Édition internationale

LE PETIT PRINCE - Le film vu par les Chinois

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Par Alexandre Pouilly

Le film, basé sur le conte d'Antoine de Saint-Exupery, est dans les salles obscures chinoises depuis deux semaines. Le succès est, sans surprise pour une ?uvre mondialement connue, au rendez-vous. L'unique question est : qu'en pensent les Chinois ?

Le Petit Prince n'est pas n'importe quelle oeuvre : avec près de 150 millions d'exemplaires vendus dans le monde et sa traduction en 270 langues et dialectes différents, il demeure le livre le plus vendu et le plus traduit au monde après la Bible ! De plus, son intégration dans les programmes scolaires de nombreux pays contribue à la notoriété remarquable de l'ouvrage.

Les Chinois sous le charme

Le Petit Prince est doté d'une force incroyable qui est celle de toucher tout le monde : petits et grands de toutes nationalités. Les Chinois ne dérogent pas à cette règle : dans l'ensemble, tous ont confié un réel enchantement, une "formidable impression de revenir en enfance". "Selon moi, l'histoire me fait comprendre qu'il est important de toujours garder une part d'enfant en chacun de nous. De nos jours, la quasi-totalité des personnes vivent une vie pré-programmée, ce qui est vraiment triste. Ce film est donc très bon dans le sens où il permet de réfléchir par rapport à la signification de la vie", nous dit Jun, Shanghaïen de quarante ans. Une professeure de mandarin remarque qu'"il y a beaucoup de belles phrases qui ont l'air simples et évidentes, mais qui disent des vérités importantes sur la vie. Ainsi, le moment où le Renard parle de l'importance d'être responsable envers les autres, au travers de la relation entre le Petit Prince et la Rose, est vraiment quelque chose que les gens oublient souvent". Cette petite histoire du Petit Prince et de la Rose (avec la voix de Marion Cotillard dans le film) est sans conteste le moment préféré de tous les interviewés et nombreux sont ceux qui déplorent un passage trop court dans le film.

"Le Petit Prince habite sur une petite étoile. Tout le monde connait cela quand il est petit : vivre dans son propre monde. Il est nécessaire de préserver notre étoile, comme le prouve la fin du film avec le mauvais monde que représente la planète des adultes", poursuit la professeure de mandarin. En effet, vers le dénouement de l'histoire du film, nous nous retrouvons sur une planète où les enfants n'existent pas, où les adultes ne font que travailler et apparaissent résignés à une vie sans loisirs et sans rêves, où les capitalistes sont les rois du désenchantement du monde et où même le Petit Prince devenu grand ne croit plus dans l'avenir. Cette vision, qui est volontairement une dénonciation de la situation actuelle, est "une idée qui apporte beaucoup à l'histoire du film en complétant celle du livre". D' autres personnes ont fait part aussi de la "très bonne musique", mélangeant des airs célèbres de Charles Trenet et des chansons de la chanteuse Camille, aux musiques de Hans Zimmer, l'un des plus grands compositeurs de musique de film au monde.

Mais aussi des critiques?

Le Petit Prince étant une oeuvre majeure, nombreux sont ceux qui l'ont lu. La même phrase de la part de ceux-ci revient sans cesse : "Le livre reste largement meilleur"; ou même pour ceux qui ne l'ont pas lu : "On m'a dit que le livre était vraiment mieux". La comparaison avec un chef-d'oeuvre est toujours rude. Jiahua, originaire du Dongbei, est assez sévère : "Ils auraient dû s'en tenir à l'original. Ce film est trop "hollywoodien"". La critique est répétée par plusieurs autres : "C'est dommage que ce ne soit pas français". Cette critique injuste provient du fait de la non-visibilité de l'identité tricolore au générique de fin et dans la langue choisie (l'anglais). Néanmoins, bien que les principaux responsables du film, dont le réalisateur Mark Osborne, soient Américains, ce film demeure, du fait de l'engagement (un budget colossal de soixante millions de dollars et neuf ans de travail !) du producteur Dimitri Rassam (fils de l'actrice Carole Bouquet), profondément français.

Toutefois, il faut préciser que cette participation d'Américains à la réalisation du Petit Prince est historiquement justifiée : en effet, Le Petit Prince est né sous la plume de Saint-Exupéry aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale, au moment où, protégé par eux, il tentait de faire entrer les Etats-Unis dans le conflit et possédait auprès des plus hauts responsables américains une influence supérieure à celle du général de Gaulle.

Le film préserve la poésie de l'histoire originale, tout en introduisant de la modernité avec une autre histoire venant englober la première. Les techniques d'animation utilisées marquent également cette distinction, avec des images de synthèse et du stop-motion. Le tout est une belle réussite et a valu au film de faire partie de la sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes cette année. Le Petit Prince est donc une oeuvre qui ne cesse d'émouvoir les Chinois et, même étant la cible de quelques critiques, le film participe de cet engouement pour ce personnage attachant capable de transmettre des valeurs essentielles et participe aussi de l'image élégante de la culture française dans le monde.

Alexandre Pouilly lepetitjournal.com/shanghai Vendredi 30 Octobre 2015

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 29 octobre 2015, mis à jour le 6 janvier 2018
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