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La panthère des neiges, la belle ou la bête ?

Par Annig Huchet | Publié le 12/02/2020 à 14:15 | Mis à jour le 12/02/2020 à 14:15
La panthère des neiges

La panthère des neiges, aussi appelée léopard des neiges a fait cette année une entrée fracassante auprès du public après la parution du livre éponyme de Sylvain Tesson. Cette œuvre a obtenu le prix Renaudot en 2019. Il s’agit d’un petit bijou, magnifiquement ciselé par son auteur, à l’image de son sujet, merveilleux félin, symbole de force, de beauté et de mystère.

 

Mais quel est cet animal dont l’existence est largement ignorée ?

Le léopard des neiges fait peu parler de lui, car il est en voie d’extinction et vit dans un environnement éloigné des hommes et isolé dans le froid de l’Himalaya. A ce jour, on estime qu’un maximum de 5000 spécimens  vivent sur notre planète et que l’espèce a  diminué de 20% en moins de 20 ans. On évalue aussi que chaque année , 450 de ces animaux sont tués , soit par des contrebandiers, soit par des bergers soucieux de sauvegarder leur cheptel. Il s’avère en effet que  les peaux de cet animal rare ont une grande valeur marchande ainsi que leurs os, substituts des os de tigre pour leurs qualités médicinales.

 

A quoi ressemble la panthère des neiges ?

Il s’agit d’un félin de taille moyenne, un corps d’environ 1m ou 1,20 m, rallongé d’une queue de la même longueur. Cette queue a un rôle lié à l’habitat du félin. Les lieux de prédilection où vit la panthère étant situés dans les falaises, les pentes escarpées et la montagne située entre 4 et 5000 mètres d’altitude, cette queue sert  de balancier dans les reliefs tourmentes et permet aussi au félin de se protéger du froid dans la neige en l’enroulant autour de son corps pendant son sommeil (Les félins passent en effet 20 heures par jour à… dormir!).

La panthère des neiges se dissimule dans les rochers grâce à un pelage blanc-gris, avec des rosettes  noires, couleur de «poussière d’étoiles dorées» préciserait le poète. Ses grands yeux verts lui sont utiles pour chasser la nuit et sa musculature puissante lui permet d’attaquer même des yaks. Ses larges pattes lui donnent de la stabilité, même dans la neige profonde.

 

Depuis quand connait-on l’existence de ce superbe félin et où vit-il ?

On trouve une allusion à cette race de félin (« l’once ») dans un compte rendu de Buffon de  1761, mais sa première photo date de 1971. Une première vidéo est réalisée en 1987 par Rodney Jackson.

Sensiblement à la même époque en 1978 parait l’œuvre magnifique de Peter Matthiessen « The snow leopard » relatant sa quête du félin au Dolpo dans l’Himalaya. Il était accompagné du naturaliste George Schaller, également américain. Déjà dans cette œuvre le but initial de l’expédition, vouée à découvrir des animaux, évolue très vite vers la quête de soi-même et la recherche de l’absolu , attitude liée à une orientation bouddhiste des explorateurs.

On observe la même tendance chez Sylvain Tesson et chez son accompagnateur, le reporter photographe Munier. Très rapidement, leur recherche qui durera deux mois amènera les deux hommes à communier avec la nature sur ce plateau de Chamtang  situé au Tibet, au point de reléguer au second plan la recherche de l’animal au profit d’une introspection mystique liée à leur immersion totale dans l’univers minéral qui les enveloppe. Et pourtant le félin fabuleux et mythique apparaitra par trois fois aux yeux incrédules de nos deux aventuriers, suscitant un émerveillement sans bornes devant un tel miracle.

En effet, quelles sont les chances de croiser un animal qui n’existe que dans douze pays de la Sibérie à l’Himalaya (dont la Chine, l’Inde, la Russie, le Bouthan) et qui vit à 5000 mètres d’altitude, en solitaire, parfois à moins 20 ou moins 30 degrés, et dont la race s’éteint inexorablement ? Ce beau félin surnommé « le fantôme des montagnes » a-t-il voulu récompenser le courage des deux hommes ou tout simplement leur dire : « Vous qui ne faites qu’un avec la nature et qui avez déjà trouvé la joie dans l’effort et la communion avec la montagne, voici la vision suprême qui vous attendait ».

 

En ce qui me concerne j’ai eu l’occasion de rencontrer la panthère des neige une seule fois au court d’un voyage au Mustang il y a une vingtaine d’années; malheureusement elle était empaillée  et accrochée à une poutre dans un monastère, pendait lamentablement… tristesse et sacrilège… J’ai également constaté à plusieurs reprises, spécialement au Tibet,  qu’un morceau de pelage blanc tacheté de noir était hautement apprécié des autochtones  comme élément  décoratif au bas d’une manche ou sur une besace…

 

la panthère des neiges, sylvain tesson- Lire « la panthère des neiges » Sylvain Tesson ; «Tibet mineral animal » de Vincent Munier ; «La marche dans le ciel » de Sylvain Tesson.

- Relire la description de «l’apparition religieuse » p 106.

- A défaut de la panthère des neiges, admirer un « clouded  leopard »  au night safari de Singapour.

- Voir la représentation du snow leopard au musée des Arts asiatiques sur un « carre de mandarin » ornement d’une robe chinoise.

Bonnes lectures!

Annig Huchet

Annig Huchet

Après une trentaine d'années dans le commerce d’antiquités asiatiques à Singapour, Annig s'occupe de conseil et d'expertise dans ce domaine. Ses très nombreux voyages dans toute l’Asie lui sont une source d'inspiration pour ses écrits et ses conférences.
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