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SENATEUR J.Y LECONTE - Les Français de l'étranger font pleinement partie de la communauté nationale

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 01/04/2014 à 14:00 | Mis à jour le 02/04/2014 à 01:49

Le sénateur PS Jean Yves Leconte était vendredi 14 mars à Singapour, dans le cadre d'un déplacement, le troisième en Asie cette année,  se poursuivant ensuite en Australie et en Nouvelle-Zélande. L'opportunité d'un échange sur les enjeux pour la France de maintenir un lien étroit et solidaire avec ses expatriés.

Jean-Yves Leconte est sénateur des Français de l'étranger depuis 2011. Diplômé de l'Ecole Centrale en 1990, il fait partie de ces Français qui, jeunes diplômés, sont partis à l'étranger dans le cadre d'un VSN (l'ancêtre du VIE), puis y sont restés.  Jean Yves Leconte a réalisé son VSN au poste d'expansion économique de l'Ambassade de France à Varsovie, en Pologne. Il y est resté en créant son entreprise, dans le domaine du conseil puis de la construction. Elu en 1994 à l'Assemblée des Français de l'Etranger, puis réélu en 2000 et 2006, il en était devenu en 2008 l'un des 3 vice-présidents (la présidence étant réservée au Ministre des Affaires Etrangères).

Les mouvements de départ à l'étranger sont largement décrits dans les média de manière pessimiste ou alarmiste, qu'on parle d'exil fiscal ou de fuite des cerveaux. Que faut-il penser des français qui partent à l'étranger? Est-ce une chance ou une menace ?
Jean-Yves Leconte ? C'est vrai qu'il y a beaucoup d'articles qui présentent la situation dans des termes alarmistes. Si la situation devait être envisagée comme une catastrophe, ce qui n'est pas la manière dont je vois les choses, j'observe que ladite "catastrophe" s'opère à un rythme deux fois moins rapide que chez nos voisins, les Anglais. S'agissant d'exil pour des motivations fiscales, le journal Le Figaro présente 2012 comme l'année de rupture à partir de laquelle un mouvement d'exil massif se serait engagé. Mais les chiffres montrent que la situation est à la fois plus ancienne et éminemment fluctuante. Et les motivations fiscales sont assez rares pour les jeunes plutôt à l'affût des opportunités.

On constate une forte croissance du nombre des français à l'étranger, faut-il s'en inquiéter ?

? En premier lieu, il faut rappeler qu'une grande partie des français vivant à l'étranger sont en Europe. C'est une conséquence directe de la construction européenne qui s'attache à favoriser la mobilité intracommunautaire. Faut-il le déplorer ? Il est aussi très bizarre de voir les avocats de la mondialisation se plaindre que de nombreux Français soient actifs dans le mouvement d'internationalisation de notre pays, alors qu'ils constituent des atouts pour celui-ci s'ils sont identifiés et constitués en réseau..

Toutefois il y a aussi des éléments plus préoccupants : celui, par exemple, des Français dont les parents sont issus de l'immigration et qui se trouvent confrontées de manière croissante à des situations de discrimination et qui quittent la France car ils n'y trouvent ni leur place, ni d'emploi même avec de beaux diplômes.

C'est poser la question de l'attractivité de la France ?
? C'est poser la question de la capacité de la France à rester la nation de tous ses habitants. Face aux départs à l'étranger, que peut-on faire ? Je pense que l'essentiel est de faire en sorte de maintenir le lien : faire en sorte que les personnes qui tentent l'aventure à l'international ne soient pas seules, mais qu'elles se sentent soutenues par la nation et qu'elles se vivent comme appartenant pleinement à la communauté nationale.

Il faut aussi donner aux intéressés la possibilité de servir le pays, leur offrir les outils leur permettant de transmettre leur culture à leurs enfants. Il s'agit d'organiser la possibilité, y compris pour ceux dont les frais de scolarité ne sont pas pris en charge par l'entreprise, de suivre un cursus dans une école française. Il s'agit enfin de mettre en place des réseaux de solidarité. Toutes choses qui relèvent du rôle des consulats.

A ce titre, la réforme de 2013*, créant des conseils consulaires et modifiant la composition de l'AFE, va-t-elle dans le bon sens ?
? Le résultat dépendra largement de la manière dont la réforme va être mise en ?uvre. La réforme se traduit par une multiplication par trois, à budget constant, du nombre des représentants élus et on passe de 54 à 130 circonscriptions. C'est une très bonne chose en termes de proximité. La loi présente un certain nombre d'avancées par rapport à la situation précédente sur le fonctionnement de l'Assemblée des Français de l'Etranger. Mais les décrets qui complètent la loi marquent des reculs, tant sur le fonctionnement des réunions consulaires que des moyens donnés aux élus pour réaliser correctement leur mandat. Tout dépendra finalement de la manière dont les conseils consulaires vont fonctionner et des évolutions réglementaires qui pourront être ensuite progressivement apportées.

Qu'est-ce qui est en jeu dans cette réforme, s'agit-il d'un transfert de compétences ?
? Non il n'y a pas de transfert de compétences. Il y a un enjeu de proximité et de légitimité. Aujourd'hui avec l'AFE, quand le représentant élu n'est pas disponible, il se fait représenter par un délégué local qui, n'étant pas élu, n'a pas de véritable légitimité. Avec le nouveau dispositif des conseils consulaires, cette légitimité sera plus évidente, puisque les élus seront sur place. Cela devrait permettre d'être plus près des réalités et de réduire les situations dans lesquelles il y a inadéquation entre les besoins localement et les sommes allouées par le gouvernement.

Comment percevez-vous la situation des Français à Singapour?
? Singapour a longtemps été considérée comme une exception.  De fait, il n'y a pas tellement de pays comparables à Singapour en ce qui concerne la composition sociologique de la communauté française, avec une forte proportion de hauts diplômés et d'expatriés ? La situation en Chine est partiellement comparable, mais elle est beaucoup plus récente. Il y a de plus en plus de Français à Singapour qui y résident sous statut de contrat local et pour lesquels certains frais exceptionnels comme l'éducation des enfants (11000 ? par enfant à Singapour), représentent un poste de dépenses très lourd qui n'est pas pris en charge par l'entreprise. Le coût de la vie est élevé et les pays voisins, comme la Malaisie, en font un argument pour proposer à des entreprises basées à Singapour de s'installer à Kuala Lumpur : promesse d'un environnement comparable à celui de Singapour, mais moins cher.

Comment s'exprime la spécificité de la gauche à l'international ?
? Cette spécificité peut se résumer en deux mots : ouverture et optimisme.  Pour nous ce qui est bon ailleurs n'est pas ressenti comme une menace. Au contraire, l'échange et le progrès sont des outils d'émancipation et d'anticipation. L'international est capable de renforcer la connaissance de notre propre identité.

S'agissant de la communauté des français vivant à l'étranger on doit constater avec satisfaction que ses comportements politiques sont identiques à ceux de l'hexagone, ce qui veut dire qu'elle n'en n'est pas coupée. Les résultats lors des élections en sont la traduction évidente, avec des manières de voter sur le plan national et à l'étranger qui restent très cohérentes entre elles, même si il subsiste un léger décalage au bénéfice des votes à droite, mais qui se réduit avec le temps.

Lorsque j'étais intervenu au Sénat lors des débats sur la réforme des institutions consulaires, j'avais inscrit mon intervention dans la perspective du rôle déterminant qu'avaient joué les Français dans la libération du pays. L'organisation de la représentation des Français à l'étranger, avec le CSFE, sous la Quatrième république, était la traduction directe de ce constat. Aujourd'hui l'enjeu est de retrouver les liens pour que les gens participent à la vie du pays, à son redressement. Beaucoup sont en position d'attente. Quand je vais aux Etats-Unis, le profil type des personnes que je rencontre est celui de chercheur. Ils me racontent ce qu'ils font, pourquoi cela n'a pas été possible de le faire en France?

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour)

? La loi du 22 juillet 2013 a consacré la création de conseils consulaires auprès de chaque ambassade ou poste consulaire. Les Français de l'étranger sont appelés à voter le 25 mai 2014 pour élire leurs délégués à ces conseils consulaires. 4 Conseillers sont à élire dans la circonscription de Singapour.  (Voir aussi l'article LPJ du 3 décembre 2013.)

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