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SOCIETE - Cherche sumotori désespérément, japonais de préférence

Écrit par Lepetitjournal Tokyo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Cherche sumo désespérément. Le sport emblématique du Japon traverse une crise de vocation sans précédent et n'a recruté que 56 débutants en 2012, le chiffre le plus bas depuis 1958

La scène se passe à Tokyo en novembre dernier dans un stade de "yakyu" (base-ball), autre sport dont les Japonais raffolent. Des joueurs qui n'ont pas été retenus par les 12 clubs professionnels du pays sont désoeuvrés sur le terrain de recrutement. Et voilà qu'un inconnu leur distribue une sorte de prospectus. "Pourquoi ne pas réaliser vos rêves en utilisant votre grande force physique? Le sumo est un sport professionnel dans lequel vous pouvez réussir sans expérience". Patron d'une "écurie" de sumo, Nobutake Minezaki, est prêt à tout pour regarnir ses rangs. "Je n'ai aucune idée de combien viendront dans mon équipe. Toutes les écuries ont ce problème", dit-il dépité à l'AFP.

Encourager les jeunes à intégrer une écurie
Les responsables de la ligue professionnelle de base-ball, qui se décarcassent pour aider les joueurs en fin de carrière à se reconvertir, ont joué eux aussi le jeu en distribuant des centaines de tracts fin novembre lors de regroupements de joueurs dans le nord du Japon et près de Tokyo. "On veut qu'ils sachent qu'ils ont la possibilité d'intégrer une écurie de lutteurs quand ils abandonnent le base-ball", témoigne Kenjiro Kimura, un responsable de l'écurie Minezaki, qui a imaginé et monté la campagne pour recruter des "recalés" du base-ball.  Il se souvient notamment de Kazuo Haji, un joueur qui après deux ans dans une division inférieure avait fait une carrière honorable dans le monde des sumo, en terminant en tête de la "seconde division". Mais c'était il y a longtemps, en 1975. L'an dernier, l'écurie Minezaki n'a recruté que trois apprentis: un ancien agent de nettoyage de l'hôtel Hilton de Tokyo, et deux jeunes de 15 ans. Kimura, qui est lui même arbitre officiel de sumo, a une explication à cette crise de vocation, une "spirale négative", dit-il, et elle est triple: une chute vertigineuse de la natalité au Japon, une palette de sports bien plus grande et attrayante financièrement qu'autrefois, notamment le football, et toute une série de scandales qui ont sali ce sport.

Les plus haut gradés sont mongols
Conséquence de ce désamour: le monde du sumo est actuellement dominé par des étrangers et les deux plus hauts gradés qui portent le titre envié de "yokozuna" sont mongols. Cette montée en force des étrangers n'est pas du goût de certains inconditionnels de cette forme de lutte traditionnelle si ancrée dans l'image du Japon, déplorant que de potentiels talents préfèrent se tourner vers des sports plus rémunérateurs. "Très franchement, je veux avoir des yokozuna japonais", dit Tanosuke Sawamura, un acteur octogénaire de théâtre kabuki et membre du conseil chargé d'accorder le titre suprême de yokozuna. La popularité de cet art martial a décliné ces dernières années au fil des révélations sur des matchs truqués par des paris illégaux passés par des sumotoris et des violences. En 2007, un novice de 17 ans avait même succombé à un passage à tabac infligé par des "anciens" de l'écurie dans laquelle il faisait son apprentissage. Cela en a refroidi plus d'un d'aller s'inscrire. Du coup, en mai dernier, pour tenter d'attirer des jeunes, la fédération nationale de sumo a été jusqu'à assouplir les critères physiques jusque là exigés pour devenir sumo: on accepte désormais des "gringalets" de 1,67 mètre et 67 kilogrammes contre auparavant 1,73 m pour 75 kg minimum, bien loin des spectaculaires colosses engraissés qui s'affrontent sur les plus prestigieux dohyo, nom de l'espace circulaire de combat. Rien n'y fait et le nombre de débutants recrutés baisse inexorablement: 56 en 2012, 60 en 2011 contre 223 en 1992, et même 250 en 1963, un record inégalé. Un rebond est espéré en 2013, mais rien ne le garantit. "C'est dommage qu'il y ait si peu de candidats car le sumo est vraiment un sport national", regrette Fumiyasu Sato, un apprentis de 17 ans qui a été le seul à s'enrôler pour le tournoi de novembre dernier.

logofbtokyo
Publié le 17 janvier 2013, mis à jour le 5 janvier 2018
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