Samedi 5 décembre 2020
Singapour
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TousAntiCovid et TraceTogether : lutte digitale contre le Coronavirus

Par Emma Dailey | Publié le 15/11/2020 à 14:30 | Mis à jour le 15/11/2020 à 14:30
Photo : @pixabay
trace together singapore

Le concept d’application mobile date des années 1990, cependant c’est à partir de 2007, avec le lancement de l’iPhone par Apple et de l’apparition des plateformes de téléchargement, principalement « App Store » et « GooglePlay », que le nombre d’applications a augmenté de manière fulgurante. Ces derniers mois, cette technologie a connu un nouvel essor du fait de la pandémie de COVID-19 avec pour chacune des applications des objectifs particuliers. Celle qui semble se développer considérablement aujourd’hui est celle qui permet l’identification de personnes ayant été en contact avec des individus porteurs du coronavirus. Aujourd’hui, environ quarante pays ont de telles applications en utilisation, dont la France et Singapour.

 

Ces applications traquent les contacts entre des personnes infectées par le coronavirus et les personnes non-infectées en utilisant la technologie du “Bluetooth” à basse consommation. Cette technologie permet d’enregistrer la proximité (et la durée de cette proximité) entre les téléphones portables des uns et des autres, et donc par extension la proximité des individus. Ainsi, si un utilisateur de l’application se fait diagnostiquer comme étant porteur du coronavirus, l’application envoie une notification d’alerte à toutes les personnes ayant été en contact ou proche de lui pendant les derniers jours, afin qu’ils se mettent eux aussi en isolation. Cette simple idée a le potentiel d’être extrêmement efficace si elle est mise en œuvre correctement. En effet, en mars, une étude par l’équipe du Professeur Christophe Fraser de l’université d’Oxford a démontré qu’une épidémie de COVID19 dans une ville d’un million d’habitants pouvait être empêchée si 80% des utilisateurs de smartphones téléchargent une application de traçage de contact. Il est entendu dans le modèle que les personnes à risques telles que les personnes âgées se confinent, tandis que les individus asymptomatiques ont à se confiner uniquement s'ils reçoivent une alerte de l’application.

 

trace together singapour
@Wikimedia

 

L’avantage de cette technologie par rapport à la localisation de personnes à travers l’utilisation de réseaux centralisés tels que la géolocalisation et la vidéosurveillance, est la minimisation de l’atteinte à la vie privée. Ainsi, une centaine d’organisations non-gouvernementales dont Amnesty International a exprimé leurs inquiétudes par rapport à ces nouvelles technologies qui pourraient instaurer de nouvelles infrastructures de surveillance au sein des sociétés. Il est d’autant plus important d’apaiser ces anxiétés par rapport aux applications, puisque le pourcentage de citoyens les téléchargeant est directement proportionnel à leur efficacité. Des contraintes technologiques s’imposent aussi. Ces applications ne fonctionnent qu’avec des smartphones ayant un système d’exploitation suffisamment avancé qui ne sont donc malheureusement pas à la portée de tous. De plus, ces applications, qui fonctionnent non-stop en arrière-plan, drainent très rapidement les batteries de téléphone. Pour toutes ces raisons, et comme beaucoup de pays, la France et Singapour ont du mal à voir leur application être téléchargée par une majeure partie de la population.

 

Le gouvernement français a d'abord développé une première application de traçage nommée StopCovid, qui a fait face à une résistance certaine. En effet, seulement 2,2 millions de Français l’ont téléchargée entre le mois de juin au moment de son lancement et le mois d’octobre alors qu’au Royaume-Uni, plus de 12,4 millions ont téléchargé NHS-Stop-Covid pendant les quatre jours suivant son lancement. Dans un entretien avec The Guardian, Cédric O, Secrétaire d'Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques, explique que la raison principale derrière ces chiffres est le timing : « L'application britannique a été lancée à un moment où tout le monde craignait un nouveau confinement, tandis que StopCovid a été lancé alors que tout le monde pensait que le virus était passé. » Le gouvernement a donc lancé une deuxième application nommée “TousAntiCovid” le 22 octobre 2020. Cette application elle, a eu beaucoup plus de succès, et a été téléchargée par environ 10% de la population française à ce jour. “TousAntiCovid” possède, en plus de sa fonction de traçage de contact, une deuxième utilité pour ses utilisateurs, intégrant dans sa version la plus récente l’attestation de déplacement dérogatoire, qui peut être présentée en forme de code QR aux forces de l’ordre pendant un contrôle. Cette nouvelle fonctionnalité motivera donc encore plus de téléchargements au sein de la population, ce qui à son tour augmentera l’efficacité de l’application. Pour plus d’information à propos du fonctionnement de l’application, rendez-vous sur le site gouvernemental.

 

Le ministère de la santé singapourien a aussi lancé le 20 mars 2020 une application de traçage de contacts nommé TraceTogether, signifiant « traçons ensemble ». A dater de cette semaine, environ 48% de la population nationale, avaient téléchargé l'application, une augmentation considérable par rapport aux 17 % de la population qui avaient téléchargé l'application en mai 2020. Cette hausse peut être en partie attribuée au fait que le téléchargement de l’application est devenu obligatoire pour tous les travailleurs immigrés et résidant dans les dortoirs à partir de juin 2020. Cette mesure a été mise en place suite à la croissance fulgurante de nombres de cas parmi ces travailleurs, dont les conditions de vie ne permettent pas la distanciation sociale. Le Gouvernement a dépensé SGD$2,4 millions pour le développement de l’application TraceTogether, 5,2 millions SGD$ pour le dispositif SafeEntry (un système de code QR pour accéder aux lieux publics) et SGD$6,2M pour le développement et l’achat des jetons TraceTogether. Malgré ces mesures, le nombre d’utilisateurs est resté en dessous des objectifs que le gouvernement s'était fixé. Au 2 novembre, environ 25 000 contacts proches de personnes infectées ont été détectés grâce à ce dispositif, parmi lesquels 160 se sont avérés positifs.

 

Pour résoudre l’une des principales barrières à l’utilisation de cette application par les citoyens, c’est à dire le fait que l’application n’est compatible qu’avec des smartphones avec des systèmes d’exploitation récents, le ministère de la santé a créé des « tokens » ou des « jetons », pouvant remplacer l’application. Ces tokens, qui sont reliés à chaque individu, doivent être portés lors de tous les déplacements et émettent un signal bluetooth, remplaçant donc ainsi l’application. Plus de 570 000 jetons ont été distribués dans les Community Centers depuis le 25 octobre. Ainsi, en cumulant les chiffres de téléchargement de l'application TraceTogether et le nombre de token distribués, plus de la moitié de la population à Singapour participent aux efforts de recherche des contacts du gouvernement. Finalement, même si ces chiffres peuvent paraître importants, le gouvernement a décidé de rendre les jetons ou l’application obligatoires pour tous à partir du 6 décembre. Singapour pourrait donc devenir le premier pays à faire adopter une application de traçage de contact par l’ensemble de sa population.

 

 

Emma Dailey

Emma Dailey

Franco-Américaine, Emma a passé plus de dix ans à Singapour. Après une licence en Sciences Sociales, focalisée sur les relations entre l'Europe et l'Asie, elle est actuellement étudiante en Master de Sécurité Internationale à SciencesPo Paris.
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