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THIERRY DANA - Nouvel ambassadeur de France au Japon

Par Lepetitjournal Tokyo | Publié le 05/11/2014 à 20:00 | Mis à jour le 06/11/2014 à 07:36

Le nouvel ambassadeur de France au Japon, Thierry Dana, a pris ses fonctions le 2 septembre dernier. Après une mise en disponibilité de 2005 à 2014 pour créer une entreprise de conseil à destination des groupes et PME françaises, il vient de reprendre sa carrière de diplomate, et a bien voulu répondre aux questions du PetitJournal.com Tokyo

LePetitJournal.com Tokyo: Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Thierry Dana: Mon parcours est à la fois traditionnel et original.Classique, puisque j'ai d'abord été diplomate pendant une vingtaine d'années, dont les dix dernières ont été consacrées largement à l'Asie. J'ai été Consul général de France à Hong-Kong de 1996 à 1998, qui était à cette époque-là un poste d'observation privilégiée de toute la région, y compris le Japon. Je suis ensuite rentré à Paris où j'étais auprès du président Jacques Chirac pour m'occuper essentiellement de l'Asie. Le Japon était, de par l'attachement qu'on lui sait, évidemment en tête de ses priorités. J'ai poursuivi mon expérience asiatique avec le poste de directeur d'Asie et d'Océanie au ministère des Affaires étrangères.

La partie plus originale de ma carrière se situe entre 2005 et maintenant. Je me suis mis en disponibilité de l'administration pour créer une entreprise de conseil qui s'adressait tant aux groupes français dans leurs stratégies asiatiques qu'aux investisseurs asiatiques en France. J'ai pu travailler pendant cette période sur un certain nombre d'opérations financières importantes qui m'ont confirmé que l'initiative et la mobilisation des énergies pouvaient engendrer des résultats concrets dans des domaines jusqu'alors inexplorés. Au printemps dernier j'ai renoué avec la carrière diplomatique tout en tirant, je pense, avantage de mon expérience de l'entreprise de ces huit dernières années. Un parcours donc à la fois très classique, mais aussi original. Cela étant, il semblerait que ce type de profils attire le Japon car l'un des rares exemples de ce genre est Philippe Faure, l'un de mes prédécesseurs, qui avait eu aussi une activité dans le privé pendant quelques années avant de revenir dans l'administration.

Pourquoi cette envie, après plusieurs années dans le privé, de retourner dans la fonction publique ?
Parce que le métier de diplomate est aussi une vocation, et je n'avais jamais conçu en 2005 de partir pour toujours. J'avais eu la chance assez jeune d'occuper des postes de responsabilité, et j'étais arrivé à l'un des stades les plus élevés que l'on peut obtenir à cet âge-là dans l'administration. Cela me donnait donc l'occasion, soit de faire plusieurs postes classiques et de dérouler une belle carrière d'ambassadeur pendant presque vingt ans, soit d'en profiter pour entreprendre une autre activité pendant quelques années avant de revenir, sachant que l'intérêt était de reprendre le cours de cette carrière, mais aussi d'occuper un poste vraiment très motivant. À cet égard, il est difficile de rêver mieux que le Japon en 2014 !

Quelles sont vos impressions après ce premier mois en poste au Japon ? 
J'ai été mis dans le bain très rapidement grâce à la visite début octobre du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Cela a permis de passer en revue les différents segments de notre relation bilatérale et j'ai eu la confirmation que chacun était déjà  riche et avait beaucoup de potentiel. C'est le cas notamment pour le volet politique. Bien que la visite se soit déroulée sur un week-end, M. Fabius a eu un agenda très rempli puisqu'il s'est entretenu avec le Premier ministre Shinzo Abe à Kyoto, avec le ministre de l'Environnement japonais sur la conférence climat 2015, et qu'il a diné avec son homologue des Affaires étrangères, Fumio Kishida. Il y avait aussi un programme culturel et économique très dense avec  l'inauguration de la villa Kujoyama rénovée,  l'organisation d'une table ronde sur l'industrie et les investissements, et aussi une rencontre de Français et de Japonais qui travaillent ensemble dans le secteur universitaire et de la recherche, plus le tourisme, etc. En deux jours, nous avons vécu un résumé de nos relations bilatérales.
Cela m'a été très utile. J'ai constaté que, par rapport à l'époque où j'avais en charge depuis Paris le dossier de nos relations avec le Japon, il y a dix ans,  nous avions beaucoup progressé. Nous avons toujours eu de bonnes relations historiques, culturelles, voire presque sentimentales. Avec Jacques Chirac comme Président de la République, cette dimension était exprimée très fortement. Néanmoins, à l'époque, nous ne disposions pas des mécanismes de coopération à tous les niveaux, que ce soit entre les ministres ou les hauts fonctionnaires, que nous avons aujourd'hui? il y a tout un réseau qui n'existait pas, ou qui était très formel, et que j'ai retrouvé dix ans après beaucoup plus riche en substance. C'est une très bonne nouvelle car je crois que l'on a un fort potentiel de part et d'autre qui résulte d'une volonté politique partagée. Pour le Président de la République et pour le ministre Laurent Fabius, le Japon est l'un de nos partenaires principaux à travers le monde, et en Asie en particulier. Cette démarche a reçu un écho très favorable côté japonais, et ce d'autant plus que le gouvernement actuel souhaite ouvrir davantage la coopération du Japon à des partenaires nouveaux, notamment européens. Et en Europe la France fait, je crois, figure de proue en la matière.

Sur le plan économique, quels sont les enjeux, les priorités et les chantiers de l'ambassade dans les mois à venir ?
Les missions de l'ambassade vont s'inscrire dans la prolongation de ce qu'ont fait mes prédécesseurs qui m'ont laissé un très bel héritage et je les en remercie. Ce qui est certain c'est que le ministre a une vision globale de notre action extérieure dans lesquels les différents secteurs doivent travailler en pleine synergie. C'est donc un des objectifs internes que je me fixe au sein de l'ambassade : mieux travailler, tous ensemble. Ainsi le domaine économique est une priorité de l'ambassade. Cela concerne certes l'ambassadeur et les services qui sont directement rattachés à ce secteur, mais il y a des passerelles avec ce que l'on fait dans le domaine culturel, l'éducation ou encore le scientifique. Il faut  trouver et développer la transversalité dans notre action de manière à tirer le meilleur profit de ce dont on dispose, et à offrir aux entreprises des moyens diversifiés, cohérents et opérationnels. C'est un des domaines dans lequel, je l'espère, mon expérience d'entrepreneur pendant huit ans pourra apporter un regard ou des idées nouvelles.

En ce qui concerne la coopération ?
Nous avons fixé un certain nombre de thèmes particuliers que le ministre Laurent Fabius a exposé lorsqu'il est venu. Sur le volet environnemental, nous avons la conférence climat Paris 2015 qui est évidemment un sujet fort de coopération. Il est lui aussi transversal puisque cela concerne l'économie, le politique ou encore les collectivités locales. Nous devons approfondir notre coopération politico-militaire avec l'exercice 2+2, c'est-à-dire la rencontre des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, prévue l'année prochaine au Japon. Il y a dix ans c'était un sujet inexistant de notre coopération avec le Japon ; il offre aujourd'hui de très belles perspectives. Il y a la coopération en pays tiers, notamment l'Afrique, qui a été définie comme un axe de coopération privilégié. La France a sa propre histoire et expertise sur ce continent. Quant au Japon il est un des principaux contributeurs en aide au développement, et il commence à l'être également en opérations de maintien de la paix. Ce sont des sujets où nous pouvons agir conjointement et de manière complémentaire. Il y a également l'innovation qui est un autre thème transversal sur lequel nous souhaitons mettre un coup de projecteur. Le ministre Laurent Fabius a proposé d'organiser une année franco-japonaise de l'innovation. Il s'agit de donner une impulsion nouvelle, valoriser les projets qui existent, développer et en lancer de nouveaux. C'est aussi rajeunir un peu l'image que la France et le Japon se renvoient mutuellement. Le tourisme est une autre de nos priorités. Dans un contexte pas toujours facile, le coût des voyages étant plus élevé pour les Japonais du fait de l'évolution du cours de leur monnaie, nous devons faire valoir nos atouts pour les attirer en France là où ils vont déjà, notamment Paris, le Mont-Saint-Michel et la Normandie, mais aussi dans les autres régions qu'ils visitent moins. Enfin il y a la richesse de notre relation culturelle, ancrée dans l'histoire, qu'il faut faire vivre et prospérer.

Un mot pour la communauté française au Japon ?
Tout d'abord un coup de chapeau. Je tiens à rendre hommage à tous ceux qui ont vécu l'expérience douloureuse du 11 mars 2011. Je pense que c'est une expérience qui a marqué considérablement la communauté française et a montré son esprit de solidarité, son courage. Nous sommes au Japon et il faut donc prendre les précautions pour être dans la meilleure situation possible dans l'éventualité d'une nouvelle crise. Nous revoyons notamment le plan de sécurité, de communication entre les membres de la communauté française, dans l'hypothèse où l'on devrait faire face à un nouvel événement de ce genre. Concernant les nouveaux arrivés et l'avenir, j'adresserais un message d'encouragement, car je constate qu'il s'agit d'un pays où il y a un amour très profond de la France. Je le découvre encore plus que je ne le pensais. C'est un atout considérable par rapport à beaucoup d'autres pays dans le monde. Cette communauté a un terreau fertile sur lequel elle peut se développer, prospérer. En tout cas les services de l'ambassade, dans ses différentes composantes et à commencer par moi, sommes au service de nos compatriotes pour les accompagner dans leurs ambitions.
Propos recueillis par Quentin Weinsanto (http://www.lepetitjournal.com/tokyo) jeudi 6 novembre 2014

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