Édition internationale

Hadrien Brassens, entrepreneur en Australie : « les IA font confiance à ce qu’on dit de vous »

En Australie, être bien référencé sur Google ne suffit plus toujours à se faire connaître. Avec l'essor de ChatGPT, Gemini et des autres intelligences artificielles, les entreprises doivent repenser leur visibilité en ligne. Entrepreneur français installé à Sydney, Hadrien Brassens, cofondateur de Reef Digital et créateur de Diploria AI, nous explique ce qui change et livre ses conseils aux entrepreneurs français expatriés.

Hadrien Brassens est un serial entrepreneur en Australie Hadrien Brassens est un serial entrepreneur en Australie
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 13 octobre 2026

 

Nous avions rencontré Hadrien Brassens en janvier 2023. Il nous racontait alors comment un séjour de six mois en Australie en 2008 s'était transformé en une aventure entrepreneuriale de longue durée. 

Cofondateur de Reef Digital Agency en 2011, il a depuis poursuivi son développement dans le marketing numérique, tout en explorant de nouvelles possibilités offertes par l'intelligence artificielle. Hadrien a lancé GrantMax, un outil destiné aux petites associations, puis Diploria AI, une plateforme conçue pour analyser la manière dont les marques apparaissent dans les réponses des moteurs d'IA. Il revient aujourd'hui sur cette nouvelle étape et sur les changements que les entrepreneurs français en Australie doivent anticiper… 

 

Hadrien Brassens en Australie : “j'étais venu pour 6 mois, j'y vis depuis 14 ans"

 

J'ai créé une plateforme qui mesure la façon dont les marques apparaissent dans les réponses de ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral et huit autres moteurs d'IA

 

 

Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours depuis 2023 ?

Depuis 2023, le marché a beaucoup évolué. Les entreprises prennent plus de temps pour décider, investissent avec davantage de prudence, et beaucoup ont internalisé une partie de leur marketing. Surtout, l'IA a profondément transformé notre métier. Chez Reef Digital, nous avons choisi de l'adopter pleinement dans notre façon de travailler : nous sommes plus productifs, la qualité de notre travail a progressé, et cela nous permet de fonctionner avec une équipe très expérimentée au service d'un plus grand nombre de clients.

En parallèle, je me suis mis à développer mes propres outils grâce au développement assisté par l'IA. D'abord des outils internes, puis GrantMax, un premier logiciel en ligne lancé plus tôt cette année, qui aide les petites associations à garder leur compte Google Ad Grants conforme et à en tirer le meilleur parti. 

Et enfin Diploria AI, un projet auquel je réfléchissais depuis deux ans et dont j'ai lancé le développement au début de cette année. C'est une plateforme qui mesure la façon dont les marques apparaissent dans les réponses de ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral et huit autres moteurs d'IA, et qui leur indique concrètement quoi améliorer.

 

 

Quand on pose une question en français, l'IA a tendance à privilégier des contenus francophones. En anglais, elle s'appuie sur un tout autre ensemble de sources

 

 

Hadrien Brassens et Chris Redshaw, fondateurs de Diploria
Hadrien Brassens et Chris Redshaw, fondateurs de Diploria 

 

 

Pourquoi était-il important pour vous de construire à nouveau un projet en Australie ?

Diploria est né d'un besoin réel. Nos clients nous demandaient de plus en plus ce que les IA disaient d'eux, et aucun outil ne nous donnait une réponse satisfaisante. Nous l'avons construit pour eux, en Australie, là où sont nos clients et notre équipe, puis nous nous sommes dit : pourquoi ne pas le proposer à tout le monde ?

C'est aussi le prolongement naturel de ce que nous faisons chez Reef. Pendant longtemps, être visible voulait dire bien se positionner sur Google : c'est le SEO. Aujourd'hui, de plus en plus de gens posent directement leur question à une IA. Optimiser sa présence dans ces réponses, ce qu'on appelle le GEO (optimisation pour les moteurs génératifs), c'est la suite logique du SEO.

 

Une PME très présente dans la presse française peut donc être quasiment absente des réponses en anglais à Sydney

 

Enfin, j'ai accompagné de nombreuses entreprises de logiciels au fil des années, et j'avais envie d'en diriger une. Une agence grandit au rythme des personnes qu'elle recrute ; un logiciel grandit au rythme de ce qu'il sait faire. Diploria est construit en Australie, mais il a été pensé dès le départ pour un marché international, et c'est une entreprise que l'on peut piloter de n'importe où, y compris depuis la France.

 

 

Pourquoi une même entreprise peut-elle obtenir une réponse très différente selon que la question est posée en français ou en anglais ?

Les IA comprennent parfaitement le français comme l'anglais : ce n'est pas une question de compréhension, mais de choix des sources. Quand on pose une question en français, l'IA a tendance à privilégier des contenus francophones : presse, annuaires, sites en français. En anglais, elle s'appuie sur un tout autre ensemble de sources. Et lorsqu'elle effectue une recherche en ligne pour répondre, elle cherche généralement dans la langue et le pays de la question. Une PME très présente dans la presse française peut donc être quasiment absente des réponses en anglais à Sydney, et inversement. Deux questions identiques, dans deux langues, peuvent ainsi donner deux réponses très différentes.

 

 

Comment des entreprises peuvent-elles être « invisibles » dans ChatGPT alors qu'elles sont très bien positionnées sur Google ?

Google et les IA ne fonctionnent pas de la même manière. Google classe des pages : si votre site répond bien à une recherche, il peut arriver en tête. Une IA, elle, rédige une réponse et ne cite généralement qu'une poignée d'entreprises. Pour les choisir, elle s'appuie moins sur votre site que sur votre réputation globale : ce que disent de vous la presse, les annuaires, les avis clients, les associations professionnelles, les sites partenaires, les forums comme Reddit, ou même les vidéos sur YouTube. Une entreprise peut donc avoir un excellent référencement sur Google et rester absente des réponses d'une IA, simplement parce qu'on parle peu d'elle ailleurs. Une étude de SOCi publiée en 2026 a d'ailleurs montré que moins de la moitié des entreprises en tête des résultats locaux de Google apparaissaient aussi dans les recommandations des IA.

 

Les IA font davantage confiance à ce que les autres disent de vous qu'à ce que vous dites de vous-même

 

 

Une PME française installée à Sydney, Melbourne ou Brisbane : quelles seraient les trois choses à faire dès maintenant ?

Premièrement, se tester. Posez à ChatGPT, Gemini ou Mistral les questions que vos clients posent réellement, en anglais et en français, en précisant la ville. Regardez si vous apparaissez, qui apparaît à votre place, et si la description de votre entreprise est exacte.

 

Une information obsolète peut coûter cher

 

Deuxièmement, être clair et cohérent partout. Votre site doit simplement dire ce que vous faites, pour qui et où, en anglais. Et les mêmes informations doivent se retrouver sur votre fiche Google, dans les annuaires professionnels, sur LinkedIn ou dans l'annuaire des membres de la Chambre de commerce. Une information obsolète peut coûter cher. 

Nous suivions sur Diploria un restaurant gastronomique de Sydney que Claude, l'assistant d'Anthropic, ne recommandait jamais. En creusant, nous avons découvert que sur certaines questions, Claude affirmait que le restaurant était définitivement fermé depuis 2022, ce qui était faux. À l'origine : un court article de 2022 évoquant la fermeture d'une partie du restaurant pour travaux. L'IA en avait conclu qu'il avait fermé, et ne le proposait donc plus à ses clients potentiels.

Troisièmement, faire parler de vous. Les IA font davantage confiance à ce que les autres disent de vous qu'à ce que vous dites de vous-même. Articles de presse, avis clients, partenariats, interventions dans des événements : chaque mention compte.

 

 

En Australie, les affaires reposent énormément sur les relations et les recommandations

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil aujourd'hui à un entrepreneur français qui vient de créer son entreprise en Australie ?

J'en donnerais deux, si vous me le permettez. Construisez votre réseau avant d'en avoir besoin. En Australie, les affaires reposent énormément sur les relations et les recommandations. Rejoignez des réseaux comme la Chambre de commerce franco-australienne (FACCI), BNI ou CUB (Club of United Business), et soyez-y présent régulièrement : les personnes qui vous aideront dans trois ans sont celles que vous rencontrez aujourd'hui.

Traitez l'Australie comme un marché à part entière, et non comme un prolongement de la France. Les attentes des clients, les prix, la façon de communiquer et de prendre des décisions sont différents. Ce qui a fonctionné en France est un bon point de départ, pas un modèle à copier.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos