Plus de 4 milliards de bahts collectés pour truquer un concours de la fonction publique. La commission anti-corruption Thaïlandaise ouvre une enquête sur des soupçons de favoritisme et d’enrichissement.


La National Anti-Corruption Commission (NACC) a annoncé l'ouverture d'une enquête formelle sur des irrégularités dans les marchés publics et sur l'enrichissement inexpliqué de plusieurs hauts fonctionnaires liés au scandale des examens de la fonction publique locale. L'assistant secrétaire général de la NACC, Phatthanaphong Chanphetphun, a indiqué mardi 30 juin que le recoupement des données financières était presque terminé et que des auditions de témoins avaient déjà eu lieu.
Un concours truqué de l’intérieur
L'affaire part d'un concours organisé l'an dernier par le Department of Local Administration (DLA), rattaché au ministère de l'Intérieur, pour recruter près de 7.000 fonctionnaires locaux. Plus de 400.000 candidats se sont présentés pour 6.669 postes. Les enquêteurs estiment qu'un réseau aurait collecté plus de 4 milliards de bahts auprès de candidats, en échange d'une nomination garantie.
Des copies des feuilles de réponses étaient récupérées dans les centres d'examen puis transportées dans une maison de Nonthaburi, où des opérateurs comparaient les copies avec le corrigé officiel et cochaient les bonnes réponses à l'encre rouge, avant de réinjecter les scores modifiés dans le système et de rescanner les documents dans la base de données officielle. L’objectif était de faire correspondre le papier et le numérique pour passer sous les radars des contrôles de routine.
Un réseau façon supply chain
L'ancien juge à la Cour suprême et universitaire indépendant What Tingsmitr décrit un réseau structuré en trois niveaux, avec en amont des individus ayant accès aux sujets et aux bases de données. Au milieu, un ancien directeur de la division planification stratégique de la municipalité de Wichian Buri, dans la province de Phetchabun, identifié sous le nom de Pichit, présenté comme coordinateur clé. La police l'accuse d'avoir payé un dénommé Chatphiphut, l'un des dix fonctionnaires arrêtés lors de l'opération de Nonthaburi, pour coordonner la collecte des copies dans les centres d'examen et les faire remonter jusqu'à la planque du réseau. En bas de la chaîne, des courtiers et des officines de tutorat recrutaient les candidats partout dans le pays.
La NACC élargit maintenant le dossier au volet financier. L'enquête, qui pourrait durer de trois à six mois, doit se pencher sur le processus d'examen lui-même, notamment sur des soupçons concernant le cahier des charges, qui aurait été taillé pour favoriser un prestataire en particulier. Elle vise aussi la fortune jugée suspecte du directeur de la division stratégie et budget de la municipalité de Wichian Buri, identifié pour l'instant par la seule initiale « Por ».
Des milliers de candidats auraient versé entre 350.000 et 800.000 bahts chacun pour être sûrs de réussir l'examen, ce qui a mené à l'arrestation de dix personnes, en majorité des fonctionnaires, pris la main dans le sac avec des résultats trafiqués. Dans certaines provinces, le tarif grimpait jusqu'à 900.000 bahts pour les postes les plus disputés.
Un ministre porte plainte
L'affaire déborde largement du cadre administratif. Le vice-Premier ministre Songsak Thongsri a déposé une plainte pour diffamation et cybercriminalité contre trois personnes désignées sous les pseudonymes « Som », « Kit » et « Bang Jack », après la diffusion d'enregistrements audio le liant au scandale des recrutements.
De son côté, la Srinakharinwirot University (SWU), chargée d'organiser les examens, se défend de tout manquement. Le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Science, de la Recherche et de l'Innovation, Yodchanan Wongsawat, a affirmé que l'université soutient avoir respecté toutes les règles de passation de marchés lors de l'organisation des examens et avoir déjà transmis les documents pertinents à la NACC. Une commission parlementaire a par ailleurs été saisie pour enquêter sur d'éventuelles irrégularités dans les concours de recrutement de la fonction publique locale.






