Édition internationale

DES CHINOIS A LA CAMPAGNE - Le retour à la terre

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 juin 2016

De Gaëlle Déchelette

Dans les années 1980 un exode rural massif a été amorcé en Chine, bien que contrôlé par le système du Hukou. Ce phénomène a pris de l'ampleur et de plus en plus de ruraux sont venus tenter leur chance à la ville, délaissant les campagnes et les champs. Mais désormais c'est l'inverse qui se produit, avec de plus en plus de jeunes urbains tentés par le retour à la terre.

Vivre au naturel

Que ce soit pour des raisons idéologiques (lutter contre la pollution) ou suite à une crise (maladie), de plus en plus de Chinois sont attirés par le « naturel ». La vie simple et idéalisée de la campagne, les produits frais, la nature, l'air pur. Que ce soit pour une journée, ou pour la vie.

Mais les Chinois ont une vision différente du « naturel » de nous autres Occidentaux. Pour nous, naturel rime depuis les années 2000 avec l'agriculture biologique, qui respecte certaines normes. En Chine, cette notion d'organique (??youji) qui est un concept importé de l'étranger, peine à s'implanter, et les Chinois se réfèrent plutôt au terme ??ziran, soit « naturel ». Ziran, c'est vivre en harmonie avec la nature, c'est-à-dire revenir à des choses simples et pures. Des aliments frais et sans additifs, une culture sans pesticides. Quand les expatriés vivant en Chine s'inquiètent de la pollution du sol et de l'eau, les Chinois adeptes du naturel pensent de manière globale et ils ont raison ! Le produit bio importé depuis l'autre bout de la planète a un impact bien plus négatif sur la nature que le produit chinois naturel produit sur place.

Cela se retrouve également dans la médecine chinoise, qui envisage le corps comme un système, qu'il faut traiter dans son ensemble, quand la médecine occidentale traite des symptômes. D'autre part, on voit que cette façon de vivre au naturel est encore bien présente dans les habitudes des personnes âgées à Shanghai, qui vont tous les jours au marché acheter des légumes frais, qu'ils cuisinent eux-mêmes. Une habitude bien souvent perdue par les nouvelles générations.

Une chance : les connexions

Pour trouver des produits naturels, c'est paradoxalement via des réseaux comme Wechat et Taobao, que les Chinois se procurent des produits naturels. Sur ces circuits de vente, ils partent à la chasse à l'information sur internet pour trouver les produits les plus purs, sans additifs. Des réseaux parallèles se développent pour pouvoir s'approvisionner ou s'informer : ainsi Suzie, qui adore cuisiner, connaît un très grand auteur sur la cuisine chinoise qui lui explique en détail où trouver les produits les plus frais. Ou bien Xintong, professeure reconvertie en fermière sur l'île de Chongming, qui discute via Taobao avec des producteurs de riz et de jujubes de son Jilin natal, afin de vérifier la véracité de l'information postée en ligne. Son conseil : vérifier l'origine du colis. Si le producteur est sensé se situer dans le Xinjiang mais que l'envoi se fait de Hangzhou, il y a de grandes chances pour que le produit ne soit pas si naturel que cela.

Encore beaucoup à faire

Bien sûr, ce mouvement est naissant et il y a encore beaucoup d'incohérences. Il n'est donc pas rare de voir des citadins se « payer» un weekend à la campagne (nourriture fraîche et locale, sans additifs) arrivés au volant de leur grosse voiture. Mais cela a le mérite d'exister.

Des initiatives sont lancées, et ont pour but, à défaut de mieux, de ramener la campagne à la ville. Comme les coopératives agricoles lancées par des Chinois ou ABC (American Born Chinese), qui apportent les produits naturels des fermes des provinces voisines jusqu'aux consommateurs de Shanghai. Ainsi Fred, le créateur de Rainbow of Hope livre directement des produits cultivés dans le Hunan. Et ce afin d'aider les fermiers engagés dans cette vision d'une agriculture de petite surface et naturelle, à trouver plus facilement des débouchés.

Lynn King propose le même type de service via son organisation Farm2Kitchen, et anime également des ateliers de cuisine naturelle, pour redécouvrir le goût des plats fait maison. En effet, de nombreux jeunes citadins ne savent pas cuisiner.

Enfin Xintong, ancienne professeur de chinois, s'est installée il y a deux ans sur l'île de Chongming où elle pratique une agriculture naturelle avec son compagnon Laojia. Elle fait partie du WWOOF, réseau mondial de fermes bio, où des apprentis fermiers peuvent, en échange de leur labeur, être logés et nourris sur place et apprendre l'agriculture naturelle? Un weekend à la ferme se transforme alors en expérience globale : toucher la nature, la terre, cultiver les légumes, les récolter, les cuisiner, les manger. Dans une ambiance de simplicité extrême qui nous ramène à l'essentiel.

De telles initiatives permettent de toucher un public de plus en plus large, loin du consumérisme ambiant. Alors vous aussi, pensez naturel et allez visiter les fermes biologiques locales !

Pour aller plus loin :
WWOOF 
Rainbow of Hope

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Mercredi 22 juin 2016

 

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 21 juin 2016, mis à jour le 21 juin 2016
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