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Crimes des militaires US au Japon : lettre ouverte au premier ministre Kishida

Par Isabelle Vansteenkiste | Publié le 15/10/2021 à 04:12 | Mis à jour le 15/10/2021 à 04:12
USS_Okinawa_1962

Catherine Jane Fisher, fondatrice de Warriors Japan, a rendu visite ce 5 octobre au ministère des affaires étrangères japonais afin d’y déposer une lettre adressée au nouveau premier ministre, Kishida Fumio. Dans celle-ci, la militante et artiste australienne rappelle au gouvernement le nombre de crimes commis par certains militaires américains basés au Japon, toujours impunis et demande que des actions concrètes soient menées.

L’Australienne a tenu à souligner la présence de femmes dans le comité qui l’a reçue ainsi que l’accueil courtois qui lui a été réservé. Un signe de bonne volonté ?

Présence militaire américaine au Japon : un passé mouvementé

Dans sa lettre au Premier ministre, Catherine Jane Fisher revient sur les crimes commis par les militaires américains basés au Japon (notamment à Okinawa) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Parmi les victimes on trouve notamment la petite Yumiko, violée en 1955 alors qu’elle n’a que 6 ans, avant d’être jetée aux ordures. Un crime choquant pourtant passé sous silence. De l’histoire ancienne ? Malheureusement non, aujourd’hui, les victimes de viols ou d’agressions continuent d’affluer auprès d’associations comme Warriors Japan et de réclamer justice sans obtenir gain de cause.

 

liste des crimes commis par les militaires américains au Japon
Suite à sa visite au ministère des Affaires étrangères, Catherine Jane Fisher a tenu une conférence au FCCJ Club où elle a déroulé l’impressionnante liste des crimes survenus à Okinawa entre 1955 et aujourd’hui.

 

Renvoyés aux États-Unis sans avoir été jugés ou après avoir purgé des peines ridicules, certains de ces criminels récidivent. Catherine Jane a rappelé le cas de Thomas Ledet ou d’Anthony Sowell, ayant tous les deux violé et tué à leur retour aux E. U.

Au total, on estime que 80 % des crimes, délits ou des accidents commis par les militaires américains sur le sol japonais ne donnent lieu à aucune poursuite ou condamnation.

Dans sa lettre à Kishida Fumio, Catherine demande donc au gouvernement d’investiguer certaines affaires et de faire cesser les passe-droits, mais également d’amender l’article 16 du SOFA (Status Of Forces Agrreement) qui dicte la conduite des forces américaines présentes au Japon en modifiant le terme « respecter les lois du Japon »  en « obéir aux lois du Japon ».

Pour elle, le nouveau gouvernement japonais et les autorités américaines devraient travailler de concert, mais ces dernières restent bien souvent muettes. Catherine Jane a tenté de s’adresser directement aux bases militaires en se rendant à Okinawa, mais n’a obtenu aucune réponse. Comment expliquer ce silence qui dure depuis plus de 65 ans ? 

La politique du viol au Japon

Infractions, délits, crimes… Malgré leur nette diminution, le nombre de viols et de meurtres commis par les militaires américains au Japon reste nettement plus élevé que dans les autres pays où les États-Unis détiennent des bases. Comment expliquer cet écart ?

Le Japon est un pays qui peine à reconnaitre et à aider les victimes de viol. En 2002, lorsque Catherine Jane porte plainte pour l’agression qu’elle a subie, il n’existe pas de kits de test de viol, et les policiers auxquels elle fait face ne sont pas formés pour prendre ce genre de plaintes. Retenue pendant 2 heures au commissariat malgré ses demandes de suivi médical, elle se sent prisonnière. Aujourd’hui, Catherine Jane l’affirme : « si c’était à refaire, je ne serais jamais allée voir la police japonaise pour obtenir de l’aide. »
50 % des affaires de viol rapportées à la police ne connaissent pas de suites judiciaires, l’excuse de cet abandon étant souvent un manque de preuve quant au consentement de la victime. Le traitement des personnes prises en charge dans les commissariats n’arrange pas les choses. Certaines jeunes Japonaises témoignent : on leur a demandé de mimer leur agression, elles ont été jugées responsables de ce qui venait de leur arriver.  Il n’est donc pas surprenant que la plupart d’entre elles préfèrent se taire pour ne pas affronter de nouvelles épreuves humiliantes et douloureuses.

Au Japon, malgré le mouvement mondial MeToo, cette culture du silence et de la résignation persiste. Cependant, certaines personnes espèrent que le nouveau gouvernement japonais fera évoluer les mentalités. 

 

 

 

En savoir plus sur Catherine Jane Fisher :

Nominée pour le prix Nobel de la paix, Catherine Jane Fisher a fondé WarriorsJapan, une association qui vient en aide aux victimes de viols au Japon. Elle a également écrit un livre : I am Catherine Jane dans lequel elle revient sur son combat pour retrouver son agresseur après sa fuite du Japon. L’artiste qui vit au nord-ouest de Tokyo réalise régulièrement des ateliers d’art thérapie et expose ses toiles dans diverses galeries.

Isabelle Vansteenkiste

Isabelle Vansteenkiste

Isabelle vit à Tokyo tout en exerçant comme rédactrice web, consultante SEO et journaliste (membre du FCCJ club) Passionnée de théâtre, de littérature, de musique, de cinéma, mais également de jeux vidéos, elle exerce sa plume sur tous les sujets.
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