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FLORENCE NOTTÉ - L’Asie en héritage

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 06/11/2012 à 00:00 | Mis à jour le 21/11/2012 à 15:29

De retour à Paris au terme d'une expatriation de quatre ans à Singapour, Florence Notté poursuit avec bonheur sa carrière de photographe. Elle vient de réaliser une exposition au Sénat et a conçu à Bordeaux un mur d'images remarqué. Florence nous parle de son retour en France, et de l'importance qu'a pris son parcours en Asie dans ses succès actuels, comme source d'inspiration et comme exigence d'épure et de sincérité dans son travail

Lepetitjournal.com- Vous êtes rentrée en France il y a un an. Comment s'est passé ce retour ?
Florence Notté - Très bien. L'ambiance en France est très marquée par la crise. Après la belle parenthèse de Singapour je m'attendais à un retour difficile. J'ai été heureusement surprise.  Je réalise que Singapour a été sur le plan professionnel un vrai booster. J'ai eu beaucoup de chance.

De la chance ?
En réalité beaucoup d'efforts, pour démarcher les galeries et faire connaître mon travail. Mais aussi la chance que mes photos plaisent.

Vous venez d'exposer votre travail au Sénat et avez récemment conçu une ?uvre monumentale à Bordeaux, comment avez-vous fait ?
Pour l'exposition au Sénat, ce n'est pas venu par relation. Il s'agissait d'un dépôt de dossiers. J'ai présenté un projet, "Passion Asie", conçu sur la base d'une sélection de photos tirées en très grand format (80 x 80 cm) sur aluminium, et j'ai eu le plaisir d'être retenue. L'exposition a eu lieu dans l'Orangerie du Sénat. Ce fut une véritable chance en termes de visibilité et de reconnaissance car l'exposition a attiré de 1.000 à 2.000 personnes chaque jour pendant 15 jours cet été.
Pour le mur d'image que j'ai réalisé à Bordeaux, il s'agissait d'une commande de la société Urbis Park à l'occasion de la Biennale de Bordeaux. La société me laissait carte blanche pour élaborer un mur d'images de 6X4 mètres. Compte tenu de son activité dans les parkings sous-terrain, il m'a semblé intéressant de mettre celle-ci en écho avec les entrailles de Shanghai, des photographies prises dans le souterrain qui relie, sous la rivière Pu, le Bund à Pu Dong.

Avec le recul, comment évaluez-vous ce que vous a apporté votre passage à Singapour sur le plan professionnel ?
Le book que j'ai pu réaliser à Singapour, parce que tout y est plus facile, a été un capital précieux au moment de mon retour en France. A Singapour, j'ai travaillé avec plusieurs chargés de communication, un luxe difficilement envisageable en France. Cela m'a permis de bénéficier d'une importante couverture presse et magazine. Cela m'a été très utile par exemple dans le travail que j'ai réalisé à Bordeaux où tout s'est fait à distance : les contacts avec la Mairie de Bordeaux ; le tirage des photos en lien avec une société de communication sur place. Je n'ai découvert le résultat final de mon travail que le jour de l'inauguration.

Sur quoi travaillez-vous aujourd'hui ?
Je prépare un cinquième ouvrage et je mène en parallèle plusieurs projets, qui peuvent d'ailleurs s'étaler sur des périodes de 3 à 4 ans. J'aime ça. Je ne suis pas à la recherche de la "photo exceptionnelle". Ce qui m'intéresse, c'est la déclinaison d'une idée. Mais à chaque fois, il faut un déclencheur, un cliché de départ : cette photo qui s'impose sans qu'on se pose de question.

Quel regard portez-vous sur l'Asie depuis votre retour ?
Pour moi ce que je retiens de l'Asie, c'est avant tout le Japon. J'ai eu un véritable coup de c?ur pour ce pays. Je rêve d'y repartir sac au dos, de temple en temple, avec pour seul viatique un bol et mon matériel photographique. C'est un pays dans lequel je me sens bien, comme si je lui avais toujours appartenu.  Singapour par comparaison aura surtout été une base pour voyager ailleurs en Asie : en Thaïlande, en Birmanie....

Comment cette Asie inspire-t-elle votre travail aujourd'hui ?
Plus que vers l'abstraction, mon travail est tourné vers le minimalisme, le graphique pur. Des "petits riens", qui font les bonheurs simples, en réaction avec ce monde de zapping. C'est tout le Japon. Lorsque je photographie un bouton de porte. Ce qui m'intéresse, c'est son épure. Je ne veux pas être submergée par les détails. Cela a l'air facile, mais c'est tout le contraire. Il s'agit de ne pas tricher.

La couleur continue-t-elle d'être une source d'inspiration ?
La couleur reste très présente. Tous mes portraits sont en noir et blanc. Je veux qu'ils communiquent le moins possible, qu'ils soient centrés sur l'attitude, l'émotion. J'utilise la couleur quand je photographie le détail, la dégradation de la matière.

Et en réflexion, qu'est-ce qui dans votre regard sur la France a été transformé par votre passage à Singapour ?
Plus que mon regard à moi, c'est le regard des autres sur mon travail qui a changé. Lors de l'exposition au Sénat, les gens étaient enthousiasmés par ce qu'ils n'ont pas sous les yeux, par cette Asie qui porte avec elle une part de rêve.
La photographie est un reflet de soi-même. Je cherche l'apaisement à titre personnel comme dans ma photographie.  A cet égard Singapour est dans le vrai pour beaucoup de choses : les massages, la réflexologie, ? par contraste avec la frénésie parisienne. Je veux être une photographe simple. La prouesse technique ne m'intéresse pas.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com-Singapour) mardi 6 novembre 2012

Lire notre article précédent (2010) ? Les obsessions créatrices de Florence Notté

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