

Une pétition en ligne a récolté plus de 60.000 signatures en une semaine en faveur de Rina Bovrisse, une ancienne employée de Prada Japan renvoyée à cause de son apparence. Une affaire qui relance aussi le débat sur le sexisme et l'égalité des sexes sur l'archipel
Plus de 60.000 personnes ont signé, en l'espace d'une semaine, une pétition demandant à la branche japonaise de l'entreprise Prada de retirer sa contre-plainte à l'encontre de Rina Bovrisse. L'ancienne employée de la marque avait déjà porté plainte contre Prada Japan, estimant avoir été renvoyée à cause de son apparence, après avoir subi des brimades.
Trois ans de combat judiciaire
Grâce à la plateforme de pétition en ligne Change.org, les organisateurs de cette campagne espèrent que des voix du monde entier vont forcer l'entreprise à repenser sa stratégie. Prada Japan, branche de l'entreprise italienne, n'a pas désiré commenter le succès de la pétition pour l'instant. La marque poursuit Rina Bovrisse et lui réclame 72 millions de yens (environ 533.000 euros), avec pour motif que ses accusations ont souillé la réputation de l'entreprise. En octobre dernier, le tribunal de Tokyo avait rejeté la plainte de Rina Bovrisse contre Prada, estimant que les insultes verbales qu'elle a endurées n'étaient pas illégales, même si elles constituaient une forme de harcèlement sexuel. Dans le procès, on apprend que Rina a été renvoyée en mars 2010, après avoir été maltraitée par la société à travers des insultes sur son apparence et sa rétrogradation à un poste de vendeuse débutante. Elle avait rejoint Prada Japan en 2009 et s'était rapidement retrouvée en confrontation avec ses supérieurs, ne supportant pas les commentaires calomnieux que ceux-ci faisaient sur ses collègues de sexe féminin. "Le 29 septembre, on m'a appelé dans une salle de réunion. Le responsable des ressources humaines m'a dit que j'allais recevoir un avertissement, parce que je devais changer de coiffure, perdre du poids, et parce que je n'avais pas le look Prada. Il y a eu un moment de silence puis, lorsque j'ai demandé s'il n'était pas déplacé, pour un directeur des ressources humaines, de dire des choses pareilles, il m'a répondu : 'J'ai déjà licencié une chef de boutique Miu Miu parce qu'elle avait de vilaines dents !'", avait-elle notamment raconté.
Une affaire qui soulève la question de l'égalité des sexes
Cette affaire soulève à nouveau la question de l'égalité entre hommes et femmes sur l'archipel. Avec, en 2012, seulement 2 % de femmes cadres supérieurs et un classement de 163 sur 190 pays au niveau du nombre de femmes en politique, l'égalité des sexes est loin d'être atteinte au Japon. Ayako Barrera, initiatrice de la campagne de soutien à Rina Bovrisse, affirme avoir aussi souffert de cette discrimination. Elle évoque la difficulté de trouver un travail en étant une femme qui utilise, de surcroit, le nom de famille de son mari étranger. "Je pense que l'égalité des sexes est médiocre au Japon. Les femmes victimes de harcèlement sexuel ont simplement tendance à subir l'humiliation dans une agonie silencieuse. Mais j'espère que le soutien impressionnant à Rina Bovrisse, recueilli à travers cette pétition va, cette fois-ci, réveiller les gens et leur faire comprendre que la situation est mauvaise au Japon", a-t-elle déclaré, citée par le Japan Times.
Damien Corneloup (http://www.lepetitjournal.com/tokyo.html) lundi 6 mai 2013









