

Une Semaine Javanaise qui se déroulera du 21 au 25 février, abordera sous forme d'une exposition, conférence, spectacle de danse et projection de film les mythes qui entourent le volcan Merapi à Java et la culture de son peuple. Basée sur les travaux de la journaliste et écrivaine française Elisabeth D. Inandiak que nous avons rencontré, elle nous donne un avant goût de cette semaine un peu particulière
L'Alliance Française de Singapour mettra à l'honneur durant une semaine la culture javanaise organisée en collaboration avec la journaliste et écrivaine française Elisabeth D. Inandiak. Au programme : une exposition Merapi: Beyond the Myths par l'artiste indonésien contemporain Heri Dono, une conférence ouverte à tous sur la vie et la culture indonésienne, un spectacle 40 Nights and One of Rain interprété par le danseur Didik Hadiprayitno et la projection du film : Sang Penari (The Dancer), primé par la critique.
Le Petit Journal.com- Pouvez-vous nous dire comment est né le projet d'Une semaine javanaise et pourquoi la présenter à Singapour ?
Elisabeth D. Inandiak ? Je me suis installée à Yogyakarta il y a 20 ans passant le plus clair de mon temps à la périphérie de la ville, à proximité du Mont Merapi. En octobre 2010, le volcan est entré en éruption entrainant l'évacuation de 100.000 habitants et causant la mort de 350 personnes et plus de 150 blessés. Parmi les victimes se trouvait Mbah Maridjan, le gardien du volcan, qui avait refusé d'évacuer son village de Kinahrejo détruit par une nuée ardente. Avec un cercle d'amis, nous avons assisté quatre cents survivants de ce village qui ont réussi à s'acheter une nouvelle terre, plus loin du sommet pour reconstruire leur nouveau village, tout en restant souverain sur la terre de leurs ancêtres. En mémoire à la culture de ce peuple, à ses traditions et à ses mythes, la Semaine Javanaise raconte cette aventure à travers l'art et la littérature sous sa forme la plus réaliste.
De part sa situation géographique, Singapour est aux portes de l'Asie. C'est un hub touristique, une étape incontournable entre l'occident et l'orient. Des liens historiques existent entre l'Indonésie et Singapour. Java dispose d'une immense culture et mérite d'être mieux connue au delà de Yogyakarta reconnu comme centre de l'art classique javanais et de la culture traditionnelle comprenant le théâtre d'ombre wayang kulit, le batik, le ballet, le théâtre, la musique, la poésie.
L'exposition, Merapi: Beyond the Myths présentée par l'artiste indonésien contemporain Heri Dono va dans ce sens ?
En effet. A travers cette exposition, Heri - qui avait illustré mon livre Le Banian Blanc - a intégré les rituels traditionnels javanais. L'exposition présentera cinq installations composées de briques, de réservoirs d'eau et de sable, ainsi que 40 dessins et 13 peintures en se concentrant sur les personnes et les croyances de la région volcanique du Merapi. « Ce qui rend Yogyakarta spécial, c'est cette combinaison d'esthétique intellectuelle et artistique », aime t-il déclarer. Le cahot de la terre pousse les gens à devenir artiste et les artistes indonésiens restent centrés sur les sujets et le contexte local, - des problèmes aussi fondamentaux que de faire face aux tremblements de terre et des volcans. L'art, la culture et le peuple sont liés, l'art n'existe jamais pour soi-même. Les artistes sont devenus les médiateurs. Il faut rappeler que la liberté artistique est récente après des décennies passées sous la répression du régime miliaire du Général Suharto. En 1992, Heri avait réuni un ensemble de fossoyeurs pour danser devant le palais du Sultan, à Yogyakarta, dans une critique audacieuse du gouvernement. Il avait pris un risque énorme. C'est un artiste que j'affectionne particulièrement.
Quels sont les thèmes que vous aborderez lors de la conférence ?
En 2010, suite à la crise du Merapi, nous avons mis en place un projet d'aide humanitaire fonctionnant sur le microcrédit et impliquant les villageois dans le cadre de la reconstruction. Il faut savoir que ce n'est pas une fatalité, les habitants sont conscients de vivre sur une zone sismique. C'est à la population de s'adapter à ces phénomènes, en faisant preuve de créativité et d'intelligence. Ils doivent trouver des solutions pour mener une vie sans trop souffrir. On parle de catastrophes lorsqu'il y a des pertes humaines. L'association Yayasan Bhakti Total For Indonesia Lestari qui a été fondée par certains employés de Total E & P Indonésie en 2008 et la Fondation DANONE seront également présents et rendront compte de leurs actions en Indonésie en faveur du développement culturel et social. Un débat s'ensuivra avec le public.
Le spectacle de danse 40 Nights and One of Rain est adapté de votre livre Les Chants de l'île à dormir debout ? Le Livre de Centhini * publié en 2002. 500 pages résumées en 1h, un défi ?
Le spectacle correspond à la version indonésienne du livre Quarante et Une Nuits de pluie qui est une traduction d'un extrait des Chants de l'île à dormir debout et qui rassemble les strophes contant la lune de miel d'Amongraga. Pour atteindre l'extase, il enseigne pendant quarante nuits à son épouse, Tambangraras, l'essence de l'amour, sans immédiatement s'accoupler. Le danseur indonésien Didik Hadiprayitno, plus connu sous le nom de Didik Nini Thowok sera sur scène à l'occasion de deux représentations. Il est actuellement considéré comme l'acteur le plus célèbre de l'Indonésie et poursuit la longue tradition de transgenre de la danse. Ses créations chorégraphiques allient humour, danse classique et moderne, et des danses traditionnelles telles que le Topeng (masque de danse), ainsi que les danses de Bali et de Java. Un moment pur et merveilleux qui nous l'espérons touchera le public.
Un mot sur le film primé Sang Penari (The Dancer) ?
Personnellement, je n'ai pas vu le film mais on ne peut que saluer l'initiative du réalisateur Ifa Isfansyah car il aborde plusieurs thématiques : à la fois le coté politique avec la propagande communiste, la religion avec la chasse aux sorcières et la sexualité avec les danseuses glamour des années 1960. Un très grand film indonésien que la critique a plébiscité. A découvrir !
Propos recueillis par Carole Chomat (www.lepetitjournal.com-Singapour) mercredi 15 février 2012
*Pendant cinq années, aidée par l'ambassadeur de France en Indonésie et assistée par une truculente lettrée javanaise, Élisabeth plonge elle-même dans l'incroyable saga dont elle restitue la quintessence en français. Les chants de l'île à dormir debout rassemble donc douze livres en un seul. Bien mieux qu'un résumé du Livre de Centhini, resté mystérieusement méconnu du reste du monde depuis sa rédaction, il y a deux siècles- il s'agit d'une miniature, d'un bijou, condensant, avec une poésie rigoureuse et pleine d'humour, la folle quête mystique et érotique des derniers sultans soufis de Java - Courrier International.

















