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La politique suédoise en matière de lutte anti-drogue

Par Louisa Karmoudi | Publié le 20/04/2018 à 07:00 | Mis à jour le 20/04/2018 à 10:22
Photo : tous droits réservés
No drugs - lutte anti drogue

En décembre dernier, la police suédoise durant une mission de reconnaissance a découvert 78kg d’amphétamines dans une voiture retrouvée au nord-ouest de Göteborg, sur l’île d’Hisingen. L’ensemble de la marchandise représentait une somme estimée à 20 millions de couronnes suédoises (environ 1 922 000 euros). L’affaire a parcouru l’ensemble des médias, rappelant la politique ultra restrictive en matière de lutte anti-drogue en Suède. La rédaction se penche aujourd’hui sur les mesures mises en place, à cet effet, par le gouvernement !

Le passage d’une politique permissive à une politique restrictive

La Suède fait partie des pays européens où la consommation de produits illicites reste relativement faible. Pour cause, l’existence même de ces substances et leur trafic sont considérés par les politiques gouvernementales comme l’un des plus graves problèmes sociaux du pays. Pourtant, la Suède n’a pas toujours porté un tel regard dans sa politique de lutte anti-drogue.

C’est à partir des années 1965 que la consommation de produits illicites tels que le cannabis, les amphétamines ou encore le LSD, s’est intensifiée. À l’époque, la question de la lutte anti-drogue n’était pas considérée comme un problème social profond. Entre 1965 et 1967, les personnes dépendantes pouvaient demander une ordonnance de morphine et d’amphétamines. La Suède avait alors mis en place une politique plus permissive dans le but également de réduire le taux de criminalité, mais le nombre de consommateur.trices n’a cessé de grimper. C’est à cette même période que le Parlement a changé radicalement sa position et redéfini une stratégie nationale.

Mise en place d’une stratégie nationale pour la lutte anti-drogue

La Suède figure parmi les cinq pays en Europe qui ont adopté un plan d’action global dans la prévention et la lutte contre les produits licites et illicites. Le rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies parle "d’une stratégie cohérente pour la politique en matière d’alcool, de stupéfiants, de dopage et de tabac" (et les jeux d’argent depuis janvier 2018). En 1965, un comité sur le traitement des toxicomanes a été formé, publiant plusieurs rapports dont le second a donné naissance en 1968 à l’adoption de la Loi sur les stupéfiants. Elle est la principale législation en matière de lutte anti-drogue et n’émet pas de distinction entre les drogues dures et douces. Les stupéfiants sont divisés en cinq catégories et la possession de substances illicites, son approvisionnement, sa fabrication et sa consommation représentent toutes des infractions (dont la peine varie selon les circonstances et la quantité). Depuis la création de cette loi, le gouvernement suédois organise de multiples campagnes anti-drogue dans les médias, dans les écoles et dans les entreprises avec comme objectif global celui d’une société sans drogue.

 

Lutte anti drogue en Suède
Photo : Guetty

Objectif zéro drogue

Le plan global de lutte anti-drogue est actuellement fondé sur trois grands piliers : la prévention, le traitement et les mesures de lutte. Les substances illicites étant perçues comme une menace pour la société, la Suède possède une structure qui a un rôle consultatif officiel en matière de politique anti-drogue. Cette fonction consultative est assurée la plupart du temps par des décideurs politiques et se traduit par la mise en place d’une stratégie nationale sur quatre ans (2016 à 2020) appelée : Alkohol Narkotika Dopning Tobak och Spel (ANDTS : alcool, narcotiques, produits dopants, tabac et jeux d’argent). Les instances politiques qui sont chargées de la mise en œuvre de cette stratégie correspondent à l’Agence nationale pour la santé publique (Folkhälsomyndigheten), les préfectures (Länstyrelser) ainsi que les communes. Le gouvernement verse chaque année à l’Agence nationale pour la santé publique une somme de 18,5 millions de couronnes suédoises pour appliquer sur le territoire les directives du plan global (les communes agissant localement).

Les mesures mises en place par le gouvernement

Pour atteindre une société sans drogue, le Parlement a mis en place différentes mesures dans le but de réduire le nombre de nouveaux.elles arrivant.es sur le marché. Ces mesures de prévention ciblent principalement les jeunes avec des contrôles réguliers d’urine et du sang, en encourageant les personnes dépendantes à renoncer à l’usage de substances illicites (par des soins et traitements), en réduisant l’offre et en augmentant les programmes d’échange d’aiguilles et de seringues dans les cliniques. Le gouvernement actuel tente de développer l’implantation de ces cliniques notamment en réformant un système autrefois géré par les communes qui planifiaient leur mise en place sur le territoire. Celles-ci pouvaient s’y opposer grâce à un droit de veto qui a été supprimé en janvier 2017. Désormais, ce sont les départements (Landsting) qui sont responsables des soins de santé et de l’ouverture de ces cliniques. L’objectif est de diminuer drastiquement les risques de contamination par le sida, les hépatites B et C, mais également de prendre en compte d’avantage une population marginalisée dont les besoins en termes de soins de santé et de soutien social sont importants.

 

Lutte anti drogue Suède
Photo : TT

La politique narcotique remise en question ?

L’idée d’une société suédoise sans drogue n’est pas (voir pas du tout) remise en cause par les partis politiques, les médias ou encore la population. Le consensus à la suédoise semble être de mise en matière de lutte anti-drogue. Critiquer les mesures gouvernementales peut même avoir des conséquences sur la vie personnelle et professionnelle des personnes osant s’opposer au système actuel. Selon un sondage de l’Union suédoise des toxicomanes, la moitié des Suédois.es considère que la possession et la culture de cannabis mériteraient la prison (Source : l’Express). Cependant, une partie de la société civile et plusieurs associations réclament une politique narcotique plus humaine.

La Suède fait aujourd’hui face à une augmentation importante du nombre des décès liés à l’injection de drogues. Nombreuses sont les critiques sur la prise en charge des personnes dépendantes et les discriminations qu’elles subissent. L’un des exemples le plus frappant est l’interdiction de la commercialisation d’un médicament d’urgence tel que le Naxolon permettant de sauver des vies en cas de surdose. Le gouvernement actuel a cependant fait une proposition cette année pour autoriser la vente de ce médicament sur le marché.

La lutte anti-drogue reste un domaine de la politique suédoise qui est source de controverses et un tabou prégnant dans de nombreux secteurs. Le gouvernement est bien déterminé à tendre vers une société sans drogue.


Informations complémentaires :

- Rapport sur la politique nationale en matière de drogue en Suède produit par le Comité sénatorial spécial sur les drogues illicites (Bibliothèque du Parlement, Canada) : https://sencanada.ca/content/sen/committee/371/ille/library/gerald-f.pdf

- Sweden’s successful drug policy : a review of the evidence, United Nations Office on Drugs and Crime : https://www.unodc.org/pdf/research/Swedish_drug_control.pdf

- L’article de l’Express : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/tolerance-zero-contre-la-drogue-un-succes-qui-coute-des-vies-en-suede_1510727.html

Louisa Karmoudi, 20 avril 2018

Louisa Karmoudi Suède

Louisa Karmoudi

Etudiante à Science Po Rennes en master JRE et passionnée par l'actualité internationale, la politique et la culture. Militante féministe et animaliste à ses heures perdues.
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