

Dans les années 1980 un exode rural massif a été amorcé en Chine, bien que contrôlé par le système du Hukou. Ce phénomène a pris de l'ampleur et de plus en plus de ruraux sont venus tenter leur chance à la ville, délaissant les campagnes et les champs. Mais désormais c'est l'inverse qui se produit, avec de plus en plus de jeunes urbains tentés par le retour à la terre.
Vivre au naturel
Que ce soit pour des raisons idéologiques (lutter contre la pollution) ou suite à une crise (maladie), de plus en plus de Chinois sont attirés par le « naturel ». La vie simple et idéalisée de la campagne, les produits frais, la nature, l'air pur. Que ce soit pour une journée, ou pour la vie.
Mais les Chinois ont une vision différente du « naturel » de nous autres Occidentaux. Pour nous, naturel rime depuis les années 2000 avec l'agriculture biologique, qui respecte certaines normes. En Chine, cette notion d'organique (??youji) qui est un concept importé de l'étranger, peine à s'implanter, et les Chinois se réfèrent plutôt au terme ??ziran, soit « naturel ». Ziran, c'est vivre en harmonie avec la nature, c'est-à-dire revenir à des choses simples et pures. Des aliments frais et sans additifs, une culture sans pesticides. Quand les expatriés vivant en Chine s'inquiètent de la pollution du sol et de l'eau, les Chinois adeptes du naturel pensent de manière globale et ils ont raison ! Le produit bio importé depuis l'autre bout de la planète a un impact bien plus négatif sur la nature que le produit chinois naturel produit sur place.
Cela se retrouve également dans la médecine chinoise, qui envisage le corps comme un système, qu'il faut traiter dans son ensemble, quand la médecine occidentale traite des symptômes. D'autre part, on voit que cette façon de vivre au naturel est encore bien présente dans les habitudes des personnes âgées à Shanghai, qui vont tous les jours au marché acheter des légumes frais, qu'ils cuisinent eux-mêmes. Une habitude bien souvent perdue par les nouvelles générations.
Une chance : les connexions

Encore beaucoup à faire
Bien sûr, ce mouvement est naissant et il y a encore beaucoup d'incohérences. Il n'est donc pas rare de voir des citadins se « payer» un weekend à la campagne (nourriture fraîche et locale, sans additifs) arrivés au volant de leur grosse voiture. Mais cela a le mérite d'exister.
Des initiatives sont lancées, et ont pour but, à défaut de mieux, de ramener la campagne à la ville. Comme les coopératives agricoles lancées par des Chinois ou ABC (American Born Chinese), qui apportent les produits naturels des fermes des provinces voisines jusqu'aux consommateurs de Shanghai. Ainsi Fred, le créateur de Rainbow of Hope livre directement des produits cultivés dans le Hunan. Et ce afin d'aider les fermiers engagés dans cette vision d'une agriculture de petite surface et naturelle, à trouver plus facilement des débouchés.

Enfin Xintong, ancienne professeur de chinois, s'est installée il y a deux ans sur l'île de Chongming où elle pratique une agriculture naturelle avec son compagnon Laojia. Elle fait partie du WWOOF, réseau mondial de fermes bio, où des apprentis fermiers peuvent, en échange de leur labeur, être logés et nourris sur place et apprendre l'agriculture naturelle? Un weekend à la ferme se transforme alors en expérience globale : toucher la nature, la terre, cultiver les légumes, les récolter, les cuisiner, les manger. Dans une ambiance de simplicité extrême qui nous ramène à l'essentiel.
De telles initiatives permettent de toucher un public de plus en plus large, loin du consumérisme ambiant. Alors vous aussi, pensez naturel et allez visiter les fermes biologiques locales !
Pour aller plus loin :
WWOOF
Rainbow of Hope
Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Mercredi 22 juin 2016







