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Catastrophe de Fukushima, que faire des eaux usées ? 

Le Japon s’apprête à rejeter les eaux usées de la centrale de Fukushima dans le Pacifique. Ce plan controversé suscite anxiété et colère, dans le pays et à l'étranger.

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Écrit par Serge Rived
Publié le 20 juillet 2023, mis à jour le 30 juillet 2023

Douze ans après la catastrophe nucléaire, la centrale de Fukushima est toujours en cours de démantèlement. Le défi consiste à retirer des réacteurs, à l’aide de robots télécommandés, les débris de combustible nucléaire puis de les stocker en lieu sûr.

Modalités du plan pour vider les réservoirs d'eau de Fukushima

Pendant toute l’opération, afin d’empêcher toute fusion ou explosion, un circuit d’eau refroidit les barres de combustible des réacteurs. Dans les centrales nucléaires en fonctionnement normal, ces eaux usées sont directement rejetées dans les fleuves ou les océans. Mais à Fukushima elles sont stockées depuis l’accident de 2011. Avec à peu près cent tonnes d’eau contaminée produite par jour, le stock s’élève maintenant à 1,3 million de tonnes et les réservoirs sont pleins à 98%. Les capacités maximales du site seront atteintes au mois de février prochain. 

La Tepco, Tokyo Electric Power Company, exploitante de la centrale et le gouvernement japonais se sont mis d’accord, en avril 2021, sur un plan pour rejeter ces eaux usées dans le Pacifique. 

Il s’agit de filtrer ces eaux contaminées et de les diluer jusqu’à ce que le niveau de radioactivité soit inférieur aux taux définis par les agences de régulation du nucléaire civil. Un large pipeline d’un kilomètre a déjà été construit afin de rejeter ces déchets loin des côtes. Le processus devrait démarrer cet été et est prévu pour durer trente à quarante ans. 

Le plan vient de recevoir l’approbation de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dans un rapport remis le 4 juillet 2023 au premier ministre Fumio Kishida. Ce document souligne que les rejets d'eau traitée auraient un impact radiologique négligeable sur les personnes et l'environnement.

Vives réactions nationales et internationales

Bien qu'aucune date n'ait été avancée, ce feu vert a déclenché une levée de boucliers au Japon et dans les pays voisins. 

Beaucoup de citoyens japonais, au premier rang desquels des résidents de la côte de Tohoku, s'inquiètent des effets de la radioactivité sur leur santé et sur l'environnement. Les pêcheurs de la région, qui ont vu leurs ventes s’effondrer depuis la catastrophe, redoutent de nouveaux dommages économiques. Certains réclament de rejeter ces eaux dans la baie de Tokyo puisque la centrale produisait de l’électricité pour alimenter la capitale japonaise. 

Dans les pays voisins, c’est la Chine qui a réagi le plus vivement, exigeant que le Japon obtienne d’abord un accord des pays de la région. Cela a donné lieu à une passe d’arme lexicale. La Chine utilisant le terme d’"eau contaminée" et le Japon lui répondant que cette "eau traitée" sera moins radioactive que celle rejetée quotidiennement par les centrales chinoises dans le Pacifique. 

Le gouvernement de Corée du Sud, qui tient à normaliser ses liens avec le Japon, a déclaré respecter le rapport de l’AIEA. Mais cela a déclenché des manifestations populaires à Séoul. Selon un récent sondage, 80% de la population coréenne s'inquiète du rejet des eaux usées. 

Le 13 juillet 2023, en marge du sommet de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) à Jakarta, une réunion incluant les ministres des affaires étrangères du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud s’est tenue sur ce sujet.

 

Serge Rived
Publié le 20 juillet 2023, mis à jour le 30 juillet 2023

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