Édition internationale

Vincent Caure en Suède : "Tous les feux sont au vert entre Paris et Stockholm"

Vincent Caure, député des Français établis hors de France, a participé ce lundi a une première journée franco-économique à Göteborg. Entre enjeux de coopération franco-suédoise, attractivité du territoire et préoccupations concrètes des expatriés, cette visite s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux. Il s’agit de sa deuxième visite en Suède en l’espace de deux mois. Lepetitjournal Stockholm vous dévoile l’interview réalisée lors de sa précédente visite à Stockholm afin de revenir sur les temps forts de ce séjour nordique et les perspectives qu’il ouvre.

Interview petit journal Stockholm avec Vincent Caure Interview petit journal Stockholm avec Vincent Caure
Interview avec le député Vincent Caure à Stockholm. © Pierre Le Brigand
Écrit par Fabienne Roy
Publié le 26 mai 2026, mis à jour le 28 mai 2026

Lepetitjournal Stockholm : Vous êtes député de la 3ᵉ circonscription des Français de l’étranger, qui couvre le RoyaumeUni et l’Europe du Nord. Quels sont les objectifs de votre déplacement de trois jours en Suède, à Stockholm et à Göteborg ?  

Vincent Caure : Je m’astreins à venir en Suède tous les six mis car c’est une grande circonscription. J’ai été récemment au Danemark et au Groenland et j’irai pour le printemps en Norvège. Ce déplacement pour moi a deux grands objectifs, d’abord il y a un objectif général qui est un contexte international et de resserrement des liens entre Paris et Stockholm et entre Paris et les capitales de la région par ce que l’on partage énormément de choses sur les objectifs, sur ce que l’on veut porter à l’international, sur l’aide à l’Ukraine sur le soutien à nos amis danois au Groenland ou sur la situation plus récemment malheureusement au proche et au Moyen orient.

 

Et après il y a les sujets ou l’approfondissement de la relation bilatérale au service de la communauté française installée ici, je vous donne un exemple hier au était avec Stockholm Accueil sur des sujets de simplifications de la vie administrative et le midi avec les acteurs économiques de la Chambre de commerce pour voir ce qu’il peut être amélioré dans le fait de se faire se rencontrer les économies françaises et suédoises et à partir de ce soir et demain à Göteborg où il y a un projet d’école française porté par la maison des français de Göteborg avec qui on a travaillé, on avait déjà vu le maire de Göteborg il y a un an donc on va à nouveau voir les acteurs économiques et améliorer le portage du projet.

 

Que vous disent les Français de Stockholm et de Göteborg ? Quelles sont leurs premières préoccupations au quotidien ?

On vit une époque assez particulière dans le sens où comme vous et moi nous avons des préoccupations de nature administrative lié à notre vie, comment scolariser son enfant dans un établissement français, quel lien avec la France, si je veux revenir comme cela se passe, comment faire valoir les droits à la retraite. (..) C’est la vie administrative que l’on cherche toujours à simplifier, les ambassades, les consulats sont pleinement engagés dans cette démarche.

En même temps il y a aujourd’hui plus que je ne l’observais au début de mandat il y a deux ans, d’inquiétudes, d’interrogations, de témoignages des français sur des questions liées à l’international à la fois sur la position de la France, celle de la Suède, la solidarité entre alliés européens sur la question de l’Union européenne et de son approfondissement, sur la question où la Suède a répondu de manière positivement aux propos du président de la république sur la question de la protection nucléaire de nos partenaires européens et la dissuasion nucléaire française. 

 

Vous vous êtes déjà rendu à Göteborg pour soutenir le projet d’ouverture d’une école française. Où en est ce dossier aujourd’hui ?

Alors il continue sa préparation, d’abord ce que je veux dire c’est qu’il est porté. Pour avoir vu d’autres projets en Europe du Nord, je pense qu’il est porté par une équipe extrêmement solide, déterminée, et qui connait à la fois les forces du projet et les points d’attention à avoir. Donc c’est un projet qui est mûr, mature et ce n’est pas pour rien qu’il y a à la fois un regard bienveillant, de soutien, d’accompagnement de l’agence française pour l’enseignement français à l’étranger, de l’ambassade ici, du lycée Saint-Louis à Stockholm donc en fait il y a un alignement des planètes et des acteurs pour soutenir le projet. 

 

Interview de Vincent Caure par Fabienne Roy, pour le Petit Journal Stockholm à la résidence de France à Stockholm
Interview du député Vincent Caure par Fabienne Roy, pour le Petit Journal Stockholm à la Résidence de France à Stockholm. © Pierre Le Brigand

 

Dématérialisation, prises de rendezvous, délais pour les titres d’identité : qu’estce qui, selon vous, doit changer en priorité pour un Français installé à Stockholm ou à Luleå ? Et quels sont les projets en cours ?

C’est un sujet sensible, c’est certain, d’abord car c’est une manifestation concrète du lien que l’on entretient avec notre pays d’origine. Après comme beaucoup d’endroits au monde il y a eu un moment de tension forte sur les titres d’identité, après le covid, et la période liée à cette épidémie. Maintenant je pense qu’il faut partout aller plus loin avec les tournées consulaires pour rapprocher l’action consulaire des communautés françaises où qu’elles soient et pour essayer d’amener le service publique au plus près de concitoyens français et c’est quelque chose qui honore la France, tous les pays ne le font pas et cela démontre aussi la richesse et la capacité de notre réseau consulaire que je tiens à saluer.

 

Ensuite la perspective de moyen à long terme c’est sur laquelle j’ai les attentes les plus fortes, c’est que l’on pourra généraliser ce qui aujourd’hui est en test, en version béta, au Portugal, au Canada, on est déjà en train de l’étendre à d’autres pays qui est le renouvellement des titres d’identité en ligne. Cela marche bien, on le voit avec les français du Portugal et au Canada. (…) C’est quelque chose qui est très demandé.

L’État se modernise beaucoup ces dernières années. On peut toujours faire plus et dans les années qui arrivent on espère pouvoir généraliser par exemple le renouvellement des titres d’identités en ligne.

 

Sur la fiscalité des nonrésidents, quels sont aujourd’hui, selon vous, les points les plus injustes ou les plus incompris par les Français de Suède ?

Ma réponse est générale sur la fiscalité et pas uniquement aux français de Suède. Je pense relever les mêmes interrogations en Europe du Nord.

Ma réponse tient en deux point, d’abord il y a un contexte budgétaire et de situation des finances publiques : 

Assainissement des finances publiques : je sais que les suédois ont mené ce travail il y 30-40 ans de manière assez volontariste. J’avais d’ailleurs rencontré l’année dernière lors de ma venue à Stockholm l’ancien ministre des Finances suédois qui avait écrit un petit livre sur « Comment mener ses réformes ».

- Et ensuite, nous parlementaires des français de l’étranger, députés et sénateurs, nous sommes 11 députés et 12 sénateurs, on cherche à porter ces projets-là dans le projet de lois de Finance, on cherche à défendre les Français de l’étranger.

Ce que j’essaie d’expliquer c’est que pour les français de l’étranger nous sommes 11 voix sur 577 et qu’aujourd’hui parfois nos principaux chevaux de bataille sont de défendre l’existant, ce qui a été fait par le passé, les avancées construises et acquises plutôt que de vivre des reculs en arrière au regard de la situation à la fois politique et budgétaire française.

 

Et justement sur quels sujets travaillez-vous actuellement à l’Assemblée ?

Je fais partie de la commission des lois, qui travaille principalement avec le Ministère de l’intérieur de la justice en France, des sujets notamment régaliens, de criminalités organisées, de luttes contre le narcotrafic qui sont des sujets aussi qui font échos à ce que la Suède peut connaitre. Donc là-dessus il y a un travail de mise en perspectives et de voir ce qui a pu être fait en Suède et que l’on peut importer en France. Je sais aussi que la Suède regarde attentivement ce que l’on a pu monter à Paris récemment. Ce sont les thématiques sur lesquelles je suis investi :  Lutte contre la criminalité, le trafic de drogues et après il y a des sujets qui nous sont remontés au niveau de la circonscription.

 

Beaucoup n’ont pas forcément de traduction dans la loi mais certains en ont, par exemple j’ai déposé il y a 6 mois une loi au Sénat qui devrait être votée d’ici la fin du printemps pour nos concitoyens français qui avait étudiés la médicine au Royaume -Uni avant le Brexit.* Le Brexit intervient, ils sont diplômés, ils ont fait des études de médecine complètes dans les universités qui sont parmi les meilleurs au monde. Quand ils ont commencé leurs études ils pensaient que le cadre européen d’étude leur permettrait de venir exercer la médecine ici à Stockholm mais pour beaucoup ils souhaitent revenir en France. C’était un moment de leur vie, ils avaient fait le choix de se former à l’étranger et en fait on est dans un angle mort car ils n’ont aucune reconnaissance de leur diplôme britannique en France. (..) D’autres états reconnaissaient leur diplôme mais ils ne peuvent pas retourner dans leur pays où ils ont la nationalité pour exercer. Donc dix ans après le Brexit, cinq ans après l’accord de retrait du 31 décembre 2021, aujourd’hui on est en train enfin de régler cela, ce qui est une situation ubuesque.

*Depuis notre interview, la proposition de loi visant à faciliter l'exercice en France des médecins diplômés au Royaume-Uni avant le Brexit a été promulguée. 

 

Le deuxième versant de mes missions, c’est d’essayer quand je le peux, quand cela passe par la loi de porter des choses qui simplifient la vie de nos concitoyens installés en Europe du Nord. Il y a beaucoup de ces problématiques qui se concentrent au Royaume-Uni parce que c’est le pays qui a quitté l’Union européenne. Il y a des pays de la circonscription qui ne sont pas membres de l’Union européenne, comme la Norvège entre-autre, mais au Royaume-Uni il y a beaucoup de difficultés juridiques qui peuvent exister plus que pour les pays dont le cadre juridique n’a pas bougé ces dernières années.

 

Dernier point sur le contexte géopolitique, votre circonscription est en première ligne des grands dossiers européens : guerre en Ukraine, réarmement, sécurité énergétique. Comment ces crises se traduisentelles dans le quotidien des Français de Suède et quelles actions menez-vous actuellement ?

Je pense que dans la vie des français de Suède, ça se traduit parce qu’ils sont des français, des citoyens éclairés qui se tiennent bien au courant de ce qu’il se passe dans le pays où ils vivent à savoir la Suède ; que la Suède a fait des des choix politiques et géopolitiques importants ces derniers mois, ces dernières années. Le fait de rejoindre l’OTAN bien sûr est la principale manifestation de cela.

Mais je constate que l’État suédois et un État qui communique plus que la France avec ces concitoyens. La diffusion par exemple de ce livret qui est régulièrement mis à jour sur les comportements à avoir, sur ce concept de défense totale, de prise en compte qu’il faut informer la population sur ces risques ; je pense que c’est d’autant utile aux français de Suède et aux suédois mais cela doit nous français nous faire réfléchir sur ce que l’on ne fait pas à Paris et en France. La force des députés des français de l´étranger c’est aussi parfois convaincre nos collègues que nos voisins suédois font des choses que l’on peut regarder de manière extrêmement positive et importer en France.

 

Généralement la prise de conscience avec un risque, le risque Russe notamment avec l’Europe, elle est fonction de la distance avec la Russie et je crois bien que les opinions publiques, espagnoles, britanniques, françaises sont longtemps restées beaucoup moins alertes, au courant que ce pourrait être les opinons publiques suédoises, finlandaises, baltes sur ces questions.

 

Dans le cadre de ce mandat cela m’a amené à me rendre au Groenland récemment (..) Il y avait des messages à passer de solidarité, d’appartenance à un destin commun qui est l’Europe, et là-dessus la France et les pays de la région qui bordent la Baltique, les pays scandinaves, je pense – on vit un moyen où on est aligné sur beaucoup de choses que l’on veut faire ensemble.

 

La circonscription elle rassemble les pays de l’Europe du Nord, moi je ne penserai pas que l’on me poserait un jour la question (au Groenland) : qu’est-ce que ferait la France en cas d’attaque ? Parce que quand on s’expatrie en Suède, en Norvège au Danemark ou au Groenland on ne pense pas qu’il puisse y avoir une attaque, qu’elle soit russe ou américaine ou autre. Il y a vraiment un changement d’état d’esprit. Et le livret que diffuse le gouvernement suédois c’est quelque chose qui je pense devrait être amené en France.

À lire aussi : En Suède, remplir ses placards pour se préparer à la guerre

 

Pour conclure, y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer au-delà de tous les sujets abordés ?

S’il y a un message : je pense que l’on vit une époque où l’on voit à la fois un retour des empires, une progression des états autoritaires, des cadres internationaux qui semblent fragilisés et ne serait-ce que par les États-Unis bousculent eux aussi la scène internationale et je vois et je pense qu’il faut qu’on approfondisse les relations entre Paris et Stockholm, cela vaut pour toutes les capitales de la région mais particulièrement avec Stockholm.

 

On a en partage le respect des libertés, quelles soient individuelles ou collectives, un environnement favorable pour nos enfants, nos entreprises et pour la croissance économique, un attachement à une Europe Unie, avec une défense européenne capable. L’histoire nous a montré, la Suède a eu des champions historiques, SAAB a sû produire des avions pour préserver la neutralité suédoise, il y a aussi des grandes entreprises françaises, on partage cette volonté d’avoir une voix européenne et une voie, un chemin européen qui a les valeurs en partage. Encore une fois on a les conditions d’écrire un avenir, tous les feux sont au vert entre Paris et Stockholm.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos