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Interview : Taehun Ki, la passion du vin et de la liberté

Par La Rédaction Séoul | Publié le 16/03/2018 à 02:01 | Mis à jour le 16/03/2018 à 02:03
Winekiki_Bar à vin

Le soir venu, Taehun Ki débouche des bouteilles de vin. Une à une, au grès des commandes. Tantôt du vin rouge, tantôt du blanc. Parfois issu de vignobles français et d’autres fois, du Chili. Le jeune Sud-Coréen de 28 ans vit de sa passion : le vin. Un amour dont il profite tous les soirs, au Winekiki, son bar à vin qu’il gère seul. Mais pour joindre les deux bouts, la journée il continue son métier de designer d’intérieur. Toujours de « manière indépendante », afin de « rester libre » dans une Corée du Sud où les conditions de vie sont « trop difficiles ».

 

Taehun Ki_Portrait
Portrait de Taehun Ki/©Taehun Ki

 

Vous avez ouvert le Winekiki en décembre 2016. À quand remonte votre amour pour le vin ?

À mon premier verre de vin rouge. Je devais avoir 18 ans. Je goûtais du vin pour la première fois. Ce fut un véritable coup de foudre ! J’ai tout de suite voulu découvrir d’autres bouteilles, aux saveurs différentes. Pourtant, plus jeune, je voulais devenir compositeur. Depuis ma plus tendre enfance, je suis passionné par la musique. Que ce soit au travail ou bien à la maison, j’en écoute en permanence. Rap, jazz, pop, je ne fais l’impasse sur aucun style musical. Mais j’ai un faible pour les Daft Punk. D’ailleurs, je n’ose pas déballer leur vinyle que j’ai acheté, de peur qu’il s’abime…
En parallèle de cette fabuleuse découverte gustative, je me suis mis à composer de la musique. Il y a toujours un verre de vin qui accompagne mes tête-à-tête avec cet art. Mais je ne suis pas assez bon pour vivre de cette autre passion. Qui plus est, j’envisageais d’ouvrir un bar à vin depuis longtemps.

 

Pourtant, vous avez un diplôme de designer d’intérieur. Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir le Winekiki ?

J’exerce toujours cette profession ! Mais la journée. Puis, je me rends au Winekiki pour l’ouverture, à 18 heures. Aussi, je m’occupe de louer un appartement à Hongdae, à travers la plateforme Airbnb.
Après l’obtention de mon diplôme, il y a quatre ans, deux raisons m’ont encouragé à ouvrir ce bar à vin. D’une part, je me suis rendu à Hawaï avec ma famille pour y passer des vacances. J’y ai découvert la Waikiki beach, une plage magnifique. J’ai alors su que je nommerai mon bar le Winekiki. D’autre part, avec un ami, nous avions une affaire de design d’intérieur. Mais il m’a trahi et j’ai perdu toutes mes économies.
J’ai pu me relever grâce à mes deux grandes sœurs, qui m’ont avancé de l’argent pour acheter cet établissement. Le coût ne s’est d’ailleurs pas avéré si élevé puisque je me suis occupé seul des travaux.

 

À propos de prix, est-ce un critère important dans le choix de bouteilles de vos clients ?

Mes clients coréens se dirigent essentiellement vers des bouteilles bon marché. Dont le coût est inférieur à 40 000 wons. J’ai du vin qui provient des quatre coins du monde mais ils ne se soucient guère de l’origine. Pourtant, ils savent que le vin français est bon. Mais selon eux, il est trop cher. Et ils ont raison ! Évidemment, tout dépend de la bouteille mais en règle générale, le vignoble hexagonal produit de meilleurs bouteilles. Au Winekiki, les moins chères débutent entre 48 000 et 56 000 wons. Mais la majorité de mon chiffre d’affaires provient du vin bon marché. 

 

Et quelle est cette clientèle dont vous parlez ?

Essentiellement des jeunes âgés de 22 à 26 ans, en raison notamment de l’université d’Hongik. Et beaucoup de bars gravitent autour de ce célèbre établissement. Dont le Winekiki. Mais ce n’est pas facile, car les moyens financiers de ma clientèle sont limités. Et puis, en supermarché, le vin à bas prix débute aux alentours de 15 000 wons. Tandis que le soju en coûte 1 600. Donc beaucoup de jeunes choisissent cette boisson.

 

Vous évoquez la problématique du prix élevé. Mais en la mettant de côté, comment est perçue cette boisson en Corée du Sud ?

De nombreux Sud-Coréens pensent que le vin est plus prestigieux que le soju. Il y a deux ou trois ans, beaucoup étaient “effrayés“ de se rendre dans les bars dédiés à cet alcool. Car ils le voyaient comme étant une boisson noble et inaccessible. Ces personnes étaient persuadées qu’il faut connaître le vin pour en boire. Mais de nos jours, cette idée reçue tend à s’estomper et peu à peu, des bars moins traditionnels, davantage tournés vers une jeune clientèle, ouvrent leurs portes.

 

Comptoir Winekiki
Bar Winekiki/©Taehun Ki

 

Et en ce qui concerne les Français, quelle image dégagent-ils auprès des Sud-Coréens de votre entourage ?

Bon nombre de mes amis sont persuadés qu’il y a beaucoup d’homosexuels en France. Selon eux, ce serait dû au fait que les Français sont plus ouverts d’esprit. J’en ai rencontré beaucoup grâce à ma location via Airbnb et ils abordent toujours des sujets très sérieux. Ce qui confirme ce que j’ai vu dans les films français, dans lesquels les questions métaphysiques occupent une place importante.
Mais, à l’image du vin, certains pensent que les Français se pensent supérieurs en raison de trois éléments qui caractérisent la France : l’histoire, les arts et le luxe 

 

Vous louez un appartement à Hongdae et travaillez au Winekiki tous les soirs… Sans compter le design d’intérieur qui occupe vos journées. Est-ce que vous parvenez à faire d’autres activités ?

Je ne suis pas heureux de travailler autant. Si je veux faire de nouvelles rencontres, je dois diminuer mes heures de travail. Donc par exemple, si je souhaite rencontrer une fille, je n’ai pas le choix : il faut renoncer à une partie de mon salaire pour trouver le temps. C’est trop difficile. Mais d’un autre côté, je ne veux pas travailler dans une entreprise pour rester maître de mon emploi du temps. Car en Corée du Sud, ce n’est pas dans notre culture de dire « je veux prendre des congés ». En permanence, on nous pousse à travailler davantage. Et par « on », j’entends les quelques personnes qui concentrent les richesses et le pouvoir de notre pays. Ils ont une influence sur les lois sud-coréennes et surtout, ne partagent rien.
Alors je préfère travailler de manière indépendante. Et ce, même si cela implique de gagner moins d’argent. Cette liberté, je la dois en grande partie à mes deux sœurs. Ce qui est paradoxal puisqu’elles sont salariées dans une entreprise. 

 

Winekiki

Page facebook

Adresse : Seoul, Mapo-gu, 399-14

Contact : 02-6104-4177

Horaires :
- Du lundi au vendredi de 18h à 02h
- Le week-end de 14h à 02h

 

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