Édition internationale

Thaïlande-Cambodge : des négociations maritimes sous tension à Singapour

Accusation de victimisation de la part de la Thaïlande. Appel à la sérénité de la part du Cambodge. La conciliation sur le différend maritime entre les deux pays sent le souffre.

Thaïlande Cambodge et merThaïlande Cambodge et mer
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 16 septembre 2026


 

On a nettement l’impression que les angles d’attaque ne sont pas les mêmes.

Du 14 au 16 septembre 2026, Thaïlandais et Cambodgiens se sont réunis à Singapour pour régler leur différend maritime portant sur une zone de 26.000 kilomètres carrés, située dans le golfe de Thaïlande et qu’on dit riche en hydrocarbures (quelque 300 milliards de dollars seraient en jeu). L’arbitre s’appelle la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, saisie par le Cambodge.

 

Bangkok dénonce une « fausse victimologie »

 

Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a expliqué sans détour que le Cambodge « cherche à discréditer la Thaïlande par de faux récits, des déformations de faits et des accusations sans fondement. Le Cambodge le fait en jouant le rôle d'une victime avec un sentiment d'autosatisfaction dans le but de prétendre à une supériorité morale ». Les reproches ont le mérite de la clarté.

Face à ces accusations, le ministre des Affaires étrangères cambodgien, Prak Sokhonn, a délivré un message diamétralement opposé. Phnom Penh présente cette conciliation, souhaitée par son pays, non comme une escalade mais comme « un moyen de rebâtir la confiance ». « Notre objectif majeur est de parvenir à une résolution qui serve les peuples des deux nations et contribue à la paix, la coopération et la prospérité partagée dans la région. Le Cambodge espère sincèrement que la Thaïlande s'engagera constructivement dans ce processus », a-t-il déclaré.

 

Koh Kut non négociable pour la Thaïlande

 

Au cœur du différend, il n’y a pas que de l’eau, du gaz et du pétrole. Il y a aussi l'île de Koh Kut, un district de la province thaïlandaise de Trat, située dans le golfe de Thaïlande. Le Cambodge revendique cette île depuis 1972 en se fondant sur sa ligne de plateau continental unilatéralement proclamée. La Thaïlande rejette catégoriquement cette réclamation. Sihasak Phuangketkeow a été très clair devant la commission. « Ce processus de conciliation ne concerne pas la souveraineté sur terre, ce qui inclut l'île de Koh Kut. La Thaïlande rejette la ligne de plateau continental cambodgienne de 1972, qui est sans fondement juridique », a-t-il fermement précisé.

 

Un précédent historique qui prête à l’optimisme

 

Si, des deux côtés, on a annoncé souhaiter du fond du cœur que cette conciliation aboutisse, l’ambiance des derniers jours ne dit pas exactement la même chose. Seule l’Histoire peut redonner un peu le moral aux observateurs. Une telle procédure de conciliation n’a été activée qu’une seule et une unique fois par le passé et elle fut un succès. En 2016, l’Australie et le Timor oriental avaient un différend maritime. Un accord a été trouvé et un traité signé en 2018, grâce au processus de conciliation des Nations unies.

 

La Commission de conciliation va désormais plancher pendant douze à dix-huit mois. Elle émettra ensuite des recommandations. Elle n’est pas un tribunal qui rend un verdict mais un conciliateur qui a pour mission d’aider les deux protagonistes à trouver un terrain d’entente.

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