Qui n’a pas entendu parler de Heated Rivalry, ce phénomène qui a pris d'assaut le monde entier. Entre rivalité sportive et romance intense, la série canadienne Heated Rivalry, portée par les communautés de fans en ligne, s'est imposée comme un phénomène inattendu auprès des internautes chinois.


Un succès inattendu en Chine
Lorsque la Chine a accueilli les Jeux olympiques d’hiver en 2022, le président Xi Jinping évoquait l’entrée du pays dans une « nouvelle ère des sports de glace et de neige ». Depuis, certaines disciplines comme le ski ont connu un véritable essor, notamment grâce à la championne olympique Eileen Gu. Le hockey sur glace, lui, reste encore relativement confidentiel dans le pays, loin derrière le football, le tennis de table ou le basket-ball.
C’est pourtant autour de cet univers qu’une série canadienne connaît aujourd’hui un succès inattendu. Heated Rivalry, qui raconte la relation complexe entre deux joueurs de hockey — le Canadien Shane Hollander et le Russe Ilya Rozanov — s’est hissée parmi les séries étrangères les mieux notées sur Douban, la plateforme chinoise de critiques culturelles. Elle y figure régulièrement aux côtés de productions internationales populaires comme Stranger Things ou Emily in Paris.
Un succès porté par les fans
La popularité de la série s’est surtout construite grâce aux communautés de fans sur internet. Heated Rivalry n’étant pas disponible officiellement sur les plateformes de streaming en Chine, sa diffusion s’est faite principalement par le bouche-à-oreille, les forums de discussion et les réseaux sociaux.
La série trouve notamment un écho particulier auprès des lecteurs et lectrices de danmei, un genre de fiction très populaire en Chine qui met en scène des romances entre personnages masculins. Le succès de ces récits s’explique aussi par le public qui les lit. Si certaines lectrices apprécient ces œuvres pour leur intrigue ou leur dimension romantique, beaucoup expliquent s’y tourner parce qu’elles offrent une vision de la relation amoureuse différente de celle souvent présentée dans les romances traditionnelles.
Selon Aiqing Wang, maîtresse de conférences à l’Université de Liverpool et spécialiste de la culture populaire chinoise, ces histoires permettent notamment d’explorer des formes de relations perçues comme plus égalitaires, dans un contexte où les attentes sociales autour du mariage et de la famille restent fortes. Cette dimension contribue aussi à expliquer pourquoi Heated Rivalry attire un public féminin important dans de nombreux pays.
Le phénomène Boys’ Love
L’engouement autour de la série s’inscrit dans un phénomène culturel plus large : celui du Boys’ Love (BL), un genre de fiction centré sur les romances entre personnages masculins qui s’est développé en Asie depuis plusieurs décennies. Né dans les mangas japonais dans les années 1970 avant de se diffuser dans la littérature, les séries télévisées et les plateformes numériques, le BL possède aujourd’hui une immense communauté de fans dans toute la région.
Au fil des années, ce genre est devenu une véritable industrie culturelle. En Thaïlande par exemple, le secteur devrait générer plus de 4,9 milliards de bahts (environ 155 millions de dollars) d’ici la fin de 2025, porté par de nombreuses séries télévisées. En Chine, les plateformes de streaming ont acquis les droits de nombreux romans danmei, certains vendus pour plusieurs millions de dollars.
En attendant la deuxième saison de Heated Rivalry, prévue pour 2027, les discussions et créations de fans continuent de se multiplier en ligne. Et la série pourrait bien avoir un effet inattendu : susciter la curiosité pour le hockey sur glace auprès d’un nouveau public. Plusieurs fans expliquent avoir découvert ce sport grâce à la série et envisagent désormais de regarder des matchs — un intérêt qui semble particulièrement marqué chez les spectatrices.
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