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THIERRY FALISE - 25 ans de photo journalisme en Asie

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 15/04/2013 à 22:00 | Mis à jour le 18/04/2013 à 12:21

Photojournaliste indépendant, auteur de nombreux reportages et livres sur l'Asie, particulièrement sur la Birmanie, Thierry Falise sera à Singapour du 13 au 18 mai pour présenter son dernier ouvrage Burmese Shadows et animer une mosaïque de conférences abordant l'expérience de l'Asie sous des angles variés.

Lepetitjournal.com - Depuis quand fréquentez-vous l'Asie ?
Thierry Falise - Je suis de nationalité Belge et vis à Bangkok depuis 1991. Mon premier voyage en Asie remonte à 1987. A l'époque j'étais journaliste à Associated Press, basé à Paris. Je ne faisais pas encore de photographie. A mes heures perdues cependant, je faisais des reportages incluant des photos que je vendais ensuite à des magazines. J'ai eu l'opportunité de réaliser un premier reportage sur les rebelles Karen en Birmanie. Bangkok est devenue ma base logistique, à partir de laquelle j'ai multiplié les voyages dans la région: Cambodge, Vietnam, Laos, Philippines? Au fil des expériences, il m'est devenu de plus en plus difficile de revenir à Paris. J'ai finalement décidé de quitter Associated Press et de changer de statut.

Pourquoi ce changement ?
Sur le plan journalistique, c'était me donner les moyens de voyager, de me balader, de travailler seul sur un sujet pendant plusieurs semaines. Un luxe impossible dans un desk où les journalistes traitent de quatre ou cinq sujets différents tous les jours. J'appréciais aussi de pouvoir associer deux manières de travailler très complémentaires : la photo, qui est avant tout un exercice manuel exigeant de la rapidité, et l'écriture.

Pourquoi l'Asie, plutôt que d'autres régions du monde ?
L'Asie du Sud-est est une région où il fait bon vivre et où il n'est pas, comparativement à d'autres régions, extrêmement difficile de travailler. Quand la situation devient dangereuse, il y a toujours des paliers d'avertissement avant que cela dégénère. J'ai été amené à travailler dans des situations très tendues. En Thaïlande par exemple, lorsqu'on se trouve au c?ur de scènes d'affrontement entre chemises rouges et chemises jaunes, on est rapidement pris à parti. Mais il y a toujours quelqu'un qui temporise, qui vous fait comprendre qu'il faut se retirer.

Au cours de ces 25 dernières années, vous avez été amené à rendre compte, comme journaliste, d'une Asie marquée par de nombreux conflits
En effet, mais ce qui m'intéresse, ce ne sont pas tant les conflits que les conséquences qu'ils ont sur les gens. En Birmanie, j'ai eu l'occasion d'accompagner presque chaque année depuis 1999 les commandos humanitaires créés, en 1990, par un ancien des forces spéciales américaines. Ces commandos, constitués avec des jeunes volontaires issus des minorités visent à apporter sécurité et assistance médicale aux paysans qui, par milliers, se cachent dans la jungle. Les commandos humanitaires s'attachent à récolter des fonds. Ils forment des gens aux techniques médicales d'urgence et lancent des équipes sur place, constituées de médecins, infirmières, cameramen? Lorsqu'on accompagne ces commandos sur le terrain, c'est évidemment passionnant : passionnant de marcher pendant des jours, de dormir dans la jungle. On est surtout le témoin direct des conséquences d'un conflit. Les paysans, qui sont obligés de se cacher, racontent des histoires épouvantables. C'est important de pouvoir passer du temps sur place pour comprendre. C'est un luxe qu'on n'a plus. C'est le privilège du journaliste freelance, même s'il a un coût : celui de ne travailler que de manière cyclique. Mais il y a l'excitation, la poussée d'adrénaline quand on trouve des idées, qu'on les propose et qu'on se met à travailler.

Quel regard portez-vous sur votre métier de photojournaliste ?
C'est un métier de dinosaure. Il n'y a plus de véritables débouchés. Il y a moins de place. Cela paie moins qu'avant. Et puis il y a la concurrence d'internet, avec des conséquences néfastes sur le métier parce qu'il participe à la publication d'une multitude de reportages qui sont à peine payés. Depuis 10 ans, les signaux se sont multipliés qui avertissaient que l'âge d'or allait se terminer et qu'il faudrait s'adapter. Aujourd'hui, il est nécessaire de faire plusieurs choses, de travailler en parallèle en faisant des piges, en travaillant pour des ONG ou en réalisant des portraits de chefs d'entreprise.

Est-il encore possible pour un jeune de se lancer dans cette forme de journalisme indépendant ?
Je ne veux surtout décourager aucune vocation. Mais il faut être réaliste. Le métier est différent aujourd'hui de ce qu'il était dans les années 1980-90. Les jeunes doivent être animés des mêmes qualités. Ils doivent avoir détermination, curiosité et entêtement. Il est important aujourd'hui de maîtriser parfaitement toutes les techniques nouvelles et notamment tout ce qui est lié à internet. Il faut sans doute être aussi beaucoup plus polyvalent et être capable de travailler dans tous les registres : écriture, photographie, vidéo et radio.

Avant Burmese Shadows, votre dernier livre, vous aviez écrit trois ouvrages dont une biographie, la première en Français, d'Aung San Suu Kyi. Comment avez-vous fait pour travailler sur une telle icône ?
Pour le livre sur Aung San Suu Kyi, c'est un travail que j'ai réalisé en 2006. Aung San Suu Kyi était en résidence surveillée depuis 2003. Je n'ai pas eu la possibilité de la voir à cette époque. Mais je l'avais rencontrée en 1996 et j'avais réalisé une longue interview avec elle dont j'ai pu reprendre beaucoup de citations. J'ai eu aussi accès à un ancien diplomate très proche d'elle pendant sa semi résidence. Comme c'était la première biographie en Français, j'ai bénéficié d'un véritable tapis rouge de l'éditeur qui m'a donné les moyens de travailler. J'ai  aussi rencontré, dans le secret le plus total, celui qui était le chauffeur d'Aung San Suu kyi en 2003, lorsqu'elle fut victime d'une tentative d'assassinat. Il m'a raconté comment leur convoi était tombé dans un guet-apens, comment il a, malgré tout, réussi à enfoncer un des barrages avec sa voiture?

Et Burmese Shadows ?
Burmese Shadows est surtout un livre de photos. Les textes sont assez brefs. L'ouvrage couvre 25 ans de reportages en Birmanie. L'angle aurait pu être de privilégier ce travail de journalisme clandestin, mais ce n'était pas l'objet. Le livre porte sur la vie quotidienne des Birmans. Malgré les conflits, la peur, la vie quotidienne a toujours continué en Birmanie. C'est d'elle dont je voulais rendre compte, même si c'est un sujet difficile à vendre. Le livre commence avec des sujets assez softs sur le bouddhisme et la vie quotidienne, mais la page d'ouverture présente un enfant qui tire de l'eau d'une pompe beaucoup trop grande pour lui, dans un terrain vague proche d'une mine de cuivre. Dans d'autres chapitres je parle des minorités, des conflits, des trafics de drogue. En 2007, je me trouvais à à Rangoon au moment des manifestations des moines. J'en ai rapporté une série de photos dont plusieurs sont dans le livre. Et puis il y a aussi les Birmans de l'extérieur, tous ces migrants réfugiés en Thaïlande, ou les Rohingyas, minorité musulmane réfugiée au Bangladesh.

Vous disiez qu'il est difficile de vendre des articles sur la vie quotidienne en Birmanie. Serait-ce que cela n'intéresse pas ?
C'est typique de la presse magazine occidentale (je ne parle pas des news). Il était très difficile de vendre des articles positifs sur la Birmanie avant l'ouverture. Aujourd'hui la situation s'est inversée. Les magazines ne veulent plus que du positif. J'ai travaillé sur des sujets tels que le football en Birmanie ou sur un Français qui exploite un vignoble en bordure du Lac Inlé. Longtemps il a été impossible de les vendre. Aujourd'hui on me les achète.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com-Singapour) mardi 16 avril 2013

Retrouvez les conférences & la séance de dédicace du livre Burmese Shadows dans notre agenda

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