Édition internationale

Usage des réseaux sociaux : le Karolinska Institutet alerte sur l'inattention

Depuis plusieurs années, le gouvernement suédois s’est emparé d’un sujet des plus importants : l’usage des réseaux sociaux par les adolescents. De nombreuses études permettent aujourd’hui de souligner concrètement les effets néfastes des écrans sur les plus jeunes. Publiée en 2025 dans la revue Pediatrics Open Science, une étude menée par le Karolinska Institutet montre que le temps passé sur les réseaux sociaux est notamment lié à une baisse de la capacité de concentration chez les enfants, relançant le débat sur la nécessité d’un encadrement politique plus strict.

Jeune femme sur son téléphone Jeune femme sur son téléphone
Credits : Simon Paulin/imagebank.sweden.se
Écrit par Carla-Rose Biausque
Publié le 12 janvier 2026, mis à jour le 19 janvier 2026

 

Une corrélation établie entre réseaux sociaux et baisse de la concentration

En Suède, l’usage des réseaux sociaux par les enfants et les adolescents progresse à un rythme soutenu. Si ces plateformes façonnent désormais les relations sociales et l’accès à l’information, leur impact sur la concentration des plus jeunes inquiète de plus en plus les chercheurs.

Portant sur 8000 enfants âgés de 9 ans et plus suivis pendant une période de quatre ans, l’étude menée par le Karolinska Institutet avait pour objectif d’évaluer l’existence d’un lien entre l’usage des écrans et les symptômes associés aux troubles de l’hyperactivité, comme les difficultés de concentration. A l’issue de cette dernière, il a été établi que les enfants qui consacraient beaucoup de temps aux réseaux sociaux ont vu leurs capacités de concentration se détériorer progressivement. Plus le temps passé sur les réseaux est élevé, plus les difficultés de concentration augmentent avec le temps. En outre, seul l’usage des réseaux sociaux, et non celui des jeux vidéo ou de la télévision, est associé à ces troubles.

Selon Torkel Klingberg, un des chercheurs suédois ayant participé à l’étude, cela pourrait vouloir dire qu’avec une heure supplémentaire par jour sur les réseaux sociaux, le diagnostic de TDAH pourrait augmenter de 30 % au niveau de la population.

Les chercheurs soulignent que l’effet observé est modeste à l’échelle individuelle, mais potentiellement majeur à l’échelle de la population. En d’autres termes, une légère baisse moyenne de l’attention, si elle concerne des milliers d’enfants, peut se traduire par une hausse significative des difficultés scolaires et des diagnostics liés à l’inattention.

De plus, cette association persiste indépendamment du sexe, du niveau socio-économique ou d’une prédisposition génétique au TDAH. L’étude suggère également un lien causal : ce n’est pas l’inattention qui pousse les enfants vers les réseaux sociaux, mais bien l’exposition répétée à ces plateformes qui semble altérer progressivement leur capacité de concentration.

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses explicatives, notamment le rôle des notifications constantes, du défilement rapide de contenus et de la sollicitation permanente de l’attention, qui fragmentent les capacités de focalisation sur une tâche unique.

 

Effets néfastes multiples : sommeil, anxiété et pression sociale

Les effets impactent davantage que la concentration : il est établi scientifiquement que le temps passé sur les réseaux sociaux est associé à une dégradation de la qualité du sommeil, laquelle joue un rôle clé dans la régulation émotionnelle et le bien-être général. Chez les adolescentes en particulier, un usage intensif est corrélé à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs.

Ces effets sont amenés à se décupler dans la mesure où le temps moyen passé sur les réseaux sociaux a augmenté pour atteindre 30 minutes par jour à 9 ans et 2,5 heures par jour à 13 ans. En Suède, 97 % des enfants et des adolescents de 8 à 19 ans utilisent les réseaux sociaux, dont 86 % chaque jour.

De plus, les réseaux sociaux représentent une plateforme propice à des contenus inappropriés : 15% des 9-12 ans auraient été exposés à des images violentes ou macabres dans leur fil d’actualités. Ils sont également devenus une plateforme de recrutement des jeunes pour les gangs criminels.

Pour autant, les principaux concernés ont conscience du danger. Dans une étude de 2023 de l’Agence des médias, Mediemyndighet, 50% des adolescents considèrent qu’ils utilisent leur téléphone portable de manière excessive et que cette habitude impacte négativement leur sommeil et leurs devoirs. Dans un article publié par The Conversation, fondé sur une enquête internationale menée avec l’UNICEF, la pression constante des réseaux sociaux est mentionnée par les adolescents, de même que la comparaison permanente aux autres, l’importance accordée aux « likes » et le cyber harcèlement.

Cependant, les jeunes viennent nuancer ce constat. Ils soulignent également les bénéfices des réseaux sociaux : les adolescents expliquent que leur vie numérique peut être une source de soutien social et évoquent le sentiment d’appartenance que peuvent offrir les réseaux. Les adolescents eux-mêmes, directement impliqués, adoptent une position claire : plutôt que des interdictions aveugles, ils demandent une meilleure compréhension de leurs usages, et une prise en compte de la qualité des interactions en ligne, pas seulement du temps d’écran.

 

Une réponse politique encore en construction

En Suède, ces constats ont conduit le gouvernement à s’impliquer davantage dans ces questions. A l’instar de l’Australie ayant adopté une législation interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, faisant figure de laboratoire mondial, le gouvernement suédois à mandater un rapporteur chargé d’examiner les possibilités de mise en œuvre d’une limite d’âge pour l’accès aux réseaux sociaux. Les conclusions, attendues en novembre 2026, pourront ainsi donner lieu à des mesures de protection et de régulation concrètes.

La ministre de l’Éducation et de l’Intégration, Simona Mohamsson, affirme à ce sujet :

« Le combat contre les écrans et les algorithmes continue. […] Chaque élève de lycée passe environ 6,5 h par jour devant un écran après les cours. Nous en voyons les conséquences sous la forme de problèmes de santé mentale, de manque de sommeil et de résultats scolaires dégradés. »

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