Édition internationale

Kettly Mars, lue par Marc Sony Ricot

À travers la lecture du dernier opus de Kettly Mars publié chez Mémoire d’encrier, Marc Sony Ricot livre une traversée intime et sensible de l’Haïti contemporaine. Entre désir, violence, amour et chaos urbain, son texte raconte ce que la littérature permet encore : habiter le monde par le corps, la langue et le regard.

Kettly MarsKettly Mars
L’écrivaine haïtienne Kettly Mars, publiée chez Mémoire d’encrier. Photo Tessa Mars
Écrit par Marc Sony Ricot
Publié le 21 février 2026

 

 

 

Chaque fois que je lis un livre que j’aime, je reprends goût à la vie et à la littérature. Je suis un lecteur qui s’accroche à chaque phrase, chaque rythme, chaque souffle qui habite un livre. Je ne lis pas tout ce qui passe sous mes yeux, mais ce qui atteint mon cœur dès la première phrase. Il existe, dans ce monde, un acte d’amour plus profond que les océans : ouvrir un livre et laisser son âme circuler entre les pages.

Je viens de parcourir, l’espace de quelques aubes dans ma chambre à Montréal, Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps (Mémoire d’encrier, 2026) de Kettly Mars. C’est un livre de regards qui s’immisce dans l’Haïti d’aujourd’hui : le sang, l’injustice, le chaos, les rues, les crises innombrables, et l’amour. Le désir. La sensualité. Le corps. 

Quand on ouvre cet horizon, on croise Zi, galeriste, mère de deux jumeaux, vivant à Port-au-Prince. Indépendante. Libre comme sa passion. Elle veut vivre ses amours dans la douceur la plus complète, dans son corps, sa chair, dans chaque souffle de ses nuits. Elle aime intensément, sans retenue. Elle se laisse traverser par la vie, malgré le tumulte de la ville, les cris, la poussière, et le vent qui emporte les odeurs de la rue.

Zi aime à perdre l’âme et souhaite habiter pleinement ses sentiments. Elle raconte ses nuits, ses désirs brûlant, la tendresse de son corps et celui des autres. C’est une femme lucide, sensible, qui ne cache pas ses envies. Dans cette ville fragile, comment aimer au singulier comme au pluriel ? Quel regard porte-t-on sur la vie quand notre destin dépend seulement de l’amour ?

Le livre de Kettly Mars est un livre de regards : regard sur la politique et les politiques, sur l’homosexualité, sur l’injustice, sur la géographie de la ville. Un regard sur les esprits et l’art qui habitent ce pays. Dans cet univers, il arrive que d’autres voix apparaissent, d’autres souffles. Cela donne à sa littérature un élan fraternel.

 

Il y a une voix qui n’est pas humaine dans ce roman : c’est la musique du livre, douce, haletant presque comme du jazz. Elle invite à ralentir, à respirer entre les phrases, à écouter les silences à couper le souffle de ce roman. 

Nous aimons souvent ces livres, ceux qui s’installent en nous comme une mélodie et nous accompagnent bien après que la dernière page est tournée. 

La force de cet ouvrage réside surtout dans sa langue : chaude, poétique, imaginative. Avec Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps, Kettly Mars atteint un autre niveau de langage, un souffle plus intense. Plus jouissif, je dirais. Écrire, c’est parfois faire jouir la langue.

 

 

couverture du livre

 

 

Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps, Kettly Mars, Mémoire d’encrier, Montréal, 2026, 200 pages

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos