Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 mai 2009
Film intense et puissant, Vincere a représenté l'Italie à Cannes sans toutefois réussir à figurer au palmarès du festival. Rencontre avec le réalisateur Marco Bellocchio, accompagné des deux acteurs principaux, Giovanna Mezzogiorno et Filippo Timi, lors de la présentation du film à Turin
Le public était nombreux à la présentation, organisée par Film Commission Torino Piemonte qui a participé à la réalisation du film. Dans Vincere, on reconnaît aisément des vues de Turin et le Collegio Carlo Alberto de Moncalieri. Même les scènes avec Venise en toile de fond ont été tournées dans le Piémont ! (Photo Lpj)
"Un mélodrame futuriste": c'est avec cette heureuse association de mots que Marco Bellocchio synthétise l'âme de son dernier film. D'un côté, une passion dévorante et absolue qui se transforme en obsession. De l'autre, l'Histoire, dont le rythme accéléré, les pulsions et la violence reflètent et stimulent le dynamisme du futurisme, une énergie que le réalisateur sait traduire en images, en émotions, en atmosphères? Un regard bivalent que nous retrouvons également dans le titre. "Vincere"était la devise bien connue du fascisme et de Mussolini;toutefois, dans un jeu de miroirs cruel, cet impératif devient aussi le but ultime du combat désespéré d'une femme têtue qui terminera ses jours enfermée dans un asile, seule et humiliée?
Marco Bellocchio à droite, avec Giovanna Mezzogiorno et Filippo Timi (Photo Lpj)
Une femme indomptable prise au piège de l'amour et de l'Histoire Mais qui était donc cette femme ? Il s'agit d'Ida Dalser, un amour de jeunesse du Duce qui lui donna un fils, Benito Albino. Follement amoureuse, elle en arrivera à vendre son salon de beauté afin de permettre à Mussolini de fonder le quotidien Il popolo d'Italia, première étape de son ascension politique fulgurante. Marco Bellocchio avoue avoir été fasciné par l'histoire de cette femme, forte et fragile en même temps : "Non seulement elle lui donne ses biens, mais aussi son identité sociale. Elle est incapable de comprendre que Mussolini suit son destin, ses ambitions, qu'il veut réussir. Dès qu'elle ne lui sert plus, elle doit disparaître et ça, Ida ne l'accepte pas". Devenue une présence trop encombrante à cause de son entêtement pour obtenir une reconnaissance publique en tant qu'épouse et mère ?entre-temps Mussolini s'est marié avec Rachele-, Ida Dalser sera séparée de son garçon et internée dans un asile où elle mourra en 1937, suivie quelques années après par son fils qui avait subi le même sort?
"Pour construire le personnage d'Ida, j'ai choisi de sortir des clichés de la folie et du désespoir. J'ai donc travaillé sur ses grandes contradictions : c'est une femme moderne, presque une féministe, mais elle sacrifie toute sa vie à un homme, c'est une mère aimante, mais elle n'a pas su protéger son fils, elle est très déterminée mais pas calculatrice?"Giovanna Mezzogiorno
Un montage "futuriste" Dès le début du film, le spectateur est plongé dans une succession de séquences rapides et intenses : à la passion qui lie les deux amants -mais le regard de Mussolini est déjà ailleurs- suivra une séparation physique très douloureuse pour Ida, qui devra se contenter de regarder la carrière de l'homme qu'elle aime de loin, au cinéma, à travers les documentaires de propagande. C'est sans aucun doute cette utilisation des archives qui constitue un des points de force de Vincere : "Utiliser fiction et documentaire en gardant une unité de style, voilà le défi. Je ressentais la nécessité de casser le rythme et la cadence temporelle par une série de références non pas pour créer une ambiance, mais pour exprimer les passions et la participation qui étaient propres à cette époque". Le pari est gagné. Confronté aux images de l'époque, le spectateur contemporain ne peut s'empêcher d'éprouver un profond malaise devant la mimique presque caricaturale qui accompagnait les discours de Mussolini? Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com - Turin) mardi 26 mai 2009
La rabbia e l'amore. I film di Marco Bellocchio Du 8 mai au 2 juin, le Musée National du cinéma rend hommage au réalisateur. Pour connaître le programme complet des projections au Cinema Massimo, téléchargez "La rivista del cinema n°70"sur lesite du musée.