Édition internationale

L’opéra « SOCKER » redonne voix aux oubliés de l’histoire à Elghammar

Le château d’Elghammar accueille ce week-end la première suédoise de SOCKER (SUCRE). Créée à La Havane en 2024, cette production internationale revisite L’Amant anonyme à travers le regard d’Anne, la mère de Joseph Bologne, Chevalier de Saint-Georges. Une œuvre qui réunit artistes suédois, français, cubains et caribéens.

Ensemble AZUCAREnsemble AZUCAR
Opéra SOCKER © Charlotta Huldt
Écrit par Jade Mary
Publié le 25 juin 2026

 

La production présentée à Stjärnhov du 26 au 28 juin s’appuie sur l’Amant anonyme, unique opéra complet conservé de Saint-Georges. Au cœur de SOCKER se trouve la figure de Joseph Bologne, Chevalier de Saint-Georges. Né en Guadeloupe au XVIIIᵉ siècle, fils d’un riche planteur français et d’Anne, une femme réduite en esclavage, il fut à la fois compositeur, violoniste, chef d’orchestre et escrimeur. Surnommé le « Mozart noir », il est aujourd’hui redécouvert comme l’un des grands musiciens de son époque. La metteuse en scène, productrice et chanteuse Charlotta Huldt a choisi d’en proposer une lecture contemporaine en déplaçant le regard vers le personnage d’Anne, la mère du compositeur.

 

« J’ai découvert la musique extraordinaire de Saint-Georges, mais j’ai aussi constaté que sa mère, Anne, était presque absente des récits historiques. J’ai eu envie de lui redonner une voix »

Dans cette adaptation, c’est donc Anne qui guide le public à travers l’histoire. Son récit mêle amour, courage, espoir et souffrance, tout en éclairant le contexte historique de l’esclavage et du commerce du sucre qui ont façonné une partie de la richesse européenne.

 

Quand l’opéra rencontre l’histoire coloniale

À travers la musique de Saint-Georges, SOCKER aborde également des thèmes plus larges liés à la mémoire coloniale. Le titre de l’œuvre fait référence au sucre, produit longtemps considéré comme un luxe en Europe mais dont la production reposait sur le travail forcé dans les plantations des Caraïbes. L’originalité du projet réside dans cette rencontre entre une comédie du XVIIIᵉ siècle et la réalité historique de la traite esclavagiste. Pour Charlotta Huldt, cette création est avant tout un travail de mémoire. « L’art permet de rendre visibles des personnes que l’Histoire a trop longtemps laissées dans l’ombre. », explique-t-elle.

 

Une résonance particulière en Suède

Après sa création en octobre 2024 lors de l’ouverture du Festival international Mozart de La Havane, SOCKER arrive aujourd’hui en Suède pour sa première représentation nationale. « Cette création arrive à un moment où la Suède redécouvre également son histoire coloniale. Notre opéra s’inscrit dans ce mouvement mais à travers la musique, le théâtre et l’émotion », souligne Charlotta Huldt. Le choix du château d’Elghammar n’est pas anodin. Avec son cadre historique et son architecture préservée, le lieu offre un écrin qui rappelle les salons européens où la musique de Saint-Georges aurait pu être jouée à son époque. Une manière de mettre en dialogue la beauté de cette musique avec les réalités historiques qui ont marqué son siècle.

 

Une distribution internationale

La production réunit des artistes venus de plusieurs horizons, notamment de Suède, de France, de Cuba et des Caraïbes. Parmi eux figure la soprano cubaine Anyelín Díaz Oviedo, déjà présente lors de la création à La Havane ainsi que Maria Llerena dans le rôle d’Anne. Bien connue du public suédois pour ses apparitions dans l’émission Hylands hörna. 

 

Informations pratiques :
Lieu : Château d’Elghammar, Stjärnhov
Quand : le vendredi 26, samedi 27 et dimanche 28 juin 2026
Plus d’information ici 

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