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CULTURE - Natsumi, la Japonaise qui flotte dans les airs, et fait planer

Écrit par Lepetitjournal Tokyo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 novembre 2012

Jeune japonaise de 30 ans, Natsumi Hayashi vit aujourd'hui au-dessus du sol, avec un rêve obstiné d'apesanteur. Grâce à une technique très pointue, elle s'est faite comme spécialité d'être prise en photo en lévitation, avec son complice Hisaji Hara, donnant l'impression d'être figée dans l'espace alors que le mouvement et la vie sont là

(Photo courtoisie Natsumi Hayashi)

Dans la vraie vie, Natsumi Hayashi semble presque flotter, tellement elle paraît légère, frêle, diaphane. Sur les photos qu'elle fait d'elle-même depuis un an "en lévitation", grâce une technique très pointue, elle arrête son temps, en l'air, au milieu de gens ordinaires. Ils vaquent, elle vole. Depuis un an, cette jeune Japonaise de 30 ans, longue chevelure noire, sourire blanc enfantin, a entrepris un étonnant projet: une sorte de journal intime au quotidien, "Lévitation d'aujourd'hui", mis en photos prises par son complice Hisaji Hara. Et toujours, toujours au-dessus du sol. Comme une mystérieuse obsession de vouloir s'arracher du monde, de ne jamais atterrir. C'est sans doute pourquoi Natsumi, lors d'un entretien avec l'AFP, refuse d'être photographiée ou filmée les pieds au sol, le corps collé à une chaise. Comme si cela allait rompre le charme, briser son rêve obstiné d'apesanteur. Sur son blog elle offre d'étonnants et parfois dérangeants instants suspendus de sa vie quotidienne à 20/30 centimètres du "plancher des vaches". Et que l'on peut voir en relief, sans lunettes. L'effet est saisissant, d'une poésie surréaliste.

Une maîtrise totale des mouvements
Lorsqu'elle saute, en totale maîtrise de ses mouvements grâce à des échauffements, et que l'appareil déclenche à 1/500ème de seconde, Natsumi, les yeux noirs dans le vague tournés vers un lointain quelque part, semble vraiment en suspension. On ne pense même pas qu'elle va, qu'elle doit, forcément un jour re-toucher le sol, souvent avec des bottes noires genre équitation juste au-dessous du genou. Pour ne pas trahir sa "condition newtonienne", elle ne regarde jamais vers le sol, ce qui renforce encore l'illusion. Elle est comme figée dans l'espace et pourtant, le mouvement et la vie sont là, par la seule force de l'imagination que provoquent ces clichés. "Dans mes photos le temps ne s'arrête pas, même si je suis immobile", dit-elle. On l'imagine glisser tel un fantôme, se mouvoir dans les airs, dans des situations d'une incroyable banalité: téléphoner d'une cabine publique, porter un gâteau dans une assiette dans un salon, passer un portillon du métro de Tokyo... Chacun de ces instants entre ciel et terre nécessitent parfois des dizaines, voire des centaines de prises. Il se dégage de Natsumi une étrange sérénité, pour quelqu'un qui se rappelle d'elle-même comme d'"une gamine hyper-active". "Je touchais à tout. Dès qu'il y avait un bouton sur lequel appuyer, une touche à enfoncer, c'était plus fort que moi, il fallait que je le fasse. Et ma mère me disait toujours: calme-toi, tu dois être stable, garder les pieds sur terre", raconte Natsumi, attablée au Folks, un restaurant dans une lointaine banlieue très provinciale de Tokyo, loin des foules parfois stressantes de la capitale.

Narcissisme et thérapie
Le stress, une des inspirations en creux de Natsumi. A la gare-fourmilière de Shibuya, l'une des plus fréquentée de Tokyo, elle va braver la multitude pour une photo, à la recherche de ce qu'elle appelle sa "face négative", car elle se sent "peu à l'aise" dans la foule. Au point qu'elle finit par dire parfois préférer la compagnie de ses chats à celle des humains. Un soupçon de narcissisme peut-être, même si elle s'en défend du bout des lèvres, un brin de thérapie sans doute: Natsumi explique que son projet lui révèle "les deux faces de sa personnalité", de surmonter la relation compliquée avec sa mère qui, dit-elle dans un grand sourire, "comprend" enfin son travail et "attend la suite". Car Natsumi n'en est qu'à la moitié de son voyage aérien, avec un premier recueil, un second à paraître. Il y a un curieux mélange de légèreté et de gravité chez cette "petite fille sage", en apparence, lorsqu'elle évoque les manipulations des photos qui permettent "aux politiciens de montrer des images propres d'eux-mêmes mais fausses" et d'offrir des "portraits contrôlés". Elle, assure-t-elle, travaille sans retouche "ni manipulation digitale" de ses instants saisis. Veut-elle être célèbre? "Honnêtement oui" dit-elle, "pour partager mes lévitations avec le plus grand nombre de gens". Aujourd'hui Natsumi, qui est déjà allé "flotter" devant le Grand Palais à Paris, vend ses photos dans des galeries de Tokyo. Mais elle s'échappe aussitôt, visant à l'universel: "si dans cent ans, quelqu'un trouve mon journal, peu importe que l'on sache que c'est moi". A ce moment-là, elle sera vraiment au ciel.
(http://www.lepetitjournal.com/tokyo.html avec AFP) mercredi 31 octobre 2012

Voir aussi http://yowayowacamera.com


Jeune japonaise de 30 ans, Natsumi Hayashi vit aujourd'hui au-dessus du sol, avec un rêve obstiné d'apesanteur. Grâce à une technique très pointue, elle s'est faite comme spécialité d'être prise en photo en lévitation, avec son complice Hisaji Hara, donnant l'impression d'être figée dans l'espace alors que le mouvement et la vie sont là

logofbtokyo
Publié le 30 octobre 2012, mis à jour le 21 novembre 2012
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