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Templestay : vivre le bouddhisme au temple Haeinsa

Par Pierre | Publié le 18/03/2018 à 20:00 | Mis à jour le 05/06/2019 à 15:12
Temple stay Haeinsa

Le bouddhisme, une religion qui alimente de nombreux fantasmes. À tel point que beaucoup s'arrêtent aux idées préconçues qui englobent cette doctrine. Face à celles-ci, il existe un moyen : le templestay. Ce programme propose aux curieux de séjourner dans un temple sud-coréen pour vivre au rythme de ses résidents. Une expérience que la rédaction de lepetitjournal.com Séoul a découvert au sein du temple Haeinsa, l'un des plus célèbres de Corée du Sud.

« English ! English ! » L’affolement envahit le temple Haeinsa. La recherche d’un traducteur pour un touriste étranger trouble la quiétude de ce site perché sur le flanc de la montagne Gayasan. L’agitation retombe. Monsieur Park ne devrait plus tarder. Mais l’interprète fait le trajet depuis Séoul où il assure des cours à l’université. Alors le temps qu’il arrive dans la province de Gyeongsang du Sud, « Madame Kim » — elle se présente ainsi, avec un large sourire —, invite les hôtes à s’installer dans leur chambre. Avant, il faut récupérer le « temple uniform », un pantalon marron et un gilet sans manche jaune qu’il faudra revêtir tout au long de l’expérience. Mais bien entendu, il est possible de garder ses vêtements — manteau compris — car la température extérieure avoisine les -15°C. Un premier samedi de janvier glacial. D’ailleurs, le thermostat de l’habitation est probablement réglé sur une température trois fois supérieure à celle-ci. Dans cette pièce, le nécessaire pour une courte nuit : pas de mobilier mais des tapis de sol, couvertures et quelques coussins pour installer son lit sur le sol jaunâtre. Ainsi qu’une petite salle de bain avec des produits de douche. 

L’emploi du temps est minutieusement calibré. Du moins, pour ceux qui souhaitent s’approcher au plus près de la vie du temple. Ils optent alors pour le « regular program ». Tandis que les autres, qui désirent découvrir le temple par eux-mêmes et à leur rythme, choisissent le « freestyle program ». Ce week-end, tous les visiteurs semblent vouloir s’imprégner du mode de vie des bonzes, ainsi que de la pratique du bouddhisme. Les six curieux se retrouvent à 16h20 dans une petite salle, qui semble faire office d’accueil. Un Français et cinq Sud-Coréens font face à un moine bouddhiste. Durant plus d’une heure, ils leur inculquent les règles à suivre telles que le silence à respecter — même durant les repas — ou bien les déplacements qui doivent s’effectuer en se tenant les uns derrière les autres. Mais aussi certains gestes qui seront utiles au cours de ce séjour initiatique : se déplacer dans le temple en tenant ses mains posées (la main droite au-dessus de la main gauche) sur le bas-ventre ou encore la manière dont il faut s’incliner face à Bouddha. L’auditoire écoute dans un silence religieux. Tous, assis sur un large coussin, sont suspendus aux paroles du bonze. Et surtout, restent attentifs à chacun de ses rares mouvements, puisqu’il faudra les répéter tout au long du week-end.

Une marche méditative 

Dehors, les rares visiteurs abandonnent le temple Haeinsa à la nuit. Probablement chassés par le froid mordant qui envahit ce site classé au patrimoine mondial de l’humanité et inscrit sur le registre de l’UNESCO Mémoire du monde. Un temple historique fondé en l’an 802. L’un des trois plus importants en Corée du Sud, aux côtés de Tongdosa et Songgwangsa. Il abrite d’ailleurs une école pour ceux qui envisagent de devenir bonze. Parfois, l’un de ces jeunes apprentis apparaît dans l’obscurité puis disparaît aussitôt, comme une ombre. Sans le moindre bruit. Un calme perturbé par les six visiteurs qui sortent de leur courte formation. Ils s’engouffrent dans l’opacité de la nuit. À l’avant, le bonze instructeur tandis que monsieur Park ferme la marche. Ils débouchent alors sur une grande place et au loin, un pavillon fait office de lanterne dans les ténèbres qui enveloppent la montagne Gayasan. Trois bonzes, vêtus d’un drapé gris, s’y affairent. Ils se relaient pour jouer des quatre instruments de percussion : le tambour du Dharma résonne pour sauver les êtres vivants qui peuplent la terre, un poisson de bois (les moines frappent l’intérieur avec deux bâtons) pour sauver ceux qui vivent dans l’eau, le gong en forme de nuage ainsi que la cloche de Brahma.

Peu après 18 heures, le dîner est prêt. Avant de rentrer dans le réfectoire, il faut s’incliner devant Bouddha. Puis, comme dans un self-service, se servir la quantité souhaitée parmi une variété de mets végétariens. Pas une parole prononcée, pas un raclement de gorge ne perturbe le silence religieux. Si bien que le repas est vite avalé. Puis, quelques moines commencent la vaisselle. Et peu à peu, le tintement des assiettes installe un fond sonore. À l’extérieur aussi le silence a disparu. Un vent léger s’est installé. Les feuilles des arbres s’agitent. La forêt environnante aussi. Tandis que la température continue de chuter, le groupe de visiteurs, guidé par un bonze et monsieur Park, se dirigent vers un terrain de football pour la marche méditative. 

Tripitaka Koreana
Tripitaka Koreana

« Qui suis-je vraiment ? »

Trois heures du matin. Le réveil sonne. La chaleur de la pièce contraste avec le froid glacial de ce début d’année 2018. Le vent a chassé les nuages et désormais, un épais brouillard emmitoufle le temple Haeinsa. Mais il suffit de lever la tête pour admirer une infinité d’étoiles consteller le ciel. Toutes scintillent de mille feux. Jusqu’au lever du soleil, les expériences enrichissantes se succèdent. Et parmi celles-ci, la méditation ainsi que les 108 prosternations. Seul regret, elles sont faites à l’écart des bonzes pour ceux qui ne comprennent pas le coréen, dans une petite salle afin d’écouter un enregistrement audio en anglais, dans lequel une voix grave explique la raison de chacune de ces prosternations. Ce jour-là, monsieur Park dirige la séance. Ainsi que la visite guidée — elle se tient après le petit-déjeuner — pour les étrangers qui ne parlent pas la langue du pays du Matin calme. Une promenade fort enrichissante, notamment pour découvrir le Tripitaka Koreana, véritable trésor national ! Il s’agit de la collection la plus complète de textes du canon bouddhiste, gravés sur 80 000 tablettes de bois entre 1237 et 1248. Et celles-ci sont parfaitement conservées grâce aux bâtiments dans lesquels elles sont entreposées puisqu’ils sont spécialement conçus pour que la température et le degré d’humidité se régulent en fonction des conditions climatiques.

Les heures défilent. Les questions s'accumulent et se bousculent. Pour y répondre, personne n'est mieux placé qu'un moine bouddhiste. Une rencontre avec l'un d'eux est prévue dans le programme du templestay. Une heure de discussions autour d'un thé et de gâteaux de riz au cours de laquelle le bonze tente de répondre aux interrogations du visiteur. Mais il ne faut pas s'attendre à recevoir toutes les réponses. Deux jours ne suffisent pas pour élucider tous les mystères du bouddhisme et de ce lieu sacré. L'adepte des préceptes de Bouddha aurait trouvé la réponse à « qui suis-je vraiment ? ». Mais il est incapable de l'expliquer car « des années de méditation sont nécessaires pour comprendre ».

Informations
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Pierre

Étudiant en journalisme, je porte un intérêt tout particulier à l’actualité internationale. À travers mes divers stages et voyages, notamment en Asie, je m’efforce de comprendre la mosaïque de religions et de cultures qui composent ce continent.
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