La Chine isolée pour son bien ?

Par Le Vent de la Chine | Publié le 05/09/2022 à 17:30 | Mis à jour le 06/09/2022 à 13:35
la chine vue de l'espace

Dalian, Shenyang, Tianjin, Chengdu, Shenzhen… Tour à tour, les grandes villes de Chine se retrouvent prises au piège de l’implacable stratégie sanitaire du "zéro covid", contraintes de décréter un confinement total ou partiel, et des dépistages quasi quotidiens pour quelques dizaines ou centaines de cas de Covid-19.

A l’approche du XXème Congrès du Parti qui s’ouvrira le 16 octobre, les dirigeants veulent à tout prix éviter de reproduire le fiasco du confinement de Shanghai qui a duré huit longues semaines au printemps dernier. Et à ce jeu, tout le monde sait qu’il vaut mieux en faire trop que pas assez… Au Tibet et à Hainan, autres récents foyers épidémiques, plus d’une centaine de petits cadres ont été limogés ou punis pour négligence, manière pour leurs supérieurs de prouver leur loyauté au Président Xi Jinping.

Aucun doute, la politique « zéro Covid » reste la priorité n°1. Mais pour combien de temps encore ? C’est la question qui est sur toutes les lèvres. Les prédictions ne cessent d’être repoussées : « après les Jeux Olympiques d’hiver en février », « après le XXème Congrès », « courant 2023 »…

 

La Chine, renfermée sur elle-même jusqu'à un vaccin chinois 100% efficace ?

 

Il faut dire que rares sont ceux qui avaient prédit que la Chine pourrait rester isolée du reste du monde aussi longtemps. C’était sous-estimer la détermination du leadership chinois, convaincu que le monde a davantage besoin de la Chine, que la Chine a besoin du reste du monde.

Dans ces conditions, il n’est pas exclu que la seconde puissance économique mondiale reste renfermée sur elle-même encore un petit bout de temps. Tant qu’un vaccin « made in China » plus efficace n’est pas mis au point et que le taux de mortalité lié à la Covid-19 ne chute pas ailleurs dans le monde, Pékin pourrait se montrer inflexible.

Preuve en est : les experts de santé chinois ont beau présenter des solutions permettant au pays de sortir de son isolement (augmenter le taux de vaccination des personnes âgées, améliorer l’accès aux médicaments antiviraux et la capacité d’accueil des hôpitaux…), le progrès en ces domaines est quasi nul, faute de véritable volonté politique. Pour Xi Jinping, qui a lié la réussite de cette politique sanitaire à sa propre légitimité, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

 

En Chine, l’économie suffoque et la population perd patience

 

Sous cette perspective, il devient clair qu’un revirement n’arrivera pas du jour au lendemain, et en aucun cas juste après le XXème Congrès, ce qui pourrait être interprété comme une perte de face pour le « leader du peuple ». Il est plus probable d’observer un assouplissement progressif, à l’instar des ajustements mineurs observés ces derniers temps (retour des étudiants étrangers inscrits dans les universités chinoises, fin de l’exigence des tests sanguins avant de prendre l’avion, réduction de la durée de la quarantaine, révision du mécanisme d’annulation de vols…). Mais à ce rythme, détricoter toutes les exigences mises en place pourrait prendre des mois, voire des années…

En attendant, l’économie suffoque et la population perd patience. Jusqu’à présent, les Chinois soutenaient massivement cette stratégie isolationniste qui les a préservés d’un dangereux virus sans trop bouleverser leur vie quotidienne. Mais maintenant que leurs revenus sont affectés par le ralentissement économique provoqué par les nombreuses restrictions sanitaires et confinements à répétition, ils sont de plus en plus nombreux à questionner la pertinence du maintien de cette stratégie sur le long terme.

 

En Chine, des décisions prises par des dirigeants désireux de préserver leurs règnes et leurs intérêts

 

Cette question a resurgi à travers une controverse suscitée par la récente publication d’un article académique dans une prestigieuse revue officielle consacrée à l’histoire. Dans cette étude, des chercheurs prennent la défense des politiques isolationnistes (闭关锁国, bìguān suǒguó) pratiquées sous les dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912), arguant qu’elles avaient été mises en place pour « contrer les forces coloniales étrangères » et défendre « l’intégrité territoriale et culturelle » du pays.

Cette remise en question de l’interprétation historique officielle, présentant ces politiques comme la cause du déclin de l’Empire du Milieu à cette période, a fortement fait réagir les internautes, qui soulignent que ces décisions ont été prises à l’époque par des dirigeants désireux de préserver leurs règnes et leurs intérêts. Or, ne dit-on pas que l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement ?

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'édition Shanghai.

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