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BENJAMIN DUBERTRET – Nouvel Ambassadeur de France à Singapour

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 13/10/2013 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Jeune, ouvert, familier des questions économiques et commerciales, Benjamin Dubertret  a pris récemment ses nouvelles fonctions d'Ambassadeur de France à Singapour et présentait le 25 septembre ses lettres de créances au président de la République de Singapour, M. Tony Tan. Il nous a fait le grand honneur de répondre aux questions du petitjournal.com

B DubertretLepetitjournal.com - Monsieur l'Ambassadeur, pouvez-vous nous parler du parcours qui vous a conduit aux fonctions que vous exercez aujourd'hui ?

Benjamin Dubertret - C'est, en ce qui me concerne, un parcours atypique. J'ai fait des études longues : HEC, interrompue par une année de césure pendant laquelle j'ai travaillé chez Rhône-Poulenc, puis Sciences Po et l'ENA, à l'issue de laquelle j'ai rejoint l'Inspection des Finances. Pendant 4 ans, comme Inspecteur puis auprès du Chef de l'Inspection, j'ai multiplié les missions sur des sujets aussi variés et techniques que la mise en œuvre des critères de performance dans le secteur de la Justice ou l'optimisation des flottes de véhicules de l'Administration.

Après quoi j'ai eu envie de voir le monde. J'ai fait toute ma scolarité dans une école bilingue. Une partie de ma famille, du côté de ma mère, vit en Grande-Bretagne, en Australie et en Nouvelle Zélande. Cela prédisposait à l'international. J'ai rejoint la mission économique à Pékin. J'y ai passé 2 ans, à une période passionnante pour la Chine. C'était avant les Jeux Olympiques de 2008. J'ai vu la Chine changer et s'imposer comme un acteur privilégié du nouvel ordre mondial. Plus prosaïquement, cela m'a permis de prendre la mesure des difficultés auxquelles sont confrontées les petites et grandes entreprises qui font des affaires en Chine, même si les fonctions que j'occupais m'orientaient, en l'occurrence, davantage vers les missions régaliennes, celles des grands contrats, en support à de grandes entreprises françaises.

A l'issue de cette mission, nous sommes rentrés, ma famille et moi, à Paris où j'ai rejoint, comme responsable des activités de prêts, la Caisse des Dépôts, puis directeur des fonds d'épargne, membre du Comité de direction. L'opportunité pour moi de me confronter à l'expérience de management opérationnel d'une équipe de 300 personnes, d'acquérir une expérience précieuse du fonctionnement et de l'environnement des entreprises et de me confronter à la problématique de l'investissement de long terme, d'autant plus stratégique qu'elle détermine les conditions de la croissance de demain.

Dans quoi faut-il investir pour engager une croissance durable ? Comment avoir des investisseurs financiers suffisamment stables dans le capital des entreprises pour soutenir leur activité de manière durable ? Le principe de base de la Caisse des dépôts, et ce qui fait sa valeur ajoutée, consiste à transformer une épargne à court terme, celle des livrets A, en prêts à long terme, certains pouvant atteindre 60 ans, pour financer le logement social, l'équipement des collectivités locales et le développement des Petites et Moyennes Entreprises, à travers la Banque Publique d'Investissement.

Comment se présente cette nouvelle expérience comme Ambassadeur de France à Singapour ?

Aujourd'hui je suis très heureux de repartir à l'étranger et de venir à Singapour, dans un poste certes différent du précédent, mais qui s'inscrit dans la continuité de mon engagement dans le service public. Singapour est un pays important, qui offre une position privilégiée pour observer. La cité Etat est très tournée vers l'économie et a, à son actif, d'indéniables réussites. Elle dispose, par exemple, d'un excellent système de pilotage des dépenses. Elle a le sens du long terme et la capacité à se projeter très loin en avant. Toutes choses qui en font un exemple, même s'il y a beaucoup d'aspects qui, pertinents à l'échelle de Singapour, ne sont pas transposables au niveau d'un pays comme la France. Singapour est aussi une place importante en termes d'opportunités d'affaires. Les entreprises françaises investissent à Singapour et Singapour investit en France, comme elle l'a fait récemment, dans le domaine du gaz, à travers le GIC (fonds souverain du gouvernement singapourien). Ce type d'investissement est d'autant plus à valoriser qu'il a, en France, un impact direct sur l'emploi.

Quels sont les terrains d'expression de la diplomatie entre la France et Singapour ?

Les relations entre la France et Singapour s'inscrivent dans le cadre du partenariat stratégique conclu l'an dernier entre les 2 Premiers ministres, MM Lee Hsien Loong et Jean-Marc Ayrault.  La coopération est caractérisée par l'excellence de la relation, au vu du nombre de choses qui se font déjà, et de la volonté d'aller un cran plus loin. La diplomatie économique figure en haut de la liste. Il y a également la Défense et le Culturel -Singapour est très intéressée par le modèle français en termes de politique culturelle-. Enfin il y a l'Education et la recherche de l'excellence, matérialisée par de nombreux accords entre des institutions en France et des universités à Singapour. Aujourd'hui il faut s'attacher à donner encore plus de chair à ce partenariat stratégique. C'est  aussi l'occasion d'échanger nos points de vue sur des problèmes globaux par exemple la situation de l'Asie du Sud-Est et de l'ASEAN, ou les problématiques de gouvernance mondiale - changements climatiques et gouvernance de la finance mondiale-. Il faut donner du grain à moudre à la relation et construire le meilleur cadre possible pour favoriser le commerce et les investissements. La visite en France, prochainement, du Premier ministre de Singapour, M. Lee Hsien Loong, s'inscrit en écho à la visite de Jean-Marc Ayrault à Singapour il y a un an.

Comment concevez-vous votre rôle vis-à-vis de la communauté française ?

C'est une communauté très dynamique, qui connaît une très forte croissance. Une situation qui n'est d'ailleurs pas spécifique à la France :  j'ai rencontré les représentants de nombreux pays européens qui m'ont dit la même chose. Les Français inscrits au consulat sont aujourd'hui plus de 10.000, ce qui en fait l'une des toutes premières communautés européennes de Singapour. Je tiens notamment à saluer le dynamisme de cette communauté et la solidarité qui existe entre ses membres.

L'Ambassade intervient vis-à-vis de cette communauté de diverses manières. Il y a d'abord les services consulaires (Etat civil, passeport, notariat ,…). Avec l'évolution démographique des Français qui s'installent à Singapour, il y a beaucoup de mariages et de naissances, mais également plus de difficultés particulières et de besoins de protection.  Il y a aussi des secteurs dispositifs clés évidents comme le Lycée Français, pour lequel un énorme chantier est en cours pour augmenter la capacité d'accueil, ou encore la Petite Ecole. Il y a encore d'autres institutions telles que l'Alliance Française, dont l'action sur le plan linguistique et culturelle est d'abord orientée vers les Singapouriens mais qui est aussi tournée vers les Français. Le soutien à la communauté française se fait encore au travers du support aux entreprises avec Ubifrance, les conseillers du commerce extérieurs, et toutes les actions de la Chambre de Commerce.

Que pensez-vous de l'image présentée par certains média d'un Singapour qui serait une forme d'eldorado ?

Il y a les deux aspects. Il y a la réalité d'un pays qui offre de vraies opportunités, où l'on peut s'installer … Mais il y a aussi des réalités dont les gens doivent être prévenus, notamment en ce qui concerne le coût de la vie. Cela coûte cher de vivre à Singapour. Pour certains, la réalité économique peut être paradoxalement plus difficile que dans d'autres pays de la région.  Singapour est un hub extraordinaire, mais les conditions de vie y sont matériellement exigeantes. Il ne s'agit bien sûr pas de décourager qui que ce soit, mais il faut s'assurer que les gens soient bien informés.

Vous aviez connu Singapour il y a quelques années pour vous y être déplacé à plusieurs reprises lorsque vous étiez à Pékin, quel regard portez-vous sur la cité Etat aujourd'hui ?

Cela a changé. C'est un lieu de croissance démographique très rapide, notamment par le fait de l'afflux d'étrangers. Le nombre des voitures a fortement augmenté. C'est un mélange extraordinaire : il y a la vitrine très occidentalisée et la réalité du pays, forcément plus complexe. C'est une ville facile à vivre, qui bénéficie d'un excellent cadre légal et offre un cadre familial confortable. Par ailleurs c'est sans doute un moment intéressant pour vivre à Singapour : quand la société singapourienne évolue et que le gouvernement cherche à mieux prendre en compte le phénomène.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 14 octobre 2013

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