l'art moderne. L'exposition présentée à la GAM de Turin en collaboration avec le Centre Pompidou jette une lumière nouvelle sur la relation entre l'?uvre de Modigliani et l'effervescence culturelle à Paris à l'aube du XXe siècle. A découvrir jusqu'au 19 juillet.
L'?uvre d'Amedeo Modigliani et la relation féconde qu'il a entretenue avec le milieu artistique parisien au début du XXe siècle, avant et après la Première Guerre Mondiale, est le fil conducteur de la belle exposition qui vient d'ouvrir ses portes à la Galerie d'Art Moderne de Turin, intitulée Modigliani e la Bohème di Parigi. Parmi les 90 ?uvres exposées, dont un tiers environ sont de Modigliani, une soixantaine de tableaux et dessins arrivent du Centre Pompidou et accompagnent les visiteurs à la découverte du parcours de l'artiste, mais aussi du contexte dans lequel il a évolué après son installation à Paris jusqu'à sa mort précoce à l'âge de 36 ans.
"Originaire de la ville de Livourne, en Toscane, Amedeo Modigliani est porteur d'une culture classique en raison de ses voyages dans la Péninsule et de l'influence des Macchiaioli dans sa formation" explique Jean-Michel Bouhours, commissaire de l'exposition et chef de service des collections modernes au Centre Pompidou. "A Paris il est confronté à un contexte artistique différent, à la naissance du cubisme, un mouvement auquel il n'adhère pas complètement". Modigliani saura donc faire une synthèse en créant son style, unique, et en devenant ainsi l'une des grandes figures de l'art moderne.

L'exposition à la GAM comprend cinq parties. Le très beau portrait de Soutine ou celui de Jeanne Hebuterne (qui se suicida au neuvième mois de grossesse quelques jours à peine après la mort du peintre) ouvrent la première section : consacrée au portrait, elle montre l'affranchissement progressif de Modigliani de l'influence de l'Expressionnisme et du Symbolisme pour arriver à la simplification des formes et à la stylisation des lignes qui caractérisent son ?uvre.
Son parcours artistique sera notamment marqué par la découverte de l'art de Paul Gauguin grâce à la rétrospective de 1906, ainsi que par celle du primitivisme, de l'art africain et khmer, qui exerceront une influence majeure dans le milieu artistique parisien de l'époque. C'est ainsi que dans la deuxième section, c'est le Modigliani sculpteur qui est présenté, notamment en relation avec l'?uvre de son ami Constantin Brancusi (remarquable l'énigmatique Princesse X de ce dernier qui suscita un véritable scandale à l'époque photo). Modigliani se consacrera entièrement à la sculpture de 1909 à 1914, avant d'être contraint d'arrêter en raison de sa santé fragile.

Une effervescence culturelle et artistique qui allait de pair avec des conditions d'existence très précaires autour des deux pôles de Montmartre et de Montparnasse : telle était la vie de bohème que Modigliani mena à Paris tout comme les autres artistes ?Soutine, Picasso, Van Dongen?- qui vivaient à la Ruche ou au Bateau-Lavoir et qui comme lui fréquentaient les cafés et les cabarets où ils rencontraient les filles de rue et les danseuses qui leur servaient de modèles. Une vie déréglée, dans le cas de Modigliani, qui faisait souvent usage de drogues et d'alcool.
La troisième et la quatrième section de l'exposition présentent alors cet univers créatif à travers des ?uvres de Soutine, de Chagall, d'Utrillo mais encore de Picasso, de Severini, de Van Dongen ou de Survage. C'est dans ce milieu artistique que Modigliani voit naître le cubisme, un mouvement qu'il récusait mais auquel il n'arrive pas à échapper complètement tant l'ambiance de l'époque en était imprégnée. Pourtant Modigliani, tout comme les artistes de l'Ecole de Paris, une appellation introduite en 1925 par André Warnod, résistera à la déstructuration du visage du cubisme en élaborant un style très personnel. L'exposition se termine ainsi sur l'un des chefs-d'?uvre de l'artiste peint en 1918, le Portrait de Dédie, une huile sur toile de la collection d'art moderne du Centre Pompidou, empreint de suavité et de mélancolie.
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 19 mars 2015
|
Galerie d'Art Moderne Via Magenta, 31 ? Turin Jusqu'au 19 juillet 2015 Mardi à dimanche 10h00-19h30 Site internet de l'exposition - #modiglianitorino |







