Édition internationale

Cybercriminalité en Thaïlande : la justice s'organise pour aider les retraités

Entre janvier et août 2026, les arnaqueurs ont dérobé 11 milliards de bahts à 221 626 victimes. Les retraités, notamment, subissent des pertes massives. Les tribunaux et la police s'allient pour une riposte coordonnée.

Cybercriminel en jauneCybercriminel en jaune
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 4 septembre 2026


 

Depuis 2024, en Thaïlande, le nombre de crimes technologiques dépasse celui des affaires liées à la drogue. Alors, Jiraphat Phanthawi, juge en chef de la Cour criminelle, a décidé de réunir la police, les banques, les médias et l'Office de lutte contre le blanchiment d'argent (AMLO) pour discuter de méthodes qui permettent de lutter contre les crimes en ligne, qui représentent désormais plus de la moitié des dossiers de la Cour.

Les crimes technologiques prennent diverses formes : arnaques aux centres d'appels, fraudes en ligne, logiciels malveillants, attaques par rançongiciel (une fois un accès bloqué, une rançon est demandée contre la clé de déchiffrement) et harcèlement sexuel en ligne. Jiraphat Phanthawi souligne qu'il faut « passer d'une approche purement réactive à une approche plus proactive pour protéger les droits et les libertés ».

 

Tous les fautifs logés à la même enseigne

 

De janvier à août 2026, la Cour criminelle a ordonné le blocage de plus de 700.000 sites Web ou adresses URL, considérés comme étant liés à des activités criminelles en ligne – soit environ 100.000 adresses par mois. Rattawich Ariyapatchpon, chef de la division des crimes technologiques de la Cour criminelle, se veut très dur et a averti les citoyens de ne pas permettre à d'autres d'utiliser leurs comptes bancaires comme comptes mules car les peines pourraient être aussi lourdes que celles infligées aux chefs de réseaux criminels.

 

Les retraités, vulnérables et dépouillés

 

Les statistiques de la cyber police brossent un tableau alarmant pour les aînés. Entre janvier et août 2026, les rapports en ligne à la police ont enregistré 221.626 plaintes, impliquant des pertes totales qui se chiffrent à plus de 11 milliards de bahts.

Parmi ces victimes, les personnes âgées de 60 ans et plus subissent des préjudices démesurément importants. 17.895 plaintes, soit 8,07 % du total, impliquaient des victimes âgées d'au moins 60 ans, dont les pertes totalisaient 3,152 milliards de bahts, représentant 28,55 % de toutes les pertes signalées.

 

Le surintendant de la Cyber Support Division thaïlandaise rapporte que ce sont les arnaques à l'investissement qui causent les plus grandes pertes chez les victimes âgées, suivies par les appels téléphoniques utilisant des menaces pour effrayer les victimes afin qu'elles transfèrent de l'argent, les fausses propositions d’emploi et les systèmes promettant des récompenses ou d'autres avantages.

 

Les arnaqueurs usent de stratagèmes bien rodés : ils se font passer pour la police, l’AMLO, des banques, des services postaux, des opérateurs de télécommunications ou des agences gouvernementales. Ils prétendent que les victimes sont liées à des comptes mules, au blanchiment d'argent, à la drogue illégale, à des colis illégaux, à des mandats d'arrêt ou à des numéros de téléphone enregistrés illégalement. Ils ordonnent ensuite aux victimes de les ajouter sur LINE (un concurrent de WhatsApp très populaire en Asie), de réaliser un appel vidéo ou de transférer de l'argent pour prouver leur innocence. Paniqués, beaucoup s’exécutent.

 

L'avertissement des banquiers

 

Le secteur bancaire privé tire aussi la sonnette d'alarme. Piti Tantakasem, représentant de l'Association des banquiers thaïlandais, souligne que le système financier ouvert de la Thaïlande et la facilité de circulation pourraient rendre le pays attrayant pour les réseaux criminels internationaux. « Nous ne combattons plus des criminels de petit calibre, prévient-il. Nous combattons des gangs criminels transnationaux qui font bien plus que voler de l'argent pour leur propre plaisir. Ils utilisent l'argent pour acheter des pays, des gouvernements et des systèmes judiciaires. »

 

Comment se protéger ?

 

Les autorités conseillent aux personnes recevant des appels suspects de raccrocher immédiatement plutôt que de suivre les instructions de l'appelant, de contacter des membres de leur famille ou des personnes de confiance pour obtenir de l'aide et d'obtenir indépendamment le véritable numéro de téléphone de l'agence concernée, s'ils ont besoin de vérifier une réclamation.

En tout cas, ne jamais appeler les numéros fournis par les escrocs supposés car cela pourrait permettre à la fraude de se poursuivre. Et surtout, ne jamais transférer d’argent ! Piti Tantakasem, représentant des banquiers, rappelle aussi que les familles jouent un rôle crucial. Elles doivent aider leurs proches âgés à rester prudents, particulièrement quand les appelants utilisent la peur ou des instructions urgentes pour les presser de transférer de l'argent.

La lutte ne fait malheureusement que se poursuivre.

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