Lundi 21 septembre 2020

SANTE – Le Japon ne veut pas perdre ses riches "touristes médicaux" chinois

Par Lepetitjournal Tokyo | Publié le 24/10/2012 à 21:00 | Mis à jour le 21/11/2012 à 14:16
Photo : (Photo DR)

Alors qu'à terme le tourisme médical chinois au Japon pourrait rapporter 700 millions de dollars par an, les professionnels du secteur espèrent que les récentes tensions entre Pékin et Tokyo n'auront pas trop d'impact sur leur activité. Des tours opérateurs s'en sont même fait une spécialité en proposant des séjours sur mesure, notamment à Hokkaido, la "Suisse de l'Asie"

Les professionnels dans le secteur prometteur du tourisme médical espèrent que les tensions Chine-Japon n'empêcheront pas le boom de la l'activité (Photo DR)

Alors que le torchon brûle entre Pékin et Tokyo pour le contrôle de quelques îles en mer de Chine, beaucoup plus au nord, dans la région d'Hokkaido, on croise les doigts: le tourisme médical est en plein boom et les premiers clients sont... les Chinois. Les professionnels de ce secteur prometteur espèrent bien passer entre les gouttes et que le nombre de Chinois fortunés va continuer d'augmenter. A terme, selon des analystes ils pourraient rapporter quelque 700 millions de dollars par an. Une somme, pour une industrie touristique nationale qui se relève à peine de la triple catastrophe de l'an dernier: un séisme d'intensité 9, un tsunami géant et le plus grave accident nucléaire de la génération. "Je suis venue parce que la médecine japonaise a très bonne réputation en Chine", affirme à l'AFP Zhang Lan, une jeune chinoise de 30 ans flanquée de deux traductrices, au moment où elle est accueillie avec force courbettes par le personnel de l'hôpital d'Asahikawa.

Du simple dépistage à la chirurgie plastique
Dans cet établissement super équipé, on fait tout: bilan complet, dépistage du cancer ou de maladies neurologiques, chirurgie plastique et cosmétique, notamment des liposuccions et le remodelage des seins. Pour Zhang, la priorité c'est la santé, mais en plus elle dit être venue de Shenyang, une ville industrielle dans le nord-est de la Chine, aussi pour respirer de l'air pur dans cette région japonaise réputée pour sa nature. "Cette fois c'est une visite de contrôle après mon dernier check-up, et le médecin m'a dit de faire attention à mon estomac". Coût total du voyage pour elle: 2.400 dollars. "Je pense que beaucoup de Chinois seront intéressés par le tourisme médical car ils sont de plus en plus sensibles à l'importance d'avoir une bonne santé" et ont davantage de moyens financiers, dit-elle. "La dernière fois que je suis venue, j'ai adoré les sources thermales chaudes, la nourriture, la montagne, la mer. Les grandes villes comme Tokyo et Osaka ne m'intéressent pas, on en a assez en Chine". Le système de santé public étant limité, la médecine occidentale coûte cher en Chine et les gens mettent souvent beaucoup d'argent de côté pour se faire soigner ou faire soigner leurs vieux parents.

"La Suisse de l'Asie"
Le tour opérateur qui organisé le voyage de Mlle Zhang, Medical Tourism Japan, a eu l'an dernier 270 clients chinois. Pour le patron de l'entreprise, Katsuya Sakagami, Hokkaido, pour les Chinois "c'est un peu la Suisse de l'Asie". "Au départ je vendais de l'équipement médical et je me suis lancé dans le tourisme médical pour les Chinois", raconte-t-il. Tout cela, c'était avant que Pékin et Tokyo ne se fâchent à propos de l'archipel des Senkaku, en mer de Chine orientale, que Pékin revendique avec force sous le nom de Diaoyu. Le conflit s'est aggravé avec la nationalisation début septembre par Tokyo des îles, jusque-là propriété d'une famille japonaise. Cette décision a déclenché d'importantes et parfois violentes manifestations antijaponaises pendant une semaine dans des dizaines de villes en Chine. "Cela va certainement avoir un impact sur le tourisme médical", prédit Kayo Uemura, chercheuse à la Banque de développement du Japon. "Le conflit pourrait bien durer plus longtemps que ne le pensent les Japonais. On verra au début de l'an prochain combien de Chinois reviennent", dit-elle.
Pour l'instant le tourisme médical ne représente selon elle que 10.000 personnes, mais il pourrait bientôt exploser jusqu'à 400.000 avec l'arrivée de Russes et d'Américains, un marché potentiel de 7 milliards de dollars. Pour cela, poursuit-elle, il faut bien sûr mettre en place tout une organisation, un système de visas spéciaux, employer des traducteurs, mais aussi entretenir de bons rapports avec les voisins, notamment Chinois. Car en plus de venir se faire soigner, ces riches voisins de l'ouest s'offrent aussi parfois des maisons. Et Mlle Zhang est certaine qu'Hokkaido sera bientôt inondé de touristes chinois en quête de santé comme elle. "C'est juste une question de temps".
(http://www.lepetitjournal.com/tokyo.html avec AFP) jeudi 25 octobre 2012

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